‹ Idées générales sur le choléra-morbus, son traitement préservatif et curatifChapitre 13 sur 16 · DEUXIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIEME OBSERVATION

Le sieur Colin, chef terrassier, âgé de a8 ans, sujet fort bien constitué, d’un physique très -agréable, entretenait, depuis une huitaine de jours, un dévoiement fort incommode; cependant il continue de travailler, comme à l’ordinaire, au creusement du canal du Nivernais. Un matin , au moment où il va reprendre son travail delà journée, il se sent frappé d’une espèce d’atonie musculaire, de pesanteur insolite, malaise, céphalalgie, coliques, etc.; il lui est impossible de continuer son ouvrage. De retour chez lui , son état morbide augmente; de fortes douleurs épigastriques surviennent instantanément; les coliques, de rares et légères quelles étaient, deviennent fréquentes et douloureuses : il y a cordialgie , nausées ; le malade éprouve des envies pressantes d’aller cà la selle; diarrhée. Ce n’est plus ici ce léger dévoiement, c’est cette diarrhée cholérique meurtrière qui a fait tant de victimes ; 3o à 4o selles ont lieu dans l’espace d’une heure; les matières rendues sont blanchâtres et floconneuses. H y a abattement profond, tendance au refroidissement, crampes aux ex-

trëmités inferieures ; la peau est humide , le ventre brûlant et déprime; une douleur pungitive se fait sentir dans la région du colon; les pulsations de l’aorte sont très-sensibles au toucher ; la face paraît être en quelque sorte un miroir mobile où viennent se réfléchir toutes les souffrances qui minent ce malheureux : elle est grippée d’un rouge terne, les yeux brillans et enfoncés dans leurs orbites, sont entourés d’un cercle cyanique très -apparent • la voix est faible, sifflée ou slrangulée, la langue sèche , rouge au pourtour , blanchâtre au milieu.

Le malade boit avidement l’eau froide que je lui donne ; le pouls est petit et très-vacillant.

Je lui Lis une large saignée; le sang, quoique peu fluide , sort avec abondance. Des bouteilles remplies d’eau bouillante sont placées près de lui. Je lui prescris une forte application de sangsues à l’anus, qu’on n’exécute point. L’individu se fait r’ouvrir deux fois la veine dans le courant du jour; le lendemain il est convalescent.

N. B. Si je relate ici cette observation dont les résultats sont si extraordinaires, c’est seulement pour la rareté du fait, et pour montrer aussi la puissance d’une constitution sanguine bien établie.

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