SAPHO
Dans la rêverie somptueuse du couchant, tous les soirs, je la vois.
Je l'épie et je la contemple, sans qu'elle en ait souci. Sa passion, sa beauté, son ardeur, elle ne cache rien. C'est pourquoi elle paraît indifférente. Même après le soleil disparu, elle demeure au bord du flot, et montre son deuil magnifique, que les derniers rayons habillent de pourpre.
Sur ce cap du rivage, tout est désert. Nul, à l'heure du plein sang, ne passe. Le silence est vie. Et c'est la vie du silence que bat le pouls de la mer, tantôt fiévreux, tantôt calme.
Elle est seule, et comme à genoux, sur le roc. Presque couchée, dans un désespoir accompli, elle penche la moitié du corps au-dessus de l'abîme ; sa poitrine qui
ne touche plus terre, s'élance en figure de proue ; et da bras qu'elle garde libre, elle fait à la vague un appel sublime. De l'autre bras replié derrière le dos, elle se retient à la roche rousse avec une force pathétique. Elle a la simplicité de la note la plus pure et du plus juste cri. Toute ramassée dans la contemplation de la profondeur marine, elle demeure souple. Allongée sur les pierres aiguës, elle mourra sans paraître meurtrie.
Elle n'est pas nouée comme un lacs de douleurs convulsives. Mais, battue de la tempête, jetée vere l'espoir de la mer par le dur vent du nord, sa détresse n'est pas difforme. Sa lamentation, au contraire, a le rythme d'une ode. Elle est comme un vol de Victoire, que rompt l'éclair et que le coup de foudre brise.
Certes, elle cherche le flot. Elle veut y tremper son front qui brûle. Elle en souhaite l'amertume, attendant d'en goûter le repos. On la croit impassible, parce qu'elle est muette.
Son amour de la lumière la force aussi de se coucher, pour la prendre, pour la garder, pour n'en pas laisser perdre une goutte. 11 faut qu'elle se baigne, jusqu'au suprême rayon, dans le sang du soleil oblique. Il est descendu, peu à peu, sur sa nuque, entre ses tresses et ses bras. Aux plis rugueux de sa robe il s'attarde, entre ses genoux serrés, dans son giron qui se creuse et qui brûle en secret.
Harmonieuse et pass-ionnée, ardente et toujours cherchant la mort, enivrée de la clarté qu'elle retient et