‹ Idées et visionsChapitre 8 sur 59 · UNE BOUTIQUE · texte numérisé non relu

UNE BOUTIQUE

Le Beausset, en avril.

Crépuscule venteux et froid. Toujours celte lumière claire, l'air lavé comme à grande eau.

La dernière heure est jaune et rouge. La nuit viendra d'un coup dans les rues du village. Derrière les platanes moroses de la route, pareils à des gendarmes en faction sur un pied, la boutique est grise. On pousse la porte vitrée. Dans une pièce large, aux coins déjà sombres, la marchande, juchée au comptoir, attend qu'on la salue. C'est une femme brune, qui fait des gestes rares, et qui paraît avare de ses mots. Elle a la voix calme. Je ne sais pourquoi, j'imagine que, dans la colère, elle doit • pousser des cris sauvages, blêmir et perdre toute mesure. Je ne .a provoquerai pas.

A l'étal, grande et grave, elle trône entre des haches et des coutelas. Quand elle est debout, il semble qu'elle va battre du front les saucissons pendus aux solives, et

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