‹ Idées et plans pour la méditation et pour la prédicationChapitre 3 sur 17 · ZACHÉE · texte numérisé non relu

ZACHÉE

Ilodie salui dmmi Imie fketdett (^uc,

ïix, 9).

Aujourd'hui le salul est entré dans celle maison.

L'Église nous fait lire et méditer cette parole du

Sauveur \o jour de la Dédicace, et en effet elle s'applique au temple qui va être consacré, comme ù la maison et à Tàme de Zacliée.

Cet édifice, qui deviendra la maison de Dieu, n'est jusqu'à sa consécration qu'un amas de pierres et de bois , coiume toutes les deuicures des houimes. 11 change de nature, et est comme transiiguré par la parole de Jésus-Clirist qui bénit, et il est sanctifié dès que Dieu y entre pour y faire sa demeure. Hodie sàlus domui huic fada est.

C'est ce qui est arrivé à Zachée par la parole divine

ZAGHÊE. «5

qui lui a été adressée, et par rentrée de Jésus sous son toit.

Cette histoire, si étonnante et si consolante à la fois, sera le sujet des méditalions suivantes.

La grâce accordée à Zachée étonne à première vue; I car il était païen, publicain et riche.

Cet Ijommc de la gcnlilité, cet iiiliilôlc, est choisi parmi les Juiis de Jéricho pour recevoir le Seigneur dans sa maison, et cela au milieu de la multitudé des enfants d'Israël, qui se pressent pour le Toir. Exemple insigne de la miséricorde divine, qui choisit selon qu'il lui plaît! (Exod., xxxiii, 19).

Ce qui détourne le plus la grâce divine, c'est la justice propre et l'orgueil. Dieu se donne aux humbles et résiste aux superbes (Jac, iv, 6).

Je confesse, ô mon père, que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et les avez révélées aux ignorants et aux petits (Luc, x, 21).

Jésus allait de préférence chez les pécheurs, comme le médecin chez les malades.

Il disait aux pharisiens orgueilleux et incrédules, que le salut repoussé par eux serait donné aux nations.

n a pris Matthieu à son comptoir pour en faire un

apôtre.

Il a accueilli Madeleine pénitente, et après l'avoir puriiiée de ses fautes, il Ta gardée à sa suite et en a fait une sainte.

Il n'a point repoussé la femme adultère, mais il l'a relevée par sa bonté.

co

TROISIÈME SÉniE.

Kc (IcscspéroDs donc ])as des inlidèics qui TÎvent *au milieu de nous. Ne repoussons pas les pécheurs, qui le plus souvent ue savent pas ce qu'ils l'ont. Prions au moins pour eux, afin d'attirer dans leur cœur obscurci ou endurci la lumière d'en haut qui se donne si mystérieusement, et parCois de la manière la plus inattendue.

2" Zachée était publicain, c'est-à-dire fermier ou collecteur d'impôts, homme d'argent^ et à ce titre, méprisé et haï par les Juifs. Donc on peut être agréable à Dieu, tout en se mêlant des affaires du siècle. L'industrie , le commerce, la banque, ou tout autre affaire de ce genre, qui consiste à produire des richesses, à vendre et à acheter, ne sont pas défendus. Il s'agit seulement de les traiter honnêtement, selon la justice, et c'est là le difficile, à cause des tentations de la cupidité, de Tavarice, et aussi parce que, absorbant Tàme par des soucis multipliés et toujours renaissants , elles l'empêchent de s'occuper de son salut, qui est son affaire principale, la chose uniquement nécessaire, et étouffent en elle la semence de la ])arole divine qui peut y tomber.

On peut donc se sauver dans toutes les professions qui ne sont pas contraires à l'honnêteté et aux bonnes mœurs.

5*^ Zachée était riche ; donc la richesse n'est pas un empèchen\ent insurmontable du salut ; elle est seulement un obstacle à cause des sollicitudes terrestres qu'elle entraîne, des tentations qu'elle suscite, et des occasions et des moyens de mal faire qu'elle procure.

C'est pourquoi le Seigneur a dit : Vx divitibus (Luc. y VI, 24). En vérité il est plus facile de faire passer un

ZACnÉE. 67

câble par le trou d'une ai^^iiille que de faire entrer un riche au ciel (Marc, x, 25).

Et Papôtre saint Jacques a des paroles terribles

contre les mauvais riches (Jacob., v, 1, etc.).

Et au contraire les pauvres sont béatiliés, ceux qui le sont avec résignation et bonne Tolonté, et un dédommagement magnifique leur est promis dans le ciel.

Et déjà en ce monde, par leur pauvreté même, s'ils la portent chrétiennement, ils sont préservés de l'entraînement des passions et des occasions de les satich^ faire.

Ils s'attachent donc bien moins à ce monde dont ils jouissent si peu, ce qui est la meilleure préparation à la mort.

Hais il y a de mauvais pauvres comme de mauvais riches, et il y a aussi de bons riches comme de bons

pauvres.

2achée était de ces bons riches, car il était généreux, donnant beaucoup aux malheureux, et c'est probablement ce qui lui a attiré la grâce insigne de recevoir Jésus-Christ dans sa maison.

Histoire consolante, encouragoanle |)our tous les chrétiens, de toutes les conditions, de toutes les professions ; la grâce, conune la lumière, étant prête à se verser partout où elle trouve ouverture et accès.

TROISIËn SÉRIE.

Et qumrebût videre Jesum quis csset (Luc., m, S).

Il clMfcliait I voir lésas.

Nous avons montré les obstacles qui semblaient éloigner Zachée de Jésus-Christ* Us n'étaient qu'extérieurs ; car ils n'ont pas empêché la grâce d'arriver à son ame, ni cette âme naturellcmonl honno, et marquée par le doigt dû Dieu, de réagir vers la grâce.

C'est cette réaction que nous allons examiner.

i« quxrebat vider e Jesum quis esset.

11 désirait vivement connaître Jésus. Pourquoi?

Sans doute il avait entendu parler de sa vertu, de sa science, de sa puissance, des vérités qu'il enseignait, du bien qu'il faisait, des miracles qu'il opérait.

11 l'ai lait bien (juo quelque chose eut excité en lui ce désir, si vif qu'il le pousse à le satisfaire malgré tant d'obstacles, et même en se compromettant d'une certaine manière.

Puis, et c'est là le premier effet mystérieux de la gràce^ ce désir était soutenu , animé par un vague pressentiment qu'il y avait là pour lui une cause inconnue de bonheur et de salut.

Cest ce pressentiment qui conduisit Madeleine aux pieds de Jésus malgré la conscience de son indignité, et bravant la moquerie et le respect humain.

ZAGUÈE.

Tout homme, s'il n'est pas dégradé dès son enfance, a éprouvé à un certain âge, ou dans certains moments de sa vie, de ces pressentiments de la vérité dans son esprit, de la justice dans sa conscience, de ridéal de la pcrioction dans son âme.

Ce sont les impressions secrètes de i'inûni dans l'âme humaine, faite à son image.

Alors les uns en cherchent Tobjct, comme Zachée, et c'est en enx le premier mouvement de la réaction vers la grâce.

Les autres ne cherchent rien au-dessus de la vie réelle, et s'enferment dans les bornes et dans les jouissances de ce monde : homo terrenus(l Cor.,xv, 47 ).

Zachée voulait voir quel était Jésus, Quîs esset.

Là est la grande jCjueslion de cette vie : Quis est Deusî

La raison voit ce qu'il est par ses œuvres dans la nature : la foi le connaît par sa parole, ce qui est plus profond, et il est promis aux cœurs purs qu'ils le verront un jour, siculi est, par la vision béatiiique et dans sa gloire.

Combien d'hommes de nos jours, régénérés par Jésus-Christ et qui ont participé à sa vie divine, n'ont pas même la curiosité de Zachée, et ne cherchent point à connaître leur Sauveur!

S*" Non poterat prx turba. La foule empêchait Zachée d'approcher de Jésus. — C'est aussi la foule qui sépare de lui soit les âmes indifférentes.qui le méconnaissent, soit les âmes tièdes qui redoutent la peine, les efforts et la lutte pour le rejoindre.

La foule du dehors, le monde avec ses affaires, ses exigences et ses plaisirs. Les biens du monde et leurs sollicitudes, qui étouffent comme des épines la bonne

sonuMicc, ou la parole divine i^ui a comuiencé à germer (Matth., xm, 7).

Foule au dedans, les préventions, les préjugés, les passions, les mauvaises habitudes, les vices, les dis* tractions de tout genre, qui obscurcissent la vue de l'àme, la faussent ou la dissipent.

5*" Mais il y avait encore un autre obstacle à ce que Zachée vit Jésus : quia pusiUus erat, il était trop petit, et tout ce qui l'entourait rcmpécbait de Vapcrcevoir.

Image de l'homme naturel. — Comme Zachée il peut par sa raison -apercevoir Dieu de loin, à travers les phénomènes et le spectacle de la création ; il s'assure (ju'il existe, mais il ne le voit pas assez pour connaître ce qu'il est, qui il est.

Zacliée n'y est parvenu quVn s*élevant au-dessus de la foule et quand Jésus-Christ lui a parlé.

Ainsi de l'humanité. — Elle n'a connu pleinement Dieu, elle n'a su ce qu'il est en lui-même, sicuti e$i^ que par l'élévation surnaturelle de son esprit par la foi, et quand Dieu a daigné se manifester par sa parole par la révélation.

Et ce qui distingue essentiellement ces deux manières de le connaître, ce n'est pas seulement la clarté de la connaissance, ce qui est déjà immense, c'est encore la vertu efficace de la foi, qui le fait aimer et rechercher en le faisant connaître, car la foi est le principe de l'espérance et de l'amour.

Cherchons donc de plus en plus à voir Jésus, quand il passe au milieu de nous. Sortons de la foule, comme Zachée, pour aller au-devant de lui, et montons sur les hauteurs de la foi d'où nous pourrons le contempler, ou plutôt, allons le trouver, le prier et

ZAGIIÈB. 71

l'adorer dans sa maison, puisqu'il daigne habiter parmi nous.

Zachsee, festinans descende i Lnr, xis,5)* Zachée, descendez tout de suite.

L'impression mystérieuse de la grâce (ounie l'âme vers Dieu vi excite son désir; et (juand ce désir se réalise par des etforts qui déterminent la bonne volonté, Dieu vient à son aide par un appel formel, qui lui apprend ce qu'elle doit faire pour y répôndre.

