‹ Idées et visionsChapitre 58 sur 59 · MEMNON DANS LES SABLES · texte numérisé non relu

MEMNON DANS LES SABLES

Je vis dans une clarté qui enivre et qui lue.

L'univers est ma caverne, tapissée de silence ; l'espace est ma tenture bleue, brodée d'or et d'orange. Je mange le pain de la solitude, et je bois goutte à goutte l'eau brûlante de l'amertume. Mon bras tendu fait une ombre si pure qu'elle luit comme un glaive ; elle semble, rigide, la corde de métal où l'arc du désert est suspendu.

Ici, dans l'épouvantable Sahara de la ville immense, je suis le roi ermite qui attend le sceptre de midi.

Si loin que je regarde d'un œil perçant et plus dur que la bille d'or enchâssée dans l'orbite du faucon, je ne vois rien venir à moi qui me cherche et qui vive. Mon antre est le point mort du tourbillon de flammes. Je surprends, d'où je suis, pareilles aux frémissements d'un lac, les courbes de l'espace et les formidables spirales du mouvement. Les dunes mouvantes de la popularité, le simoun de la clameur et du plaisir, plus qu'ils ne m'entourent, me fuient. Toutes ces vagues roulent à

l'horizon ; et je reste aussi loin du temps qui s'agite que le regard de ma pensée au fond de mon crâne de pierre.

Je suis prisonnier des sables. Et si je me pouvais mouvoir, je traînerais avec moi la vaine immensité des dunes et leur étouffante infinité.

Mais comme les plus purs, qui sont les plus nobles, nous prendrons, en baissant les yeux, l'heure ou le rayon, l'illusion d'un moment, un reflet de fiction, tout ce que l'éternité nous donne. Car il faut demander avec modestie et recevoir avec respect. Comme l'ombre étroite sur le sable, nous rendrons à la lumière terrible le sourire de la sérénité. A l'impardonnable destin, nous devons faire un signe qui peut-être le surpasse et peutêtre le dompte : nous pardonnons pour nous venger.

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