LE CLASSICISME ET
l'académisme
tienne a essayé de tout construire par la logique, même l'avenir, et où, grâce à Dieu, les désobéissants ont tout sauvé. C'est le raisonnementd'une religion révélée. L'Ecole n'a pas manqué d'en comprendre la majesté, l'apparente symétrie si séduisante, et nous verrons comment. Mais voilà une définition — la sienne — du classicisme. Les Grecs ont trouvé les lois de la beauté. La Renaissance les a retrouvées. Le salut est là : tout le reste est erreur.
Si maintenant nous quittons cette façon de voir, et si nous admettons les nécessités de l'évolution, que la vie nous montre de gré ou de force chaque jour, nous en viendrons à nous demander si le classicisme n'est pas plus simplement Vensemhle des références au génie dis line/: if d'une race. Voilà qui se comprend plus clairement, et qui admet plusieurs religions, un panthéon esthétique où chacun choisit son dieu, et où le culte de la beauté est dominé par l'immodifiable loi des rapports proportionnels de la sensibilité humaine, variable avec l'univers éternellement renouvelé dans des formes éternelles. Cela satisfait infiniment plus notre raison, cela n'entrave aucune admiration. Débarrassés d'un fâcheux critérium, nous pouvons aimer Phidias et Yelasquez, Bach et Schumann, sans remords, sans nous référer à une
sorle de catéchisme esthétique. Nous sommes hbres de les trouver plus ou moins grands les uns que les autres : mais tous nous apparaissent également légitimes : aucun ne se trompe relativement à un idéal fixe, décrété une fois pour toutes.
Au dogmatisme s'oppose un libéralisme. De plus, nous pouvons nous représenter très clairement le classicisme national. Une beauté identique pour les Suédois, les Italiens, les Viennois et les Espagnols, cela nous semble obscur, et la vie nous montre le contraire par les ciels, les femmes, la flore. Qu'il y ait au fond de toutes les belles productions d art un ensemble secret de lois observées, cela nous est ])rouvé parce que nous les retrouvons dans Bolticelli comme dans Jordaens : mais qu'on en puisse extraire un petit code portatif et international dont l observance nous rendra certains de produire de la beauté, cela est absurde. Nos Français ont ressenti toute l'émotion contenue dans les Grecs ou les Italiens ; mais ils ne l'ont pas copiée, ils font francisée. Les dessins de Poussin et d'Ingres sont inspirés des Grecs et de la Renaissance, mais ce sont des dessins français. Notre lignée est évidente, liis torique. Les gothiques de Chartres, d'Amiens, de iiouen, les imagiers de i5oo, Clouet, Jean Goujon, Germain Pilon, Philippe de Champagne, les anonymes du sublime
LE CLASSICISME Eï LACADEMISME
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tombeau de Philippe Pot, nos portraitistes du xvi^, du xv!!*^, Chardin, Watteau, Rigaud, LargilHère, La Tour, Claude Lorrain, Poussin, Puget, Houdon, Boucher, Fragonard, Pigalle, Saint- Aubin, Debucourt et la pléiade des dessinateurs du xviii", Prud hon enfin, pour ne citer que les plus saisissants, voilà notre classicisme, voilà notre sang indéniable. A travers ces hommes, les influences étrangères et antiques ont passé, ils n'ont rien ignoré des autres beautés, mais ils ont créé la leur, et ils l'ont tirée de la nôtre, de celle que nous ont faite notre sol, notre esprit, nos mœurs, nos façons de raisonner et de sentir. A^oilà le classicisme naturel, opposé au classicisme dogmatique. Yoilà le classicisme évoluant, voilà la pérennité du génie autochtone sous la diversité des expressions, et tout artiste français se gardera de la scolastique nébuleuse lorsqu'il pensera à ces hommes.
Mais cela ne nous forcera-t-il pas à dire un mot d'une autre question Celle des sujets. Une scolastique admettant que le Beau a été formulé une fois pour toutes, nie l'évolution: donc, elle nie V expression et le caractère, qui sont les modes de variabilité de la beauté. Elle ne peut tolérer qu'on peigne ou qu'on décrive son temps, ou du moins elle relègue ces travaux dans des genres bas ou inférieurs. Elle ne peut accepter qu'un ordre de
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sujets nobles, élevés \ ce qu'elle entend sous ces termes imprécis, ce sont les symboles mythologiques ou religieux, et eux seuls, j)uisque seuls ils ils ont un caractère d'e7e77?i7e correspondant à une Beauté fixe et dogmatique, et puisque enfin ils sont internationaux.
Le classicisme libre et évoluant renouvelle ses sujets; il s'inspire de la vie ambiante et en laisse le témoignage aux âges futurs. Il est tourné vers l'avenir, puisqu'il note le présent et que l'avenir, c'est une série de présents. Il ne se tourne pas vers le passé. Le classicisme dogmatique s'y réfère logiquement au contraire, et n'y peut échapper sans se contredire, pas plus qu'un chrétien orthodoxe ne peut contester les principes de la Genèse, les miracles et les sacrements, même si l'exégèse, l'histoire, la science y invitent sa raison. Le classicisme national, ou libre suit la vie. Si Goya avait peint les gens dans le goût du xvi'' siècle, Rubens dans le goût de ceux du xiv% si les Grecs avaient représenté les Pélasges, si les Assyriens avaient représenté les Adamites, nous n'aurions pas un document historique, nous ne jugerions aucune des beautés de ces peuples. Mais, dira-t-on, à quoi bon insister .î^ Inutilement, c'est s'étendre sur un truisme, et le contester serait absurde. Cependant, que sont les Grecs que David nous donne pour des Grecs,