C'est ce qui est exprimé ici par le regard de Jésus- ('lirist tourné vers Zachée, et par l'ordre qu'il lui donne de venir à lui au plus vite.

ZackasCy fesHnam descende.

Tel est le sujet de cette méditation.

1° La foi sans les œuvres est morte, dit l'Apètre (Jac, ir, 17). Il en est de même de la bonne volonté

qui ne passe point à l'effet. C'est pourquoi une grande sainlt^ a dit énergiqueinent que l'enfer était pavé de bonnes volontés (sainte Térèse).

* Ilélas ! nous ne l'éprouvons que trop chaque jour, et même au sortir de nos retraites, ({uand nous avons pris de bonnes résoUitions, suivies un jour, quelques jours, et qui se di.si>ipeut ensuite comme de la fumée.

72 TROISlfeMS SÉRIE.

Zachée a été plus heureux et plus constant. Il ne se contente pas de désirer yoir Jésus-Christ ; il le veut

résolûment et fait tout pour y parvenir.

lise déharasse de la foule cjui rempèclie d'avancer, et aa lieu de la suivre, il court eu avant, pneciurens.

Il ne se contente pas de faire comme tout le monde, ce qni nous arrive le plus souvent.

Il sort de la voie commune j)our répondre à l'appel intérieur, il se l'ait sa voie à lui-même en suivant l'instinct de son cœur.

Ainsi en va-t-il à toute àme remuée profondément par la grâce, et qui èst dominée par son impulsion. Elle quitte la ioulc ou les voies du monde pour parvenir à son but.

Comment cela?

2** Ascendit in arbarem. — Image de l'élévation de

l'àmc qui veut voir Jésus-Christ.

Elle s'élève :

Par le corps au moyen de la pureté ; Par l'esprit, en cherchant la vérité ; Par le cœur, en aimant par-dessus tout la justice et

le Dieu véritable.

£llc s'élève au-dessus du monde par des aspirations plus hautes, et au-dessus d'elle-même par le désintéressement et le sacrifice.

S^'Par cette élévation, qui la met au-dessus de la foule et l'en dislingue, elle attire le regard de Jésus- Christ.

Cum venisset ad /oeum, susindens Jésus.

Le triomphe de la grâce a son lieu et son moment.

Heureux celui qui ne manque ni Tun ni Tautre. Il y a des circonstances données hors desquelles son action passe outre, si elles ne sont pas mises à proht. Com-

ZAGUÉË. 75

bien d'occasions providentielles perdues par notre indifférence ou notre légèreté 1

Jésus arrêté au pied de l'arbre regarde Zacbée, suspmens Jésus. Ce regard est le rayon de la vje étemelle qui va droit à cette âme avide de le recevoir.

Illuminet vultum sunm super nos^ dit le Prophète! Comme le soleil de ce monde nourrit, féconde et vivifie tout ce qu'il touche, ainsi le soleil des esprits, le soleil de l'éternité, donne la lumière et la vie aux âmes qu'il pénètre.

Rappelez-vous le regard de Jésus sur Pierre, quand il lui est amené, qui en fait un apôtre.

Et plus tard, le regard de Jésus sur le même Pierre qui vient de le renier, et qui en fait un modèle de contrition : Flevit amare.

Puis, quand le jeune homme riche vient lui demander ce qu'il faut faire pour gagner le ciel, Jésus le regarde : IniuUus est eum. C'était pour ce dernier le mo« ment delà grâce; mais son attachement aux biens de la terre l'empèclic d'entrer triomphante dans son cœur, et quoiqu'il ait accompli fidèlement les commandements, toute la loi, il n'a .pas la force de renoncer au monde ni à lui-même.

Vivere enim Deiim eliffere vel amare est^ undeiUud : Oculi Domini super justos. Vidit ergo Jésus videntem se et amavit aniantenij dit le vénérable fiède (In Dedicat.,, tertia die).

4* Le regard de Jésus avait pénétré Tàmedc Zacbéc, et l'avait fait sienne. Sa parole vient après pour-4ui dire ce qu'il doit faire : DixU ad eum.

Diverses manières par lesquelles Dieu parle aux hommes pour les appeler à lui: thltifariammultisque modiSt oUm Deus loquens patribus{\\ehï:.j i, 1)*

Parole intérieure dans la conscience : ducam eam in solitudinemy et loqmr ad cor (Osée, ii, 14). Avantage des retraites à cette fin.

Parole extérieure par PÉglise, par la direction ^irituelle, par les circonstances, etc.

Zachée a Tinsigne. honneur de recevoir directement ,Ia parole de Jésus, comme les apôtres, comme saint Paul, comme Madeleine, comme les âmes privilégiées auxquelles il a remis leurs péchés et accordé le salut à cause de leur foi: Fides tua a^s7//l»«m/Vd^(Marc.,v, oi). * 11 lui ordonne de descendré tout de suite de sou arbre : Festinans descende.

C'est-à-dire que, quand Tâme a le bonheur d'avoir reçu la lumière du roijard de Jésus et d'entendre sa parole, elle ne peut proliter de cette parole divine qu'en l'acceptant aussitôt avec foi, et s'employant tout entière à lui obéir.

Nécessité delà foi humble de Tespiit et de l'obéissance paifaile de la volonté, pour que Jésus prenne possession du cœur, ou vienne s'établir dans la maison qu'il daigne honorer de sa visite et remplir de son esprit.

ZACUtE. 15

Bùiie in dmo Im oforM me mmere

(Lue.» XIX, fi).

Anjoiinl'iiui il faut que je demeure dans vutrc maison.

Il faut s'élever au-dessus de la nature, du monde et de soi-même, ou surmonter les obstacles qui séparent de Jésus-Christ, puis descendre par la foi et l'obéissance aussitôt que Dieu parle, et faire humblement ce qu'il demande.

Et alors arrive cotte douce parole : 11 faut que je demeure aujourd'hui dans ta maison ; Uodie in domo tua oportet me manere.

Jésus a dit ailleurs *: Celui qui observe mes commandements, mon père et moi nous viendrons en lui et nous y ferons notre demeure (Joan., xw, 25).

Comment Jésus-Christ entre-t-il dans notre âme pour y demeurer'?

La maison de Zachée est toirte âme agréable à Dieu,

Elle lui est agréable, d'abord parce qu^il a mis en elle sa complaisance; ensuite, parce qu'elle a une certaine élévation^ qui k met au-dessus du monde^ puis parce qu'elle s'abaisse volontairement à sa parole.

i** Par la foi, qui, dès qu'elle ontontl la parole divine, lui soumet son esprit avec toutes ses facultés.

Abaissement et grandeur de la foi: accord de la foi

TROISIÈIIB SiRIB.

et de la raison, laquelle, eo participant à une lumière surnaturelle, voit plus clairement et plus sûrement ce

qu'elle peut connaître par la lumière naturelle, et appen; oit dans rinfini des vérités qnila surpassent.

2® Parla |)rière, qui, dit sainte Thérèse, est la conversation de Tàme avec Dieu.

DifTérents modes de cette conversation, ou formes diverses de la prière.

La prière orale ou en parole articulée, qui exprime à Dieu, en langage humain, ses besoins, sa reconnaisaance, son amour, — prière laudative, — prière impélrative.

La prière mentale, ou de l'esprit, qui médite la parole divine, pour en extraire le suc et s'en nourrir. — La méditation spirituelle.

La prière affective, ou du cœur, la plus profonde,

l'àmedc toutes Icsprières, (pii est un élan d'amour, de douleur, ou de reconnaissance vers Dieu, auquel le cœur s'unit sans avoir besoin de paroles ni de pensées.

5^ Par la charité, ou le feu de l'amour divin qui se

communique à l'àme avec sa lumière et sa chaleur, et la rend capable d'aimer comme Dieu aime, c'est-àdire jusqu'à donner sa vie pour ce qu'il aime.

Car Dieu est amour : Deus chatitas est (I Joan., IV, 8), et partout où il entre, son amour rayonne et répand la vie.

De là, les miracles de la charité chrétienne.

4*" Par la sainte communion, par laquelle Dieu entre dans l'àme, non pas seulement par ses dons et ses vertus, mais substantiellement, et personnellement, c'està-dire en Jésus-Christ, lîls de Dieu, Dieu fait homme. Verbe incarné, réunissant dans sa personne adorable .

ZACHÉB. 77

la nature humaine à la nature divine, ou, suivant les paroles de saint Paul, possédant enluicorporellement lâ plénitude de la divinité (Coloss., n, 9).

Effets admirables de l'Eucharistie, dans laquelle la chair de Jôsus-Chrisl se mêle à notre chair, son sang à notre sang, son esprit à notre esprit, son âme à . notre âme, '8a divinité à notre humanité.

C'est par là que Jésus-Christ pénètre au plus profond de l'àme, ou dans le plus intime de la maison.

Telles sont les portes par lesquelles Jésus peut entrer dans notre âme. Ouvrons-les donc toutes grandes par l'ardeur de notre foi, par la persévérance dans la prière, par l'exercice de la charité, et en le cherchant avec désir à la table sainte : AttoUite portas principes vestrasy et introtbit Rex glorix (Ps.xxui, 7,9).

Exceptt illum gaudens. Et cum vidèrent omnet mrmttrabanit ÇwhI aâ peeeatorm divertisiet (Luc.» m, 7).

Zacliée le regnt avec joie, ei tous en voTant cela murmuraient, <li?aTit: 11 va loger chez un homme de mauvaibu vie.

Des qu'il a entendu la douce parole du Sauveur, Zachée s'empresse de descendre, et il le reçoit avec joie, excepit illum gaudens.

Mais pendant qu'il se réjouit à si juste titré, tous

ceux qui rcntourent murmurent, insultant celui que Jésus vient de choisir et d'honorer.

TROISIÈME SÉUll^.

C'est ce contraste que nous allons considérer aujourcriiui, la joie de Zacliée le pécheur, gracié par Jésus-Christ, et l'iodigoation de ceux qui se croyaient meilleurs que lui.

Qui ne comprend la joie de Zachée? Lui, méprisé par les Juifs, qui sans doute ne mettaient pas les pieds chez ce publicain pour ne pas se souiller, le voilà qui, sans l'avoir demandé, sans avoir osé Tespérer, reçoit dans sa maison celui qu'il ne connaît encore que comme un prophète, mais un prophète comme on \ n'en a pas encore yn en Israël I

Quel honneur pour lui au milieu de ce peuple, et quelle bénédiction, (jnello espérance pour sa famille!

l*' Cette joie, produite par l'entrée de Jésus-Christ dans la maison du publicain, est celle de toute âme infidèle ou incrédule, qui revient à Dieu par la foi.

