‹ Idées générales sur le choléra-morbus, son traitement préservatif et curatifChapitre 10 sur 16 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

On doit pressentir que le pronostic d’un G maladie aussi terrible et aussi souvent rebelle ii nos moyens curatifs , ne peut qu’être plus ou moins fâcheux. Rentrons dans les considérations générales auxquelles nous venons de nous livrer au sujet du diagnostic, et répétons qu’on ne se fait pas une idée trop exacte de ce qu’est

le pronostic des maladies. Trop pénétré de l’opinion qu’il n’est qu’une sorte de divination ou de préjugé sur l’état futur des maladies, on ne peut guère l’établir d’une manière quelconque, que d’après les données qu’on tire de la situation actuelle de la maladie, sans prendre garde que l’étude des causes et de l’état intérieur du malade doit concourir , avec toutes celles qui nous viennent d’ailleurs , de la comparaison et de l’analogie que nous établissons entre la maladie que nous traitons et celles qui peuvent lui ressembler, dont nous avons pu apprécier par nous-mêmes les événemens successifs et les résultats définitifs. D’après cela, on voit combien l’art du pronostic est difficile, et suppose de sagacité, de lumières de la part du praticien , surtout en ajoutant qu’il est nécessaire de joindre à toutes les connaissances déjà mentionnées, une foule d’autres dépendantes des modifications déterminées par l’àge, le sexe et toutes les circonstances intérieures ou étrangères au sujet de la maladie. C’est pour toutes ces raisons qu’il est difficile de bien pronostiquer, et que ceux qui ont cet inappréciable avantage, qu’ils doivent moins à une

vertu naturelle qu’à leurs nombreuses observations et à la rectitude de leurs jugemens, sont si peu nombreux et si estimés. La science du pronostic ne met pas seulement l’art à couvert des reproches qu’on pourrait lui adresser, en l’accusant des fâcheuses conséquences que peuvent avoir les maladies; elle ne lui donne pas non plus un vain éclat, en prouvant qu’il peut pénétrer dans les mystères de l’avenir; mais elle le rend surtout utile , en lui fournissant tous les moyens de se prémunir contre les événemens qu’ori a prévus , et de prendre de bonne heure ses mesures pour les détourner, ou mieux, enfin, pour en triompher. Appliquant ces réflexions générales avec les particularités du pronostic du choléra, nous savons que lorsque cette maladie est peu avancée, qu’elle procède sans trop d’intensité , elle se termine aisément par résolution, pourvu qu’on seconde cette terminaison par les moyens que l’art met entre nos mains; mais si la maladie est déjà très-avancée, le pronostic, quoique beaucoup moins favorable, n’est pas encore désespéré , seulement il nous montre (a nécessité de mettre en action toutes nos ressources, sous peine de voir la mort trancher

les jours du patient. Pour plus de clarté , nous allons exposer les différens symptômes funestes et favorables.

Les symptômes funestes sont, i° les vomissemens cholériques répétés ; ils sont insupportables, terribles, mortifères.

20 Les diarrhées cholériques abondantes afïaiblissent et épuisent le malade ; aussi elles tuent proprement. J’ai vu plusieurs sujets emportés, dans l’espace de quelques heures, par cette terrible diarrhée.

3° Le froid des extrémités, de l’air expiré , de la langue, la soif extrême , la tendance à se découvrir, l’altération profonde des traits et de la voix , sont aussi d’un mauvais augure.

4° La cessation ou l’extinction du pouls est un signe très-fàcheux : quelques personnes le prennent pour un signe de faiblesse : dès-lors ingétion de toutes les substances imaginables; vin vieux , punch , quinquina, éther , acétate ammoniacal, vésicatoires sur la peau , le camphre , etc. Quant à nous, et nous le dirons avec franchise, le plus souvent nous avons vu le pouls se relever par la saignée pratiquée de suite 3 quoique le sang sorti fut peu fluide,

ayant l’apparence de la gelée de groseilles; d’autres fois ( il est vrai que nous n’avons pas eu de sang) nous faisions appliquer des sangsues à l’épigastre, à l’instant même où nous nous hâtions de ramener par tous les moyens possibles la calorification.

5° Les crampes , les contractions tétaniques des extrémités supérieures et inférieures, la peau noire, brune, livide, cyanique, carbonnée, sont de terribles symptômes ; ils sont effrayans et capables d’ébranler la force morale de beaucoup de personnes , aussi sont-ils le plus souvent suivis de la mort ; une douleur vive et continuelle à l’épigastre, mordicante à l’intérieur Je l’estomac et des intestins, l’absence des urines, une anxiété extrême, sont autant de symptômes néfastes.

Les symptômes favorables sont ceux-ci : à l’instant de la prostation , le pouls radial petit et fréquent , la netteté des idées, l’aspect presque naturel de la face, le peu d’altération de la voix, déjection de quelques urines, peu de selles et de vomi^semens , la modération des crampes et de l’anxiété.

Lorsque, dans la réaction, la peau est d’une chaleur douce , et qu’une sueur chaude et

abondante apparaît , c’est un signe favorable , surtout s’il se joint la présence des urines , et si les selles blanchâtres se changent en selles verdâtres.

Le retour de la voix , à son timbre normal , est un bon signe.

Du reste , l’absence d’un ou de plusieurs signes fâcheux est regardée comme de bon augure.

Les différentes circonstances dépendantes de l’âge, des forces du malade, de son- tempérament, de son sexe, influent sur le pronostic à porter. INul doute , par exemple , qu’il n’y ait infiniment plus de chances de résolution de cette affection chez un sujet dont la constitution s’est prêtée à cette maladie vierge encore , pour ainsi dire, de toute atteinte profonde, que chez celui dans lequel elle avait été affaiblie, détériorée par des excès ou desphlegmasies antérieures; que l’on ait plus de facilité à guérir un adulte qu’un vieillard ou un enfant; que l’on ait enfin beaucoup plus â redouter les effets d’un choléra qui s’est développé sur un individu d’un tempérament lymphatique et plein de mauvais sucs, que sur un autre dont les liquides cl les fluides sont tout-

à-fait bien proportionnés. Vous voyez qu’avant de porter un pronostic, il faut prendre les précautions nécessaires pour pouvoir apprécier l’ensemble de toutes ces causes susceptibles de le modifier. C’est cette nouvelle source de difficultés qui contribue à appuyer ce que nous avons dit au sujet de la rareté de ceux qui excellent dans le pronostic, et de la nécessité de se munir de toutes les ressources qui peuvent en assurer le résultat et tenir le médecin à l’abri de tout reproche de charlatanisme.

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