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LA MESURE DU TEMPS

pour en reconnaître le fondement. Nous nous servons, depuis plusieurs siècles, du pendule; auparavant, on s*est servi d'eau ou de sable s'écoulant par une ouverture, ou même de bougies de grosseur uniforme; à une époque encore antérieure, avant qu'on sût construire uu instrument de mesure quelconque, les bommes mesuraient le temps par la marche apparente du soleil et des étoiles et par les saisons, c'est-à-dire par la rotation et la révolution de la terre, mesures qui, encore aujourd'hui, nou^ servent de contrôle. Or, tous ces moyens rassortissent au même principe, à savoir que le changement de la nature est d'essence uniforme, qu'il se passe durant des temps semblables des effets semblables. C'est la définition de la mesure du temps formulée par d'Alembert* et, après lui, par Poisson-, et nous pouvons même, actuellement, utiliser dans cet ordre d'idées des phénomènes qui n'ont avec celui du mouvement qu'un rapport très lointain et où, par conséquent, le concept d'inertie n'est assurément pour rien; nous pouvons, par exemple, prendre pour point de départ la vitesse d'une réaction chimique, disons, pour préciser, la transformation du phosphore blanc en phosphore rouge "^ ou, mieux encore, la diminution de la radio-activité de 1 émanation du radium, proposée par Curie et qui parait, eu effet, susceptible de fournir une unité précise K

Quel que soit d'ailleurs le phénomène que nous prendrons pour point de départ, pourvu qu'il soit convenablement choisi, c'est-à-dire que nous puissions déterminer d'une manière suffisante les conditions où il doit se produire et en observer la marche avec la précision nécessaire, nous trouverons tous les autres phénomènes se réglant d'après lui. Si nous partons du battement du pendule, l'écoulement d'une masse d'eau ou de sable entre deux traits de la clepsydre ou

1. D'Alembert. Traité de dynamique, 2* éd. Paris, 4758, p. 13-14.

2. Poisson. TraiUde mécanique, 2* éd. Paris, 1833, p. 204 ss. — On trouvera dans le livre de M. Streintz, Die physikalischen Grundlagen der Mechanik, Leipzig, 1883, p. 81 ss. une excellente discussion des deux prin* cipes de la mesure du temps.

3. Cf. à ce sujet Rcd. Schenck, Veber den rothen Phosphor, Berichte der deutscben chemischen Gesellschaft, XXXV, 1, 1905, p. 352 ss.

4. On connaît Timportance que la mesure de la diminution de la radioactivité dans le temps a prise dans cette partie de la physiciuc. Elle est considérée comme la propriété la plus caractéristique des corps radioactifs, celle d'après laquelle on décide de leur identité ou non-identité, Cf. RuTBBRFOBD. Radio-Activity, 2« éd. Cambridge, 1905, p. 223-232, 411, 412, et M** Curie, Revue scientifique, 17 nov. 1906, p. 654.

du sablier, l'usure d'une bougie de grosseur uuiforme, la pro^luctioD d'une proportion donnée de phosphore rouge ou une diminution donnée dans la radio-activitéde l'émanation du radium dureront, chaque fois que nous reproduirons ces phénomènes dans des conditions convenables, autant qu'un nombre déterminé de battements du pendule. On pourrait dire que c'est parce qu'il y a accord entre ces divers phénomènes que nous arrivons à concevoirque le temps s'écoule uniformément. Cependant l'accord entre les phénomènes, tels du moins que nous pourrons les observer directement, ne sera jamais absolu. La meilleure horloge que nous puissions construire aura besoin de temps en temps de corrections; et Ton suppose que la rotation terrestre, conçue primitivement comme le changement dont la durée devait régler celle de tous les autres, n'a pas strictement chaque fois la môme valeur; elle s'allonge, d'où une accélération apparente du mouvement de la lune. Nous sommes en mesure d'expliquer cette anomalie en disant que la durée de la rotation de la terre se trouve modifiée par l'influence de deux facteurs, le rétrécissement continuel du globe terrestre et les marées ; ces deux causes agissent en sens i n verse, mais l'action de la seconde prévaut, et la différence entre les deux actions amène précisément le résultat que nous constatons. Toutefois, le fait même que l'accord ne soit pas immédiatement parfait, que nous le rendions tel, que cet allongement de l'année nous apparaisse comme une anomalie ayant besoin d'explication, nous avertit que le concept de Tabsolue uniformité de l'écoulement du temps ne peut être entièrement (\ù H l'observation des phénomènes, qu'il doit mettre en jeu un principe supérieur. Or ce principe, évidemment, n'est autre ([ue celui désigné par nous comme principe de légalité. Nous n'avons qu'à reprendre la formule de d'Alembert « qu'il se passe durant des temps semblables des effets semblables » et à la rapprocher de celle de M. Ostwald (p. 2) : « Si l'on établit les mêmes conditions, le phénomène se déroulera de même manière. » 11 est clair que la première rentre dans la seconde, car l'expression « de même manière » indique forcécémentque le phénomène doit se dérouler aussi dans un laps de temps identique^ D'ailleurs puisque, nous l'avons vu, les lois ont pour but la prévision, il est tout aussi intéressant pour nous do deviner quand les choses se passeront que de con-

1. LucHÉcR, en cherchant ù établir que la nature obéit ù. la loi, insiste également sur la condition de durée (II. v. 173 ss).

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