Oh! quel bonheur, quelle douceur, quelles délices de paix, quand après avoir été ballottée par toutes les erreurs, ou tourmentée par le doute, elle trouve enfin le repos et la fixité dans la certitude de la foi. Gustat et videt qurniam suam est Dominus! (Ps. xxxni, 9).

2" Cette joie naît au contact de l'Ame et de Jésus- Christ dans la prière, surtout dans la prière mentale ou la méditation, par l'intuition de l'éternelle vérité, et plus encore dans la prière du ccBur touché dans son fond par les impressions de la grâce, par la visite intime du Sauveur. — Délices de la prière intérieure.

5** Cette joie est donnée par Texercice de la charité chrétienne qui attire dans l'âme une surabondance d'amour divin, et les délices de cet amour.

ZAGUËfi.

Joie surnaturelle du dévoucmeiU cl du sacritice pour Dieu et le prochain.

4'' ËUe esl produite enGn par l'adorable Eucharistie, qui en mêlant la divinité à notre humanité

par le corps et le sang de Jésus-Clirist, remplit toute notre existence du parlum du ciel, et lui infuse une douceur ineffable.

Il *

Cependant, pendant (jue Zacliée est dans le ravissement, les Juifs sont dans Tindignation , comme quand Jésus leur annonce que la parole de Dieu, qu'ils repoussent, ya aller aux gentils, et qu'ils perdront par leur faute le privilège de peu{)le choisi.

En voici déjà le commencement et un exemple.

Us murmurent ici, comme toujours, quand leur incrédulité et la dureté de leur cœur leur sont reprochées, et que leur déuratlal ion icMir est proj)liélisée.

Une fois ils prennent des pierres pour en accahler Jésus; une autre fois ils veulent le précipiter .du haut d'une montagne.

Partout et toujours, ils cherchent à le surprendre dans ses paroles pour l'accuser et le faire condamner.

Ils y réussissent quand sou temps est venu, et parce qu'il devait mourir pour le salut du monde.

Ici, ils murmurent cont^Zachée, comme Simon le Pharisien murmurait contre Madeleine, par laquelle Jésus-dlirist se laissait toucher.

lis murmurent, comme les ouvriers de la journée contre ceux de la dernière heure, que le père de famille, dans sa bonté, veut traiter comme eux.

Ils murmurent comme le frère ai né du pi odigue,

qui s'exalte dans sa justice propre, et repousse son frèrè repentant -que la bonté du père accueille dans

sa misère et réhabilite.

Prenons garde qu'il ne nous en arrive autant par l'orgueil d'une piété pharisaïque qui met sa confiance dans sa régularité, quand nous voyons un grand pécheur revenir comme le prodigue au Père céleste, et traité par lui comme un enfant chéri.

Le plus souvent, le monde léger ou incrédule murmure aussi parce que le pécheur le quitte. Il n aime que les siens, et ne lui pardonne pas de ne plus en être.

Il l'accuse d'hypocrisie ou de sottise. Tout ce qu'il peut dire de moins défavorable contre lui, est que Pàge, la maladie, ou le malheur ont affaibli satéte ou Font abêti.

C'est une épreuve de plus pour le péciieur repentant et converti ; mais si Dieu est réellement entré dans la maison de son âme, il éprouve tant de^joie de l'y recevoir et de Ty posséder, qu'il en triomphe facilement dans les prémices du bonheur du ciel qui remplit son cœur; comme Zachée dans son transport s'inquiétait peu des murmures et des injures des Juifs.

ZACHÊE.

Eccedimidium bonornmmeorumdo pau- . perikii (Luc mu 4).

Je donne la moitié de mes Ineos ans pauvres.

Nous avons vu la joie de Zachée à la papole de Jésus- Christ, et l'indignation et les murmures qu'elle excite autour de lui.

Cette joie, divine par sa cause, et ainsi pleine do grâce, ne reste pas stérile. ËUe ne produit ni vanité ni exaltation, ce qui pouvait arriver naturellement en cet homme méprisé par les Juifs, et qui se voyait vengé de leurs mépris par la préférence du maître.

Mais, comme elle est un elïet de Tamour de Jésus- Christ, prenant possession de celte âme, elle y produit une surabondance d'amour, et comme une explosion de charité. Ecee dtmtdittm banorum mearum^ etc.

, 0 merveille et mystère de la grâce divine ! Ce païen, ce publicain, méprisé par les justes d'Israël, par les Pharisiens qui s'élèvent dans leur justice propre audessus de toutes les nations, cet homme qu'ils appellent un pécheur, peccatorem , le voilà mis au-dessus d'eux par la charité.

Il devient comme le symbole de la grâce qui passe des Juifs incrédules et pleins d'eux-mêmes aux gentils humbles et de bonne volonté.

TROISIÈME St;RI£.

Simon appelait aussi Madeleine une pécheresse, pendant qu'elle était prosternée aux pieds de Jésus ; et cette pécheresse, objet de son dédain, déjà transformée par la grâce, allait devenir, par la parole du Maître qui l'absout et la relève à cause de sa foi et de son amour, son disciple le plus ardent, sa plus humble servante et la compagne inséparable de ses souffrances.

Et le fils prodigue, repoussé par son frère qui se

croit irréprochable, mais reçu à bras ouverts par la bonté de son père à cause de son repentir, est rétabli dans tous les honneurs de l'enfant de famille, pendant que son frère jaloux s'indigne contre lui et résiste aux prières si tendres de son père.

Zachéo, touché de Tamour divin qui le visite, s'écrie : Ecce dimidiurriy etc.

n s'engage à faire plus que la loi deHoïse n'exige» Elle ne demandait que la dîme, et, lui, promet dé donner la moitié.

C'est la transition de la justice à la charité, dont la plénitude est de donner tout, même sa vie, à l'exemple du Maître.

Ici, faisons un retour sur nous-mêmes, et reconnaissons que, loin d'imiter Zachée, nous n'allons pas même le plus souvent jusqu'à la dîme des Juifs.

Qui de nous peut dire qu'il donne la moitié de ses biens aux pauvres? Même en ceux qui donnent le plus, que d'embarras, de difficultés, de prétextes, de plaintes, quand on leur demande pour les pauvres 1

Et Zachée ajoute : Si quid aliquem defraudavij reddo quadruplum. Même perfection, car la justice ne demande que Péquivalentt

ZAGHËE. 83

Et nous, comment réparons-nous nos torts, non* seulement d'argent, mais de toute autre sorte?

Hélas ! (jue de peine déjà à les reconnaître, à les avouer, et encore plus à les réparer à cause de IV mour-propre ou de Pavarice!

Heureux Zachée, auquel le salut va être annoncé pour prix de sa charité, comme la visite de Jésus a été accordée à sa foi I

Hodie sains domui huic fada est. — Ce n'est pas seulement lui, c'est toute la maison. 0 bonheur ! quand une maison, une famille possède un juste, qui lui procurer le salut 1

S'il s'en était trouvé dix à Sodome , elle eût été sauvée du l'eu du ciel!

Ainsi l'àme du pécheur, où Jésus daigne rentrer, après qu'elle a rejeté tout ce qui lui est contraire, tout ce qui est indigne de lui, délivrée, par la parole (Ui maître, de ses impuretés, reçoit le salut en recevant le Sauveur.

N'étant plus dominée, asservie par i esprit du monde et du mal, l'esprit de Dieu en reprend possession et s'y établit. Elle est sauvée !

Elle est sauvée par la lui, comme Zachée, dou^t la foi était bien vive, puisque le Seigneur dit que ce païen, ce gentil, ce publicain est aussi un enfant d'Abraham.

Car Abraham, dont la foi lui a été réputée à justice (Rom., IV, T)), est le j.ère des croyants, et c'est à lui que commence la liliatiou spirituelle des entants de Dieu»

«4 TilOiSlÈME SÉRIE.

Parole terrible pour les Juifs, qui se vantaient d'être seuls les entants d'Abraliam el d'en avoir les privilèges!

Ici encore, comme partout, ils mettaient la lettre

au-dessus de l'esprit, et ne comprenaient que la forme de la parole divine.

Parole consolante pour les infidèles, pour les chrétiens qui ont eu le malheur de le devenir, et surtout pour les bonnes âmes qui demandent à Dieu leur conversion !

Tout homme cherchant sincèrement la vérité et pratiquant la justice est, dit saint Pierre, agréable à Dieu qui ne fait point acception des personnes (Act., X, 35).

C'es^la meilleure préparation pour attirer la grâce, qui ouvre Tesprit à la lumière divine et le cœur à la charité 1

Que tous eherchent donc Jésus-Christ comme Za-

chée, avec le désir vif de le connaître, et en faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour entrer en rapport avec lui.

Et ils y réussiront, s'ils en ont sérieusement la

bonne volonté ; car le Fils do l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu (Luc, xix, 10).

VAIIBLBIIIB

MuUer qux erat in civitale peccairix (Luc, Tii, 37).

U y a?aii dans la yUIc une femme qui ▼ivait dans le péché,

L'Église, en ce temps solennel, nous exhorte à la pénitence, afin que, rejetant nos péchés et désaYOuant nos fautes par une conlession sincère et complète, nous attirions de nouveau la grâce dans notre âme purifiée, et la mettions en état de recevoir celui qui est la résurrection et la vie.

Quel meilleur moyen de nous y disposer que l'exemple de Madeleine, la plus célèbre et la plus heureuse des pénitentes! caria vivacité et la sincérité de son repentir, qui a excité dans son cœur l'amour le plus ardent de Jésu&Christ, lui a valu dès ce monde la grâce insigne de rester attachée à la per-

S6 QUàTRIÈMË SÉaiË.

sonne adorable du Sauveur, le suivant jusqu'à la

croix, jusqu'au tombeau, et ayant l'honneur d'être le premier témoin de sa résurrection.

Au pied de la croix sanglante du Sauveur, au moment où il va rendre son esprit à son Père, trois personnes sont restées, quand toutes les autres s'étaient éloignées, Marie, Madeleine et Jean.

Marie, le modèle de la pureté immaculée et de la maternité chrétienne ;

Madeleine, le modèle de Pinnocence reconquise par la pénitence ;

Jean, celui que le Sauveur aimait, dit l'Évangile, et dont la téte reposait sur sa poitrine pendant la Cèné, le modèle de Tamour le plus pur.

