‹ Idees italiennes sur quelques tableaux celebresChapitre 52 sur 100 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

(SUITE DBS GALERIES DK BOUE).

Portrait d'André Doria

peint a P huile par Sébastien del Piombo; tableau du premier ordre.

On voit par quelle simplicité de totis les Vénitiens sont arrivés à imiter d'une manière admirable le coloris de la nature ; le voyageur verra bien ici , que cette école si savante dans la couleur, ne cherchait point l'éclat par la vivacité des clairs ; on dirait au contraire que ses portraits sont toujours au second plan; en effet pourquoi met-on une bordure aux portraits?

pour faire sentir que le portrait est en arrière

du cadre. L'exagération des clairs produit un effet contraire, c'est-à-dire que les portraits paraissent souvent plus en avant que les bordures, pourtant on les a mises avec l'intention de repousser le tableau. Les Vénitiens avaient horreur de cet inconvénient, aussi ont-ils peints leurs portraits dans le ton juste que la distance qui existe entre l'artiste et le modèle, apporte dans la modification des clairs et des couleurs. C'est là une des sources de cette grande simplicité de teintes, par laquelle ils sont arrivés à ces belles masses qui caractérisent leurs ouvrages, et les rendent si imposans.

Je m'arrête ; je serais tenté d'écrire 50 pages. Au dessous de ce portrait sublime, l'artiste a placé un bas relief, représentant une galère armée, c'était nommer André Doria.

Remarquez un beau Portrait de Jansénius du Titien.

Un Portrait de la première Femme de Rubens, par ce grand coloriste.

Le Sacrifice d'Isaac, par le Titien.

Un beau Paysage de Claude Lorrain représentant la Fuite en Egypte.

Esquisse du Corrbge.

Cette esquisse représente un sujet inintelligible (on dit les quatre Vertus Théologales, rendues d'une façon payenne ). Elle est du plus haut intérêt, en ce qu'elle nous montre la façon dont ce prince des coloristes commençait ses tableaux. Cette esquisse est peinte à la détrempe, d'un ton tirant sur le gris, le tout généralement plus clair que la nature, afin de pouvoir revenir avec des tons foncés, et de façon à ce que l'empâtement qui est en dessous soit recouvert par des tons Iransparens.

On voit ce résultat dans les têtes qui sont plus terminées.

On ne saurait trop méditer sur les moyens employés par l'homme qui a porté au plus haut point l'art du clair obscur.

m GALERIE DORIA.

On dit en Italie: Raphaël, le Corrège et le Titien. Quant à moi j'admettrais le Dominiquin dans ce rang suprême.

Cette Galerie possède le chef-d'œuvre de Claude Lorrain, le Moulin, placé trop haut et trop près de certains paysages vigoureux d'Annibal Carrache.

Ce tableau dans son genre, est sur la même ligne que la Transfiguration, le S.' Jérôme du Corrège, et la Communion de S. 1 Jérôme.

Cette Galerie possède en outre cinq tableaux de Claude Lorrain. Le Temple de Delphes de

môme grandeur que le Moulin, ne lui cède

guères.

Claude Lorrain, comme le Corrège, est un peintre duquel personne n'a pû approcher ; ses imitateurs ont glissé dans le genre fade. Le Lorrain né en 1600 à Nancy, mort en 1682.

M.Boguet, bon paysagiste, mort à 84 ans en 1839, a laissé une admirable copie du Moulin. Ce chef-d'œuvre fut volé et repris à 15 lieues de

Rome ; on ne permet pas de copier les tableaux de cette Galerie.

Le Lorrain a choisi les plus belles formes et les plus belles heures du jour ; ses sites sont admirables, il vous offre constamment l'aspect d'un pays tranquille orné de belles fabriques. 11 n'aspire point aux effets tumultueux. Ses arbres sont magnifiques et le vent ne les tourmente point; jamais d'effets forcés. Le ciel est pur; dans ses ouvrages point de moyens presqu' artificiels pour séduire, tout est simple, tout est beau: ciel, lontains, premiers plans, arbres et fabriques, c'est la nature dans toute sa tranquille beauté ; mais c'est en même tems la perfection sublime qu'il faut pour ne point tomber dans le genre froid et ennuyeux. C'est aussi la hauteur du style qui empêche les statues de femmes sans vêtemens, des anciens, de choquer la pudeur.

Le Musée de Paris a un beau coucher de Soleil de l'artiste Lorrain.

La Galerie Doria a vingt ou trente beaux paysages de Gaspard Poussin, qui ne changeait presque rien à la nature des environs de Rome.

Ce sont comme des vues au Daguerrotype. Ces beaux ouvrages sont mal éclairés.

J'ai déjà parlé du sublime portrait de Baldo et Bartolo que l'on dit de Raphaël ; le portrait d'Innocent X par Velasquez est presque au même rang. Ce qui est singulier dans un portrait de Souverain, les mains sont seulement indiquées. On remarque ici de bons Garofolo; on peut étudier un excellent portrait de ce philosophe non hypocrite, et maudit de tons les hypocrites dont il gâte le métier, Machiavel.

Page 1