‹ Idées et visionsChapitre 43 sur 59 · DILEMME · texte numérisé non relu

DILEMME

En général, ceux qui ont vécu du désordre jie peuvent rien pour l'ordre. Ceux qui ont beaucoup détruit l'autorité, n'ont pas d'autorité. S'ils arrivent au pouvoir, on attend d'eux qu'ils le ruinent. Et on ne les croit pas, s'ils prétendent l'exercer. Ils semblent nés sous un mauvais signe.

Il est vrai qu'un homme d'action est pour la moitié dans son caractère ; et l'idée qu'on en a, t'ait l'autre moitié. Mais tout dépend de l'âge, ici. Les jeunes gens font les révolutions et les hommes mûrs leur donnent la règle.

Les Jacobins sont hommes d'ordre, en ce qu'ils sont hommes d'action. Prince ou assemblée, le tyran sort de l'anarchie, comme la victoire des mille manœuvres des armées en bataille : la victoire est la formule des mouvements contraires et la figure juste.

C'est comme les vieux critiques, ils ne font pas de bons poètes. Mais il y a une critique créatrice, toute pleine de poésie.

Anarchie : époque des critiques dans l'action.

L'amour de la paix travaille les temps de discordes. L'idée de la paix est la plus grande dans les petits esprits : elle les occupe totalement. Ils n'ont plus d'espace pour aucune autre. Mais ils n'en peuvent jamais iirer parti : car il leur faudrait faire la guerre.

Un peuple, en tant qu'il est lui-même et se tient pour la tète du genre humain, est toujours religieux. Chaque grand peuple a sa mission où il croit comme à soi-même. Or, pour religieux que soit un peuple, il peut finir par se rire du dogme et dépouiller le culte.

La France donne au monde un spectacle inconnu jusque-là : la France est profondément athée et non moins religieuse. La raison en est sans doute que la France est un peuple de paysans qui calculent : ils pèsent les grains, ils pèse-nt le temps, ils pèsent les mots : en vérité, ils pensent. Ils croient à la terre; ils en rêvent, et même alors ils sont réalistes.

CXYIII

Humanum paucis vivit genus, le genre humain est fait pour quelques hommes, et par eux. Cela est sûr, et doit s'entendre de la pensée comme de l'action. Quelques hommes mènent le monde, et le monde n'est monde que dans quelques larges tètes.

Si donc, le peuple veut entrer dans ce nombre fort, qu'il essaie! qu'il le tente 1 que rien ne l'arrête ! Il est beau qu'il revendique le droit auguste. Il faut l'y aider.

Et, pour le reste, les maîtres sont des maîtres. La force n'a-t-elle pas le dernier mot? L'idée de l'humanité est une force comme une autre. La guerre ! Que le plus fort, que le plus grand l'emporte. Voilà pour rire au nez de la monarchie légitime.

Le contemplateur qui est pour tous, est aussi contre tous. On le croit ; mais ce n'est qu'une apparence.

Le poète tragique est pour l'action : où qu'elle aille. Respect à tout créateur de faits.

Le dénouement n'appartient pas aux dieux, mais au maître des dieux, le destin, qui lui-même l'ignore. Tout vrai politique est l'homme du destin. Il ne s'agit pas de lutter contre le destin, mais de le conduire : rendre la lutte inutile. Il n'y a point d'anarchie si dégoûtante qui ne soit grosse du fils qui la musèle. Il faut accoucher une société qui porto- l'avenir. Ceux qui la font avorter, tuent la malade.

GXXI

Il n'est de peuple en décadence, que celui qui ne croit plus à la vie. Où est ce peuple ?

Il n'y a de peuple perdu que celui qui se condamne. Une certaine idée de la mort est nécessaire pour mourir.

Initium facimtibus Gallis, c'est la gloire de la Gaule qu'en toute œuvre capitale pour le genre humain, elle commence. Et voilà sans doute pourquoi les seuls bons Français qu'il y ait en France, se préparent à ramener Louis XrV : quel voyage plus rapide ? ~ Il est à Saint- Denis.

CXXÏII

Trêve aussi d'invectives au plaisir. Ce n'est pas le plaisir qui importe, mais le désir de vivre et la recherche du plaisir.

Le plaisir n'est pas dans la jouissance, mais dans l'action. On ne jouit pas tant, dans la volupté, de la tenir que de se la promettre.

Un peuple qui n'accepte plus les disciplines de la vie, est un peuple perdu. Entre toutes, la première discipline : l'action de chaque élément, par rapport à l'ensemble. Détruire l'autorité, mais pour la restaurer. L'individu supérieur, seul, a droit à la liberté ; car il sait, lui, ce que c'est.

Immonde anarchie des éléments déchaînés : la marmite des sorcières bout : mais quelqu'un sera roi.

Le voleur se donne pour un percepteur d'impôts, l'assassin pour un maître, le lâche pour un pacifique. Mais l'anarcliie ne peut durer : le roi, c'est celui qui vient : l'ordre.

GXXVI

Il faut que le droit soit dans les sujets et le pouvoir dans le prince, quel qu'il soit, force ou intelligence, volonté d'un seul, de plusieurs ou de tous. Il n'y a point de ^gouvernement qui n'en doive venir là. Et la force, à la fin, fera ce que la faiblesse a cru défaire. La force est le gouveruemeut, où qu'elle soit.

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