C'est Madeleine, ou l'efficacité du repentir, que

nous allons considérera- Madeleine pécheresse, d'abord : et nous verrons par

quelles causes elle a été engagée dans le péché ; Madeleine pénitente^ ensuite : et nous montrerons

les degrés de sa conversion et le Ijonlieur insigne qui

l'a couronnée.

Qu'était-ce que Madeleine? Saint Luc dit : Il y avait

dans la ville une femme pécheresse, ou qui vivait dans le péché. Simon le Pharisien la regardait comme indigne de toucher un homme juste.

Il est évident qu'elle avait une mauvaise réputation sous le rapport des mœurs.

C'était tout au moins une femme légère, mondaine, adonnée aux plaisirs, à la vanité du monde, et ne songeant qu'à jouir de la vie«

Si elle était la sœur de Lazare, comme tout porte

à le croire, elle était d'une bonne famille, riche et très-répaiidue. Elle avait participé sans doute au luxe et aux élégances de la ciyilisatioa romaine qui dominait le pays.

Elle ressemblait probablement à des chrétiennes de nos jours, lancées dans le monde, comme on dit, et qui s'y perdent par l'amour du plaisir et de la Tanité.

Comment en était-elle arrivée là?

1. Elle était femme. Elle avait cédé à l'instinct de son sexe, le besoin d'être recherchée et aimée, excité par une vive sensibilité et une imagination ardente.

Comme tant' d'autres, elle avait pris le désir du

plaisir pour de rainour; et sa faiblesse d'un côté, et le vide de son cœur de Tautre, l'avaient entraînée de chute en chute dans l'habitude du péché.

Hélas! que de forces perdues dans ce fatal entraînement! et comme elles vont être réveillées, exaltées, transfigurées, quand cotte àme aimante, éclairée et enflammée par la foi, aura trouvé l'objet du véritable amour 1

Ce sexe, si faible quand il se laisse dominer par la chair, devient plus fort que toutes les violences du monde quand l'esprit de Dieu s'en empare. La foi et la piété le rendent capable de tous les dévouements.

2. Cette femme, pleine de sensibilité et d'imagination, jeune et belle, était riche, donc oisive, comme il arrive le plus souvent, ou elle ne s'occupait que de futilités ou de vanités.

Dangers du désœuvrement pour le cœur^ Pesprit

et même pour le corps. L'oisiveté est la mère de tous

les vices. — Tableau de la femme forte de l'Écriture, toujours occupée aiix soins de la famille et de la maison. Inconvénients de la richesse et bonheur de la pauvreté sous ce rapport.

3. L'oisiveté amène la dissipation. Quand on ne fait rien ciiez soi, on a l)osoin d'aller au dehors. Femmes et veuves dont parle l'Apôtre. Toujours en visites, en conversations, en parties de plaisir, point de moments de recueillement, de rentrée en soi, de prière. Horreur de la réflexion et de rexamen de soirnème et de la solitude. Besoin d'agitation et d'émotions (Tim., Hi, 6).

Combien de chrétiennes, parmi nous, vivent delà sorte dans ce qu'on appelle la société ou le grand monde !

4. La vanité, qui perd encore plus de femmes que la sensualité. Désir d'attirer les regards, lesaifections, les admirations. On veut paraître avec éclat dans le

monde et briller au milieu de la foule. Tous les moyens sont Ijous pour amener ce triomphe, et on perd les autres en se perdant soi-même.

Histoire ancienne comme le monde et toujours nouvelle !

Telles sont les causes principales de la perte de Madeleine, et de toutes celles qui lui ressemblent de nos jours dans sa conduite légère et dans ses fautes.

Oh 1 si elles l'ont imitée dans ses désordres, plaise à Dieu qu'elles la suivent aussi dans sa pénitence si franche, si noble, si courageuse I

L'Église, où Jésus est toujours présent, les accueil* lera avec la même bonté que Jésus a reçu Madeleine.

Elle se laissera approcher, toucher par dles, en

Digjtized by

dépit des pharisiens, si elles se jettent à ses pieds en *

implorant son secours.

Elle fortifiera leur faiblesse contre les entraînemenls do la chair, des sens, de la nature, par une discipline sévère et douce à la fois, fortUer et suaviter.

Elle combattra leur désœuvrement en les rappelant à tous leurs devoirs d'épouse, de mère et de maîtresse de maison.

Elle occupera leur esprit en leur apprenant à lire et à comprendre la parole divine. Elle leur enseignera à le fixer par la prière et la méditation.

Alors elles se plairont dans leur intérieur, parce qu'elles y trouveront Celui qui est la source de tous les biens, et qu'elles seront employées par Lui à les répandre autour d'elles.

Et leur conscience étant satisfaite par Taccomplissement de leurs devoirs, en même temps que leur .âme sera réjouie par la communication avec Dieu et nourrie de sa parole et de sa grâce, elles trouveront leur bonheur, non plus dans Topinion des hommes et dans la vanité, mais dans leur intérieur, en ellesmêmes et en Dieu qui vit en elles.

M QUÀTRIËHS SÉRIE

Ut cogiiorit quod nccuhuisset in domû phar'iHxi, atlulil alabaslmm un(juettlt{\.nc»f VII, 37).

Ayant su qu'il était ft faille cImi un plïariiHen» elle j vint avec no Tase de parfiioi*

Nous avons dit comment Madeleine avait été entraînée au péché^ qui en devenant habituel l'avait jetée dans une vie de désordre et affichée aux yeux

du monde.

Nous allons considérer les degrés de la conversion, et comment Tamour de Jésus-Christ non-seulement la ramène i l'ordre, à l'honnêteté, à la pureté, mais encore la sanctifie et en fait le disciple le plus ardent et le plus dévoué du Sauveur.

C'est le premier pas de ce retour que nous allons Yoir aujourd'hui, premier pas qui a dû lui coûter immensément, par le sacrifice qu'il exigeait, et qu'elle a fait avec un admirable courage.

Les premiers disciples du Sauveur, ses Apùtres, quand ils ont répondu à Tappel du Maître, quittant tout pour le suivre, avaient entendu sa parole et vu les miracles qui annonçaient sa mission.

Ils ont donc réagi à la grâce qui touchait et éclai- * X^\\, leur esprit par des signes divins, et la vertu qui

HàDËLËlNË.

émanait de la personne de Jésus-Christ, en pénétrant leur cœur achevait leur foi.

C'est ce qui est arrivé à Madeleine. Elle habitait Jérusalem; erat in dvltate^ et toute légère qu'elle était

et livrée à une vie mondaine, cependant elle avait entendu parler de Jésus et de ses œuvres, dont tout le monde s^entretenait.

' Bien plus, dans l'état de son àme, abandonnée au désordre qu'elle n'avait jamais aimé ou dont elle était

lasse, cherchant le I)onheur dans toutes les voies du monde et ne Tayaut jamais trouvé, même dans le. délire des passions humaines, elle a dû désirer de voir cet homme, dont tout le peuple glorifiait la vertu, la puissance et la bonté ; elle a voulu sans doute l'entendre, cette j)arole qui répandait la lumière, guérissait tous les maux et appaisait les tempêtes.

Elle l'a vu, elle l'a entendu par accident ou volontairement, et son cœur en a été profondément touché.

Elle a senti que là était le bonheur qu'elle avait vainement cherché ailleurs ; et par la lumière du visage de l'homme-Dieu qui a illuminé son esprit et la vertu de sa parole qui l'a pénétré, la foi est née dans son cœur.

Elle a cru en lui, et depuis ce moment, par l'impulsion secrète de la grâce, elle n^a plus eu qu'une pensée, qu'une volonté : entrer en rapport avec lui.

Depuis ce moment auâsi elle est troublée et divisée

en elle-mcnie : ce qui lui plaisait l'ennuie, ce qui l'entraînait la dégoûte. Le désordre et la vanité de sa vie passée la remplissent de honte et de mépris ponr elle-même.

Elle ne peut plus marcher de la sorte. U faut qu'elle

sorte de l'ignominie où elle s'est enfoncée; il i'aut qu'elle aime ce qui est seulement digne d'être aimé ; il lui faut un amour qui relève son âme en la remplissant, et lui rende la dignité avec le bonheur.

Il faut donc aller à celui dans lequel elle pressent qu'elle trouvera ce qui lui manque.

Mais comment y aller? Oserait-elle jamais l'approcher, lui qui est si pur, si imposant malgré sa bonté, et elle, qu'on appelle la pécheresse, et qui doit en porter les tristes stigmates sur toute sa personne?

Puis, qu'en dira le monde, ce monde auquel elle a tout sacrifié jusqu'à ce jour, et qui Ta vue briller de tout les attraits de la beauté, de 1 élégance et delà richesse ; ce monde qui a été son maître, son tyran, et qui va s'indigner si elle le quitte! Ouede médisances, de calomnies, quel déluge de critiques et de paroles malveillantes poùr expliquer sa démarche, ou plutôt pour la travestir ou s'en moquer.

Enfin, elle-même, si lâche, si faible jusqu'à ce jour, puisqu'elle a été le jouet de ses sens, de son imagination et de ses passions, est-elle cette fois sûre d'ellemême?

D'abord aura-t-el!e le courage de brûler tout ce qu'elle a adoré, de quitter ce qu'elle paraissait le plus aimer? et en supposant même que son cœur fatigué renonce aux attachements qtiila charmaient, se résignera-t-il facilement à quittertoutesles jouissances, toutes les délicatesses de la richesse, du luxe et de l'élégance où elle a vécu?

La vie de Jésus, et celle qu'il impose à ses disciples, est pure et austère : pourra-t-elle la soutenir longtemps? et après un temps d'enthousiasme, refroidie bientôt peut-être par les privations et les sacrifices, ne risque-

lUDELEINB. 05

t-elle pas de revenir à ce qu'elle a rejeté, ou au moins de regretter ce qu'elle aura laissé. Ët alors que dira le monde ?

Il dira que la pécheresse, pour faire parler d'elle, et par l'envie qu'on s'en occupe d'une nouvelle manière, a fait une folie de plus.

Tel est le combat qui a dû ou pu avoir lieu dans l'âme de Madeleine, divisée en elle-même par le tranchant de la grâce, qui pousse son cœur vers Jésus, et que son esprit pro|)re arrête.

