‹ Idées générales sur le choléra-morbus, son traitement préservatif et curatifChapitre 14 sur 16 · TROISIEME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TROISIEME OBSERVATION

M. Pommier , maître bottier, âgé de 56 ans, d une constitution délicate , est atteint d’un léger dévoiement à la suite d’un voyage à Clamecy. 11 a, comme tant d’autres, l’imprudence de n’y pas faire attention, en disant : C’est la cholérine y dénomination impropre du premier degré cholérique, que l’on considérait comme fort peu dangereux, et qui a conduit tant de monde au tombeau.

C’est ainsi que nous avons vu mourir une jeune veuve fort intéressante, fort riche, madame R., qui ayant négligé un dévoiement qu’elle portait depuis huit jours, est devenu diarrhée cholérique si abondante, que tous les secours de l’art ont échoué. Cette charmante personne jouait avec sa maladie. Le matin , jour de sa mort , elle avait eu l’extrême bonté d’appliquer elle-même des sangsues que j’avais ordonnées à une de ses voisines. Cette victime, que la mort aurait dû respecter, a été vue par le docteur Boudard , un autre médecin , mon père ( i) et moi.

(i) Bard-Sembcrt a employé la médication anti-

Revenons à notre malade. Il conserve donc son dévoiement pendant six jours , mais le septième, il ne peut tenir à une diarrhée insupportable ; il m’envoie chercher. Voici quels sont les symptômes qui se présentent : affaiblissement général, figure maigrie , nez froid, yeux effrayés, voix cholérique, respiration difficile, anxiété, langue jaunâtre, rouge à la pointe, soif vive, pouls à peine sensible, froideur aux extrémités supérieures et inférieures ; sentiment de formication aux bras et aux jambes; bas-ventre refoulé vers la colonne vertébrale, très-sensible à la pression; borborygmes ; chaleur mordicante à l’intérieur des intestins. Comme ce malade a horreur de la saignée, 2Ô sangsues sur le bas- ventre et 35 autres à l’anus ; cataplasme sur le ventre à la chute des sangsues; bouteilles remplies d’eau bouillante autour du corps; quart de lavement amylacé ; glace qu’on lui fait avaler par petits

phlogistique avec un succès étonnant. C’est par ce précieux moyen que j’ai fait cesser chez lui une diarrhée très-inquiétante qu’il avait contractée à la suite de fatigues et de nombreuses visites près des cholériques.

morceaux. Le soir, comme il existe quelques nausées, j’applique 3o sangsues à l’épigastre. Continuation des mêmes prescriptions.

Le lendemain, deuxième jour, ou je suis appelé; les symptômes sont un peu diminués; cependant le malade continue souvent d’aller à la selle ( diète, limonade glacée), cataplasme sur le ventre, quart de lavement amylacé. A midi, même état; sur le soir, douleur assez vive à l’épigastre; nausées. Je supprime la limonade, qui est remplacée par une nouvelle ingétion dans l’estomac de petits morceaux de glace. (i5 sangsues sur l’épigastre, cataplasme à la chute de celles-ci. )

Le troisième jour il existait une chaleur douce et une sueur abondante sur toute la périphérie du corps. Plus de formications dans les membres, pouls petit, soif modérée, langue blanche et un peu rouge à la pointe ; douleur dans le trajet du colon, très-sensible au toucher ; éjection d’une urine trouble et briquetée; quatre selles d’un blano de lait. (Diète.) i5 sangsues à l’anus, eau de riz gommée, cataplasme sur le ventre, deux quarts de lavement.

Les quatre et cinquième jours la voix est

revenue à son timbre normal - pouls un peü fréquent; diminution de tous les symptômes cholériques' (diète) eau de riz gommée, cataplasme sur le ventre , un quart de lavement. Comme le malade va beaucoup mieux le six et le septième, je lui permets un peu de lait coupé avec de l’eau d’orge.

Le lendemain, je donne un œuf au bain Marie, et successivement je lui accorde quelques légers alimens que je crois convenables* et peu de tems après il est bien rétabli.

N. B. J insiste toujours, afin cju’on ne donne jamais de bouillon gras au commencement de la convalescence f’car le plus souvent j’ai remarqué qu’il renouvelait la diarrhée cholérique.

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