‹ Idées et visionsChapitre 36 sur 59 · LOI DU PLAISIR · texte numérisé non relu

LOI DU PLAISIR

Dans l'anarchie morale, quand plus rien n'a de certitude, le plaisir est la seule réalité. Le plaisir est le témoin de la vie, le seul recevable, le seul qu'on rappelle, et qu'on veuille croire. Si la sensualité peut détruire l'homme, j'y consens ; mais il est vrai aussi qu'elle le conserve. Et enfin elle est l'épreuve des caractères, l'étant de toutes les forces.

On discerne une ruse des sens dans toutes les religions basses qui suppléent à la grande religion.

Le luxe des sens tend toujours à quelque cruauté. Le sang répandu est aussi un luxe ; et sans doute le seul à la portée des mauvais pauvres. Rien ne se touche de si près que le raffinement et la grossièreté, dans la luxure. Le meurtre voisine avec le désir, dans le chenil secret. La brûlure de l'un mord l'autre en son sommeil, et réveillé, il a la rage.

L'atmosphère du plaisir est irritante ; les désirs violents y lèvent et cheminent comme les vifs serpents dans les terres grasses de Java, trempées par la mousson.

Les femmes travaillent les temps de décadence. La virilité y a besoin d'excuse ; et il est vrai qu'elle passe à

l'état de souvenir. Alors, dans les faubourgs grouillent des hommes, qui ne sont que des mâles, mais du moins qui le sont. Et leur vertu est éclatante.

Les siècles féminins, qu'on dit les plus déchus, ont un étrange sourire entre souffrance et volupté. Tout est plein de germes : les sanglantes ténèbres couvent une masse d'infiniment petits, qui seront peut être infiniment grands. Féconde pourriture. Suburre et les catacombes, les pourrissoirs d'Alexandrie, d'Antioche et de l'Orient engraissaient le dieu et l'ordre de vingt siècles, tandis que le noble Romain, détournant le regard avec mépris, relevait le bord de sa toge et passait en crachant.

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