C'est la lutte de l'enfant prodigue qui sent le besoin de retourner à la maison paternelle, et que la crainte et la honte font hésiter.

Mais enfin la grâce l'emporte, et il s'écrie : Surgam et ibo ad pairem meutn ! et il se lève et il marche courageusement vers son Père et se jette à ses genoux plein de repentir et d'humilité.

Ainsi fait la pécheresse. Elle cède à la grâce qui l'entraîne, elle se lève pour aller à Jésus, oiî qu'il soit, en particulier ou en public, et la voilà à ses pieds au milieu du festin de Simonie pharisien I • Heureuse imprudence I sainte folie du ciel qui sauve les âmes, et qui doit être notre modèle et notre encouragement !

QUATRitHB SâRIE

Smr§am et ièo9é pairem meum (Luc, Je me lèferai el j'irai vers mou père.

Nous avons laissé Madeleine aux pieds de Jésus-* Christ.

Elle a vaincu le respect humain ou l'opinion des

hommes qui rcnéloi^^nait. Elle s'est vaincue elle-même en renonçant à tout ce qu elle aaimé jusque-là. Faisons aujourd'hui un retour sur nous-méraes, qui sommes aussi des pécheurs, et demandons-nous, la main sur la conscience, si en des circonstances semblables, ou au moins dans les liens de certains péchés ou mauvaises habitudes qui nous retiennent, nous serions capables d'agir comme elle.

Demandons aux pécheurs engagés comme elle dans une vie de désordre, et il v en a sans doute dans cet auditoire, pourquoi, s'ils reconnaissent l'immoralité et surtout l'indignité de leur conduite, qui les rend ennemis de Dieu et de sa loi, ils différent de se convertir, en quittant le mal et revenant à Jésus*- Christ qui les appelle par la voix de leiu' conscience.

Eccetempusacceptabde (UCor.,vi, 2). Uodiesivocem éjtia audieritis iwlUe obdurare eoria vestra (Ps. xcnr).

Après l'exemple si touchant, si encourageant de Madeleine, qui peut encore les retenir?

. J'entends d'ici les prétextes ordinaires qu'on met

en avant pour s'excuser, sinon pour justifier ce délai delaconverdon.

1* Ceux qui sont jeunes disent : Il y a temps pour tout, la jeunesse a besoin de se divertir, Tàge mûr de travailler, et la vieillesse de se reposer.

Nous ne refusons pas absolument le travail nécessaire à notre position et à notre avancement dans le monde, mais il nous faut aussi le plaisir ; la jeunesse est le printemps de la vie, ^ le printemps est la saison des fleurs. Plus tard nous penserons davantage aux choses sérieuses.

Plus tard ! ètes-vous sûrs d'y arriver? que de fleurs dans la nature sont emportées par les vents, par les orages, ou dévorée^ dans leur éclat par le ver rongeur !

Quelle sera donc votre mort, si vous êtes enlevé prématurément au milieu de rétourdissenient des passions humaines, et peut-être par les suites de vos désordres? Il est horrible, dit TApôtre (Hebr., x, 31), de tomber ainsi entre les mains du Dieu vivant.

Et en supposant (jue vous y arriviez, dans quel état? une jeunesse dissipée, épuisée par les excès, pré> pare une triste maturité qui en portera les stigmates. Les fleurs gâtées dans leur épanouissement donnent des fruits sans saveur, gâtés au dedans et qui ne se conservent pas.

Vous voulez jouir de la vie et Dieu ne vous le refuse pas ; mais il faut jouir avec sobriété pour bien jouir. Et c'est cette sobriété, ou la tempérance de vos passions par le devoir^ que TEglise vous recommande par ses |)réceplcs.

9tt QliATlUÈMË SfclRIE.

Dieu vous interdit si peu la jouissance qu'il vous

en promet d'ineffables, d'impérissables, d'infinies, si, pour avoir part à sa félicité, vous voulez participer à sa justice et à sa charité.

Ne perdez donc pas votre jeunesse en des amours coupables, qui gâtent votre vie en ce monde et la compromettent dans l'autre. Celui qui sème du vent, récoltera des tempêtes (Os., vm, 7).

2® Ceux qui sont dans l'âge mûr, et ainsi engagés dans les sollicitudes des affaires, disent (au moins les meilleurs; car beaucoup ne pensent même pas à l'état de leur àme et n'eu disent rien) :

Oui, j'en conviens, il faut rendre à Dieu ce qui est â Dieu, et je néglige mon devoir, à cet égard ; mais, vraiment, je n'ai pas le temps de m'en occuper; les affaires me débordent et je n'y suffis pas. Plus tard, quand j'aurai fait ma fortune, élevé et établi mes enfants^ je me tournerai vers Dieu avec bonheur et m'y donnerai tout entier.

Que vous fassiez vos affaires, mon cbcr frère, rien de mieux, et c'est pourquoi je viens vous rappeler la principale, qui est celle de votre âme. A quoi vous serviront toutes les richesses du monde, si vous vous perdez vous-même (Luc, ix, 23)?

Vous n'avez pas le temps? sur sept jours vous n'avez pas quelques moments à donner à la. prière, à une bonne lecture, à l'assistance à la messe, et malgré vos embarras d'affaires du monde, vous trouvez moyen de donner de longues beures à ses réunions et à ses plaisirs !

Plus tard, dites-vous aussi, comme si le temps vous appartenait! Nous ne sommes pas maîtres du lendemain, pas même de l'bcure qui va suivre.

Combien d'hommes affairés comme vous, justement à cause de la surexcitation de leurs travaux, de

loin activité incessante et des soins qu'ils entraînent, ont été enlevés à l'improviste au milieu de leur sollicitudes terrestres, et sans avoir le temps de se tourner ^ers Dieu. Quelle morti

5"' Eiiliii quelques-uns de ces hommes, que les affaires éloignent de Dieu et de son église, vieillissent en effet; mais les uns, plus avides à mesure ({u'ils sont plus riches, ne songent pas à se retirer alin de gagner davantage ; et ainsi c'est le même train et le uiénie prétexte.

D'autres se retirent en effet pour jouir de leur fortune, disent-ils, et se reposer; et dors le temps ne leur manque pas pour s'occuper de leur âme, car ils ne savent qu'en faire.

Mais les infirmités sont venues avec l'Age, et maintenant les soins du corps et de la santé prennent la place de l'entraînement des affaires*

On ne peut aller à Téglise sans s'exposer aux refroidissements, aux coups d'air, aux rhumatismes, etc.

Puis Tàme, qui a perdu le goût des choses du ciel, ne les comprend plus, ne les apprécie plus. Il faudrait un effort, un travail pour s'instruire, et l'on se trouve trop vieux pour cela.

Il faudrait s'adresser à son curé ou à un autre pour • cire aidé, dirigé, enseigné, et Tamour-propre ou toute autre raison s'y oppose.*

Bref, on n'en fait pas plus dans ses vieux jours que dans l'âge mûr et la jeunesse, et quand le moment fatal arrive, presque toujours à l'iniproviste, parce qu'on ne veut pas le prévoir, la famille appelle le prêtre, quand il n'y a plus rien à perdre, que l'âme

du moribond. En vérité, il est horrible de tomber

ainsi enlre les mains du Dieu vivant !

Voilà le tableau lamentable et trop ûdèlc de ce qui arrive le plus ordinairement aux hommes du monde et à tous les âges.

Et les hommes, nous devons le dire, le plus souvent ne sont pas méchants ; mais ils sont légers, imprudents, superficiels, se laissant aller à la passion qui les domine dans le moment^ ne s'occupant que de leurs plaisirs ou de leurs affiiires selon le monde, et sans songer à la plus grave de toutes les affaires, le salut de leur âme, sans apprécier le plus grand de tous les bonheurs, celui de Téternité, que Jésus-Christ a voulu leur donner au prix de son sang.

Heureux donc, et mille fois heureux, ceux que la grâce réveille et retire de leur étovirdissement comme Madeleine, et qui ont comme elle le courage de chercher le bien véritable, au mépris de tous les biens de ce monde, en allant se jeter aux pieds du Sauveurl

Et êlànt rétro têeu* pedeê 0fu$t laerymit

evpit rtgare pedes ejtis et capillis capUis êui ter g f bal, et osculubalur pedes ejns et unguentfl nngehat {Imc, vu. 7>S).

Et hc tenant derrière ù i»es piedà, elle se mit II les arroser de ses larmes, lea essuyait avec ses chcvem et les baisait en y répandant le parfum.

Nous avons vu le premier pas qu'a fait iladeleine pour se rapprocher de Jésus ; c'est le premier degré

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effectif de sa conversion, qui n'en est plus à l'état de bonne volonté. Elle a résolu d'aller à JébU6,.et la voici à ses pieds.

Là s'achève son sacrifice :

1*^ Par son humiliation volontaire;

2"^ Par ses larmes, expression de sa contrition ;

5" Par la donation d'elle-même , sous le symbole du parfum répandu sur les pieds du Sauveur.

Considérons ces trois actes, qui complètent une conversion vive et sincère.

1^ Et stam rétro seeus pedes qus. Elle se tient

derrière Jésus et à ses pieds : ce qui s'explique par la manière dont les anciens étaient couchés à table*

Elle prend toutes les formes de l'humilité.

Elle exprime par là le sentiment qu'elle a de son

indignité ; elle s'avoue pécheresse, comme on l'appelait.

Autrefois elle se serait révoltée à ce nom ; maintenant elle fait plus- que Taccepter, elle le justifie par son humiliation qui la soulage.

Qu'est-ce en effet que s'humilier ? Est-ce se dégrader, abjurer sa dignité d'homme? Au contraire, on la relève en s'abaissant; car c'est devant la vérité reconnue, la justice outragée qu'on s'incline, en leur rendant l'hommage qui leur est dû, et reconnaissant avec douleur qu'on leur a manqué.

Si on a violé la vérité par le mensonge, quoi de 4>lus digne que de s'humilier en le déclarant?

Si on a manqué à la justice par un tort bit au pro-

çhain, quoi de plus digne que de le réparer par la parole et par Faction?

C'est une véritable réhabilitation de l'âme, qui remonte en se remettant en harmonie avec là vérité et la justice, avec le bien.

Oh ! s*il y a parmi nous quelque chrétien infidèle qui ait renié son Dieu et son Sauveur par des paroles blasphématoires ou imprudentes, ou qui, sans aller jusqu'à cette extrémité, n'ait répondu à ses bienfaits que par l'abandon de son culte et le mépris de ses commandements, par Findifférence ou l'ingratitude, lui refusant rhouiiuage qui lui est dû, et ne le priant jamais 1

Voici pour celui-là le moment de rentrer dans Tordre à la suite et par l'exemple de Madeleine.. Qu'il

vienne donc aussi se jeter aux pieds de Jésus, comme elle, avec le même courage contre le respect humain, et la même humilité!

Oui, se dira-t-il peut-être en lui-même, si Jésus- . Christ était là présent, comme devant la pécheresse, je crois que j'en ferais autant ; car il n'y a pas de honte à s'humilier devant Dieu.

Mais s'abaisser devant un homme comme moi, je ne puis m'y résoudre ; car enfin le prêtre est un homme comme les autres.

Non, mon cher frère, le prêtre n'est pas un homme comme vous ; il est le ministre de Jésus-Christ, qui, en le marquant d'un caractère ineffaçable, en lui transmettant son esprit, lui a donné son pouvoir de remettre les péchés et de communiquer la vie du ciel.

Dans ses fonctions saintes, il représente le roi du ciel qui agit par lui, comme tout ambassadeur est le roi lui-même qui parle par sa bouche.

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Vous ne vous agenouillerez donc point devant

un homme, mais devant Jésus-Christ, le juge unique qui siège au saint tribunal; et si vous avez le courage d'aller vous jeter à ses pieds comme la pécheresse, quoi qu'il vous en coûte, vous entendrez aussi les douces paroles qui lui ont été adressées, et comme elle, votre Toi vous sauvera.

2** Lacrymis cœpit rujare pedes ejus.

L'âme qui s'humilie est facilement touchée. Le rayon de la grâce , qui n'est plus repoussé par la dureté du cœur ni par les montagnes de Torgueil, la j)énètre, la dilate, la remue jusqu'au fond, et alors sortent de sa profondeur les larmes de la contrition, qui exhalent le repentir-, le remords, et lavii?nt les fautes.

Ce sont les bienheureuses larmes dont parle Jésus- Christ, au sermon sur la montagne. Heureux ceux qui pleurent parce quUls seront consolés !

Larmes d'un cœur contrit et humilié par la vue da mal qu'il a commis. Cor eontritum et humiUàtumf DetiSj non despicies...

Larmes de Texpialion ou de la patience chrétienne, qui accepte ses douleurs comme les conséquences de ses fautes.

Larmes de la résignation, qui s'abandonne à la justice divine.

Larmes du sacrifice pour ses propres péchés ou ceux des autres.

Voilà les bonnes et douces larmes, dont Madeleine

arrose les pieds sacrés de Jésus, et comme témoignage de son sacrilice, elle les essuyé avec ses cheveux, qui ont tant servi à ses désordres passés, et qu'elle consacre aujourd'hui avec toute sa personne au service de ..son Dieu.

S"* Osculabaturpedes ejus et unguento niigebat. Le baiser est le signe de l'amour, et coibnie désormais tout son cœur est à Jésus, elle baise ses pieds en

signe d'hommage, et comme pour lui dire qu'elle est à jamais sa servante, et que son cœur tout entier lui est soumis.

Et en baisant ses pieds, elle y répand un délicieux

parfum, symbole de la vie de son àme : Oleum effusum nomentuum (Cant., i, 2).

Et ce parfum, composé de plusieurs essences unies et fondues entre elles par un esprit incorruptible, représente Pâme aTec ses diverses facultés, la volonté, l intèlligence, la sensibilité, harmonisées, épurées et exaltées par l'esprit de Dieu qui les anime et les transforme.

Madeleine promet à Jésus-Christ, par Peffusion de

ce parfum qu'elle ré|)and sur sa personne en son honneur, qu'à l'avenir son àme, avec toutes ses puissances ne sera employée qu'à son service, et que sa vie entière né sera qu'une bonne odeur exhalée devant lui.

Vuilà ce que Madeleine a fait, et tout ce qu'elle pouvait faire, puisqu'elle se donne en victime, prête à tout souffrir pour Fexpiation de ses fautes, et à tout entreprendre en preuve de son amour.

MADËLEliNË

iOS

Propler quoi dico tibi : rernttlunfur et peccata multa, quoniam iUeiU mullum (Luc, VII, 47).

C'est pourquoi je vont le dU : Beaucoup de péchés lui sont remit, puee qa*éUe t beaucoup aimé.

Nous avons dit ce que Madeleine a fait pour Jésus- . Christ ; voyons mamtenant ce qu'il va faire pour elle. Récit de FËvangile. — Question au pharisien, et la

ré\)onse : Remittuutur ei peccata multa ^ quoniam dilexitmtdium. Quel est cet amour qui obtient la rémission des péchés?

Deux espèces d'amour, l'un qui entraine au péché, qui est le péché racine, — Pautre qui en éloigne et qui le détruit.

Tel est le sujet de cette méditation.

L'essence de l'àme est d'aimer: car Dieu l'a faite pour le connaître, Taimer et le servir, et par conséquent posséder Féternelle vie, qui n'est qu'en lui.

La vie radicale de l'àme est donc dans l'amour. Mais Famour est en raison de ce qu'il aime : fini, variable, agité, si la créature en est Tobjet exclusif, et périssable comme elle ; infini, immuable, éternel, s'il unit l'âme à Celui qui est le bien souverain, la vérité pure, la. beauté sans tache»

lOi QUATRIÈXE SÉRIE. .

Là où est votre trésor, là est votre cœur (Matth., vr, 21), et la vie du cœur est en raison du bien auquel il s'attache.

Cependant l'homme, fait pour aimer Dieu par-dessus tout, a préféré s^aimer lui-même et les créatures plus que Dieu. De là, un amour faux et désordonné qui a le moi pour fin dernière, ou l'égoïsme. C'est l'amour instinctif de notre existence actuelle, ou la concupiscence opposée à la tendance spontanée de notre véritable nature, ou à l'amour divin.

Ces deux amours se combattent dans notre cœur, comme les deux lois dont ils sont l'expression, la loi de l'esprit et celle de la chair. Ils sont ennemis en. nous comme Jacob et Ésaii l'étaient déjà dans le sein de Rébecca.

Nous ne pouvons donc revenir au véritable amour, qui est celui de Dieu et du bien, qu^en triomphant de

l'amour faux qui nous en éloigne, qu'en vainquant l'égoïsme qui veut se mettre à la place de Dieu, et se satisfaire au mépris de son autorité et de sa justice.

En d'autres termes, on ne peut aimervéritablement, comme Dieu aime, que par le renoncement à l'égoïsme ou par le sacrifice de soi.

Donc le caractère de l'amour qui sauve est l'abnégation ou le sacrifice, et c est pourquoi Jésus-Christ a dit: Que celui qui veut être mon disciple renonce au monde et à lui-même!

Tandis que le caractère de l'amour qui perd estl'égoïsme, ou le sacrifice des autres à soi.

Celle vérité, enseignée par la parole de Jésus-Christ , et confirmée par l'exemple de sa vie et de sa mort, est encore attestée par le témoignage universel des peuples .

Partout et toujours, Tamour a excité l'adiniration et le respect des hommes, en raison des sacrifices qu'il s'impose ou qu il accepte.

L'amour maternel, la plus élevée, la plusadmirable des affections naturelles, n'est si touchant, si respectahie, si ravissant parfois, que j)ar le dévouement qu'il inspire, les douleurs, les peines et les privations qu'il subitavec résignation et même avec joie.

La véritable amitié n est belle et bonne que par un échange de concessions, par le support mutuel et les sacriiices réciproques.

L'amour de la patrie, ou le patriotisme, est dans la subordination et souvent dans le sacrifice de l'intérêt privé à l'intérêt public, de son bien propre au bien du pays.

Ënfin l'amour par excelloncc, celui (}ui s'appelle la charité, et qui par le souftle de l'esprit divin, apporté sur la terre par Jésus-Christ, a appris aux hommes à aimer comme Dieu aime, la charité parfaite est aussi le comhle du dévouoniont, ou la |)erf(;ction du sacriiice, tel que Jésus-Christ est venu l'enseigner au monde par sa doctrine et par sa mort*

Dévouement du prêtre, du missionnaire, de la sœur de charité, du frère des écoles, de tout chrétien auimé par l'esprit de Jésus-Christ, quem uryet chantas Ghrisli (Il Cor., v, 14).

Ici tout est surnaturel, divin, par conséquent,

universel, et c'est pourquoi cet amour s'étend à tout comme la Providence divine, même à ceux qui la méconnaissent ou la blasphèment.

11 ne suffit plus à la charité d'aimer ceux qui Tai-

ment, époux, enfants, parents, amis ou bienfaiteurs: comme Dieu, elle aime ses ennemis, et se dévoue à leur salut.

Ohl sans doute il y a là un grand sacrifice ; se dévouer pour des inconnus, des ennemis, des ingrats,

des persécuteurs, des bourreaux!

Ainsi a fait Jésus-Christ, el c'est pourquoi il a dit : Si TOUS ne faites du bien qu'à ceux qui tous en font, les païens en font autant. Mais la Tertu est de rendre le bien pour le mal, et de prier pour ceux qui vous persécutent (Matth., V, 44).

Mais aussi quel dédommagement du sacrifice parla paix du cœur que Jésus donne à ses vrai» disciples : paix qui surpasse tout sentiment et qui n'est pas celle que donne le monde (.loan., xiv, 27).

Quel bonheur, après avoir partagé les douleurs du SauTeur dans le sacrifice, de participer aux délices de son amour, et quand on a su perdre sa Tie pour la gagner (Matth., x, 59), d ètre pénétré de la vie même de Dieu et d'en sentir les tressaillements!

Quam honnm^ quam jucundum habitare fratres in unum, dit le prophète royal (Ps. cxxxu, 1), et jamais ils n'habitent plus intimement ensemble et ne sont plus unis que par la cliarité, qui fond les âmes ici-bas par la grâce, jusqu'à ce qu'elle les unihe au ciel dans la gloire.

Voilà Pamour qui a attiré à Madeleine la rémission de ses péchés, en brûlant par son ardeur divine toutes les taclies de ses désordres passés. Liie a beaucoup

madeleine;

aime ce qui est souverainement, uniquement aimable, et la preuve c'est qu'elle a sacrifié généreusement à robjet de ce divin amour tout ce qu'elle avait aimé de terrestre jusque-là, le monde, ses pompes, ses richesses, ses plaisirs et enfin elle-même.

Maintenant faisons un retour sur nous-mêmes, sondons notre cœur et nos reins, et voyons quel amour nous anime, ce que nous aimons le plus au monde et oii est le trésor de notre âme.

Est-ce Dieu? est-ce la créature? est-ce nous-mêmes?

Si c'est, nous que nous préférons à tout,- même à Dieu, nous sommes à nous-mêmes notre Dieu. C'est l'idolâtrie de l'égoîsme.

Sont-ce les créatures, une personne humaine^, la richesse, la puissance, la gloire, ou tout autre bien de ce monde? C'est encore de l'égoïsme; car nous n'aimons tout cela que pour en jouir envers' et contre tous.

Et dans l'un et Tautre cas, il y a une grande illusiou de notre cœur, avide d'un bien infini, éternel, et qui le cherche en vain en des choses bornées et pé» rissables. Nous n'aurons que des mécomptes dans nos poursuites et dans nos jouissances.

Est-ce Dieu, sa loi, sa parole, sa vérité, sa justice, sa pureté, qui a la prédilection de notre cœur?

Ohl alors prouvons-lui notre amour comme Madeleine, en allant à lui malgré tout, en sacrifiant tout, même notre vie, pour lui plaire, et alors aussi, comme à elle il nous sera beaucoup pardonné parce que nous aurons beaucoup aimé. RemUwUui' ei peccala mdia quiomam dilexU multum.

Fïdes tua te Mlvam fieeU, yatf» t» paee

(Luc, Tii, 50).

Yotre fm vou» a sauvée; allei en pais.

Par cotte parole, Jésus complète le bienfait qu'il vient d'accorder à Madeleine.

Il a répondu aux mauvaises pensées du pharisien en remettant à la pécheresse ses péchés, en raison de

son amour.

Et maintenant il répond à l etonncment des Juifs, qui murmurent contre sa prétention de remettre les péchés, en accordant davantage à la coupable, c'està-dire le salut et la paix.

Nous enscif^nant par là que les attaques injustes de nos ennemis nous attirent d'autant plus les faveurs de Dieu, si nous les supportons comme.Madeleine.

Puis, en ces trois paroles, Jésus nous semble établir par le lait le sacrement de pénitence, au moins dans son esprit.

En effet, après que Madeleine a fait sa confession publiquement, Jésus lui remet ses péchés, lui promet le salut en raison de sa foi, et lui donne la paix.

C'est ce qui arrive dans toute bonne conrcssion ; les péchés sont remis par l'absolution; le salut est promis paria délivrance du péché et de ses suites, et la paix de Dieu est rendue à l'âme.

1« Les péchés sont remis à Hadeleine parce qu'elle a beaucou|) aimé celui qui est souverainement ai-

nial)lc.

Donc, le meilleur moyen obtenir la rémission de ses péchés est la charité, ou l'amour de Dieu pardessus tout.

Cet amour surnaturel, inspiré par la grâce, excite dans l'àme la contrition parfaite, ou le regret d'avoir offensé Dieu, parce qu'il est inOniment bon, infiniment aimable et que le péché lui déplait.

Et ce regrét s'exprime d'abord par une vive douleur d'avoir déplu à Dieu, avec la terme résolution de ne plus TotTcnser à l'avenir, et ensuite par le besoin d'avouer et de désavouer ses fautes pour en obtenir le pardon.

Ce que Madeleine est venue faireaux pieds de Jésus, tout pécheur doit le l'aire au tribunal de la pénitence parla confession, avec la même contrition, et alors il entendra comme elle la parole libératrice qui l'absout de ses péchés et lui rend la vie du ciel.

2. L'absolution, en délivrant l'àme coupable du péché mortel et de la punition qu'il enlraine par la séparation d^avec Dieu, la remet en état de grâce et par conséquent dans la voie du salut.

Ce que Jésus dit à Madeleine, le ministre de son Église le dit à tout pénitent qui est dans les mêmes sentiments qu'elle,

Fides tm ie salvam fecit^ votre loi vous a sauvée car vous avez cru au Fils de Dieu fait homme pour * vous réconcilier avec le ciel, qui vous a racheté par l'elTusion de son sang, dans lequel il a la\é les iniquités humaines.

Vous avez cru en l'Église qu'il a divinement fondée,

QUATRIÈME SËRi£

et où, comme il l a promis, il est et sera présent jusqu'à la fin des siècles.

C'est lui, le seul qui peut remettre les péchés, que Yous avez imploré en vous jetant aux genoux du prêtre, et c'est lui aussi qui vous absout par sa parole. Vous le croyez fermement, et par votre foi vous attirez et recevez en vous la vertu efficace de la parole dite à Madeleine.

Donc vous êtes délivré du mal et de la mort éternelle, pai ce que vous croyez à la puissance divine du libérateur en l'invoquant. — Vous dites aussi, comme l'aveugle : Seigneur, faites que je voie. — Comme le père du possédé : Seigneur, aidez mon incrédulité. Comme le paralytique, vous déclarez que vous voulez être guéri, et qu'il peut vous guérir, s'il le veut.

5. Mais par cela même que vous êtes remis dans la voie du salut, la paix vous est rendue ; car c*est le mal qui a troublé votre âme ; elle vient de le rejeter et l'absolution Fa effacé.

Vous avez donc la paix principale, celle avec Dieu dont vous êtes redevenu Tami.

Puis la paix avec vos semblables, puisque n'ayant plus de mal dans le cœur, mais la cbawlé de Jésus- Cluist, non-seuleuicut vous ne voulez plus b'ur en faire, mais même vous supporterez avec patience celui qu'ils vous feront, et vous leur rendrez du bien en retour, suivant la parole du Sauveur (Hattb.^ v,44).

Eniin la paix avec vous-même^ puisque le combat a cessé dans votre intérieur, Je mal a été vaincu, la' loi de la chair et des membres est dominée par celle

de l'esprit, et votre conscience ne sera plus trou^ blée.

MADELELNE. i\i

Allez donc en paix, comme Madeleine, et jouisses déjà .sur la terre de cette paix divine, qui surpasse

tout sentiment et qui sera la plénitude du bonheur au ciel. Yade in face. *

VU

Porto fomm nt neeetoêrium» Maria

optimam parlem elegU fwr mu anferetar ab ta (Luc, x. 42).

Or, une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la meilleure pari qui ue lui sera point AMe.

Madeleine s'en est allée en paix et les délices du ciel dans le cœur I Jésus lui a parlé \ Jésus lui a remis ses péchés ; Jésus lui a promis son salut comme récompense de sa foi.

La voici réhabilitée à ses propres yeux et devant le ciel. Elle retourne chez elle légère, le cœur dilaté et plein d'espérance , elle qui tout à l'heure était écrasée sous le poids de la honte, torturée par sa conscience et tout près du désespoir.

Oh! comme elle est payée de son cnurafîc et de sa sincérité! La grâce a couronné l'audace qu'elle lui aTait inspirée, et la voilà devenue une nouvelle créature par la parole régénératrice de celui qui a fait toutes les créatures!

Nous ne la revoyons plus dans les récits évangéliques jusqu'à la visite que Jésus daigne lui faire à

QUATRIÈME SÉUIE.

elle et à sa sœur Marthe à Béthanie; et là, elle nous donne un nouvel exemple par la manière dont elle reçoit Jésus-Christ, c'est-à-dire sa parole,

qu'elle écdnte en silence, assise à ses pieds et toute absorbée, ])eiulant que sa sœur s'agite pour l'aire honneur à son divin hôte.

Quelle est la meilleure manière de recevoir Jésus- Christ et de profiter de sa divine présence, ou autrement, eommc le dit le Sauveur, quelle est la seule chose nécessaire et qui ne sera point ôtce, tel est le sujet de cette méditation.

Saint Augustin, commentant ce [mssage, voit dans Marthe et Marie les deux symboles bu les types des deux- formes principales de la vie chrétienne : la vie

active et la vie contemplative.

L'une et l'autre peuvent mener au ciel; car Marthe y est arrivée comme sa sœur. Mais sa sœur a pris le chemin le plus court et le plus sûr, puisque le Seigneur dit qu'elle a choisi la meilleure part.

La vie active, s'occupant surtout des bonnes œuvres, est plus iacilement distraite de la présence de Jésus- Christ, sans doute avec la bonne intention de n'agir (juc pour son service ; mais justement parce qu'elle s'agite en beaucoup de choses, elle est moins altentive à la parole du maitre, elle la reçoit moins avant dans le cœur.

C'est pourquoi Jésus dit à Marthe, qu'elle s'inquiète de beaucoup de choses, tandis qu'une seule est nécessaire.

MADELELNE. ilS

Puis, et c'est ce qui arrive parfois aux personnes pieuses, très -affairées dans les bonnes œuvres du dehors, Marthe trouve que sa sœur, absorbée par la parole du Maître et assise à ses pieds, n'en fait pas assez, lui laisse tout à soij^ner, et de là une certaine irritation qu elle ne peut garder en elle, et qui s'en prend à Jésus lui-même i Non est tibi cttrx^ quod jgoror mea reliquit me êolam miiiistrare? Die ergo ■ un ut me adjtivet.

Marthe cependant est pleine de foi, et elle aime assurément Jésus, puisqu'elle se donne tant de peine pour le bien traiter.

Mais son naturel, qui avait probablement quelque chose d'actif et d'impérieux, se mêlant trop à sa foi et à son amour, entraine sa bonne volonté sans qu elle s'en aperçoive.

Hélas I la même chose nous arrive aussi sous une forme ou sous une autre. Combien de zèles où la nature a plus de part (pie la grâce, et que de bonnes œuvres produites par le besoin de l'aire, de commander, de diriger, plus peut-être que par l'obéissance et la charité !

Ne se dispute-t-on pas quelquefois les premiers rangs et le commandement dans 1rs associations pieuses, comme les pharisiens cherchaient les premières places dans les synagogues ou dans les festins?

Voilà ce que Jésus blâme en ce moment en Marthe. Il connaît sa foi et rend justice à sa bonne volonté; mais il trouve qu'elle se trouble de trop de choses, tandis qu'une seule est nécessaire.

Quelle est cette chose uniquement nécessaire?

L'exemple de Madeleine nous l'indique : assise aux pieds de Jésus, elle écoulait sa parole.

QUATRIÊMB SÉRIE.

Or, cette parole, c'est la vie même, c'est le Verbe divin qui a tout fait et qui conserve tout.

Une seule chose est nécessaire, c'est de vivre de la

véritable \ic, et tout le reste n'est que moyen pour y parvenir.

La On est donc plus que les moyens, et celui qui la possède n'a plus besoin des moyens.

Or, Madeleine se tient à la source de la vie qui coule,

(les lèvres du Verbe l'ait cliair ! A quoi lui servirait tout le reste ?

Elle a donc choisi la meilleure part, c'est-à-dire la part principale, ou plutôt le tout, dont les autres

biens ne sont que des dérivations.

Et comme en recevant la parole éternelle dans son cœur, elle l'unit de toute sa volonté à Celui qui est la vie même, en lui donnant son amour, elle reçoit Peffusion du sien ; son cœur est tout à Jésus-Christ, en iiième temps que sou esprit est rempli de l'esprit divin.

Et cette part ne lui sera point ôtée, parce que rien ne peut séparer ce que Dieu a uni, et qu'une âme, qui s'est donnée tout entière à lui par le fond même de

sa volonlé, partici[)e à la vie divine elle-même et ne peut plus eu être détachée.

De là rinamissibilité de la vie du ciel chez les bienheureux.

C'est pourquoi, à cette fcuiiiie qui déclare bienheureuses les entrailles qui Tavaic nt porté, Jésus répond : Plus heureux encore, quinhno^ ceux qui écoutent la parole divine et qui l'obsorvent! (Luc. XI, 27.)

Et ailleurs il dit : Qui est ma mère? qui sont mes irères? Ceux qui écoutent ma parole, qui l'accum-

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plissent et qui l'annoncent; car ma parole c'est moi, et ceux-là me portent dans leur cœur qui l'y reçoivent, el ceux qui l'annoncent aux autres m'engendrent dans les cœurs qu'ils persuadent (Matth. xii, 48^.

Mais qu'on ne croie ])as (juo cette meilleure part exclue les autres. L'àme vraiment contemplative, et qui absorbe airec amour la lumière de la parole divine, en reçoit en elle aussi l'ardeur, le feu sacré, et elle le manifestera par ses œuvres dès que les circonstances l'y appelleront.

Elle fera aussi des bonnes œuvres pour le service de Jésus-Christ, et elles seront d'autant meilleures, que, par son union intime avec l'esprit de Dieu , elle y mettra moins de son esprit propre et suivra les mouvements de la grâce plus que ceux de la nature.

C'est ce qui est arrivé à Madeleine, comme nous allons le voir dans une dernière méditation.

VIJl

Maria.... Babboni ! {loan xx, 16) Marie... . Mou maître!

La seconde fois que nous revoyons Madeleine en face de Jésus dans l'Évangile, c'est auprès du tombeau de Lazare, que Jésus aimait, et qu'il a laissé mourir pour en faire par sa résurrection un témoignage vivant de sa puissance et de sa mission.

QUATRIÈME Si;AlË.

Apres cela nous la retrouvons au \ncd de la croix où est suspendu son amour, ét ensuite la première à son tombeau, et la première aussi qui ait le bonheur de le voir ressuscité.

Considérons-la dans ces trois circonstances, et nous verrons qu'après avoir été réhabilitée et sauvée par son divin maître, elle s'est dévouée tout entière à son service, se donnant à lui à la vie et à la mort.

1" Dans le premier cas, iVïadeleine n'a rien à faire pour Jésus. C'est encore lui (jui l'ait un miracle en sa faveur, pour la gloire de son Père sans doute, et afîn que les Juifs croient qu'il Ta envoyé du ciel, mais aussi parce ({u'il aimait Madeleine, et était touché de ses larmes au {)oinl de pleurer lui-même : Et laciymatus est (Joan. xi, 55).

Récit de cette scène touchante.

Jésus avait déjà ressuscité le fils de la veuve de Naïm par pitié pour les larmes de la mère (Luc. vu, 13).

Nous retrouvons ici l'expression de la foi vive de Madeleine, qui dit tout aussitôt au Sauveur en se jetant k ses genoux : « Seigneur, si vous aviez été là, mon frère ne serait point mort. » Elle le croit donc le maître de la vie et de la mort !

Et au milieu de sa douleur elle a le bonheur de voir Jésus pleurer avec elle... Et laerymatns est.

Aussi les Juifs présents s'écrient : Voyez comme il Taimait !

5IADELELNE. 117

Saint Paul dit : Quel est celui d'entre vous qui pleure, avec qui je n'ai point pleuré?

Jésus pleure avfte tous les niallu uieu.v qui versent (le bonnes larmes, des larmes de compassion, des larmes de contrition, de résignation ou de sacrifice, et c'est pourquoi il a dit : Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consoles (Matlh. y, jj. C'est déjà ua bonheur que de pleurer avec lui,

2"^ Madeleine suit Jésus à travers la voie douloureuse du Calvaire et jusqu'au pied de la croix. Elle le suit jusqu'à la mort avec sa sainte mère, et quand tous ses disciples Font abandonné, excepté un seul, le disciple de l'amour.

Judas l'a trahi, les autres se sont enfuis, et Pierre, qui l'a suivi de loin d'abord, l'a renié par trois fois. Madeleine a bravé tous les dangers pour le suivre.

Elle assiste à Tagonie de Jésus avec la Vierge mère, et leurs douleurs se confondent dans leur amour.

Elles sont là comme les deux symboles de ce qu'il y a de plus agréable à Dieu en deux voies différentes, mais qui aboutissent au même terme, l'innocence immaculée en Marie, l'innocence réparée en Madeleine ; la grâce de la pureté sans tache, et celle du repentir et des larmes. L'amour et la miséricorde s'unissent en elles, et en même temps que la croix de Jésus est le signe du salut par le sacrilice, Marie et Madeleine, la femme que le péché n'a jamais souillée et la pécheresse réhabilitée, montrent les deux voies ouvertes pour aller à Jéslis^hrist, aux âmes virginales la voie de Marie, aux âmes dégradées mais relevées par la |)énitence, celle de Madeleine.

5"" Le zèle de Madeleine redouble avec sa douleur. Elle Ta vu expirer sur la croix; elle a entendu ses

QUATRIÈME SÉaiË.

dernières paroles et son dernier eri. Elle a assisté à la déposition de son corps, ello ne l'a pas quitté jusqu'à ce qu'il fût mis au tombeau, et le lendemain matin avant le jour elle y est déjà.

Elle trouve la tondje vide, et court l'annoncer aux apôtres, qui la traitent de folle.

Puis elle revient, et se tient en pleurant à la porte du tombeau, demandant au ciel et à la terre ce qu'on a fait de ce corps bien-aimé.

Et e'est alors qne Jésus, touché de tant d'amour, se manifeste à elle par uu seul mot: Maria/

A ce mot elle reconnaît son Sauveur, et lui répond par une exclamation de son cœur, Rabboniîù mon maître! et alors, après lui avoir révélé qu'il va monter vers son Père qui est le notre, vers son Dieu qui est notre Dieu, il l'envoie vers ses frères pour leur annoncer sa résurrection.

0 miracle de la miséricorde et puissance merveilleuse de la pénitence ! C'est la pécheresse repentante qui a l'honneur et le honheur de voir la première Jésus ressuscité. C'est ù elle que sa voix bien-aiméc se fait entendre d'abord ; la première, elle reçoit ses ordres, et on peut l'appeler le premier apôtre de la résurrection.

Ouelie consolation et quelle espérance pour les pécheurs! et à quel bonheur, à quel honneur ne peuvent-ils point aspirer, si après avoir imité Madeleine dans ses désordres, ils la suivent aussi dans sa pénitence et dans son amour?

<}uel bonheur pour eux si, après avoir perdu Jésus- Christ, caché à leurs yeux obiscurcis comme dans un tombeau, tout d'un coup poussés par une motion divine, ils se mettent à le chercher, s'ad ressaut

UAÛBLËINE. 110

à tous pour savoir OÙ le trouver! Alors, au moment où ils y pensent le moins, ils entendront dans leur cœur sa voix qui les appelle par leur nom, Maria, et ils répondront aussi Rabbom, à mon maître !

Enfin la tradition de TÊ^Iise achève l'histoire de Madeleine. Elle dit (ju'après l'Ascension du Sauveur, persécutée par les Juifs, elle Tut embarquée avec Marthe, Lazare et d'autres chrétiens fidèles, et lancée sur Ifs flots sans pilote et sans gouvernail. L'esprit divin les conduisit sains et saufs aux rives de la Provence dont Lazare fut l'apùtre ; et Madeleine se retira dans une grotte à Saint-Maximin, où, après avoir vécu pendant trente années de la vie des anges, on dit qu'elle fut emportée au ciel, vers Celui qu'elle avait tant aimé sur la terre.

La pécheresse, (jue Simon le pharisien n'aurait pas voulu toucher, et qui baisait les pieds de Jésus-Clirist en les baignant de ses larmes et les essuyant de ses cheveux, cette femme souillée par les passions humaines et j)uririée par l'amour ilu Sauveur, régénérée par sa grâce, elle vit maintenant glorieuse et bienheureuse au sein de Dieu, Tun des membres les plus vivants, les plus puissants du corps sacré de Jésus- Cbrist, et à ce titre plus honorée, ])lus invoipiée que l)eaucoup d'autres sur la terre, où elle est devenue le modèle, et la patronne des pécheurs.

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CINQllÈME SÉRIE

LA COMIf AISSAMCE DE JÉSUS-CHRIST

Hxc est Mtmpilê mtema ut cognofeant te toUm DeuM werum, et fuem wtUiiti Je-

sam Chriitum (ioên, xvii. 3).

La vio ('fernclh' c^t de vous connaître, vous le ^cul Dieu véritabletOt JéâUS-Cliri»t que vouâ avez envoyé.

Jeêus Christus heriy hodie^ ipse et in êecula^ s'écrie saint Paul (Heb. xiii, 8) ; et il dit ailleurs que Jésus- Christ remplit tout (Ephcs. iv, 10); et ailleurs encore qu'il ne veut savoir qu'une chose, Jésus -Christ et Jésus-Christ crucifié (I Cor. ii, 2).

Et nous aussi, chrétiens, nous devons chercher à ncfiiKTir avec l'Apolre cette science sacrée, qui lui tenait lieu de toutes les autres.

Car non- seulement toute la religion est dans le divin Médiateur, mais encore, comme il a réconcilié la terre avec le ciel, c'est dans ce moyen terme divin

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