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L AUTORITE DES PRINCIPES DE CONSERVATION

que, pour une grande partie de rhumanité actuelle, le concept de ces vibrations ne fasse partie du son, en tant qu'objet réel. La transformation qu*ont subie, en tant qu'objets, le soleil, la lune, le ciel, rentre également dans le même ordre d'idées. Ensuite, nous lavons vu, au point de vue philosophique, du moment que nous admettons une intervention de la mémoire dans notre perception, nous sommes bien forcés d'admettre aussi celle de notre savoir^ ce qui nous amène également à affirmer révolution du sens commun. Ainsi donc, il est possible que ce qui a été d'abord une hypothèse, une supposition, s'accorde tellement bien, dans les conséquences que nous en tirons, avec nos sensations qu'une liaison, une association de plus en plus intime s'établisse, et que finalement celle-là soit instantanément et automatiquement évoquée par celles-ci. A ce moment, l'hypothèse fera partie de la réalité du sens commun, elle sera devenue, selon la terminologie de M. Le Roy, un fait brut. Mais, au point de vue logique, il y aura peu de chose de changé, les faits bruts n'étant au fond que des hypothèses causales tout comme les faits et les théories scientifiques.

L'élaboration des hypothèses scientifiques se fait bien par la continuation du processus qui crée les réalités du sens commun ; mais le travail étant conscient, leur autorité s'en trouve amoindrie. Nous sentons qu'entre les hypothèses et les faits, il y a les lois ; ces dernières, tout en ne prétendant pas, comme les hypothèses, pénétrer dans le secret du travail de la nature, nous apparaissent donc plus près des faits eux-mêmes. Aussi, quand la loi, stipulant la conservation d'un concept, a l'air de créer un véritable objet, presque une chose en sois cette règle exerce sur notre esprit la double autorité des lois et des hypothèses. Ce nest là évidemment qu'une forme un peu différente de l'explication que nous avons donnée antérieurement (p. 193), mais peut-être la trouvera-t-on plus immédiate sous ce nouvel aspect.

A un degré moindre, parce que dérivant moins directement du principe causal, participent à cette autorité toutes les lois susceptibles d'une interprétation mécanique ou spatiale, comme celles qui régissent le rayonnement de la chaleur ou comme la loi de Newton. M. Poincaré, en parlant de la loi d'attraction^ attribue à la constante 2 qui s'y trouve en qualité

1. Il est permis do rappeler que le système de M. Ostwald aboutit à hausser l'énergie à cette dignité (p. 326)!

d'exposant une dignité particulière; il la déclare essentielle, alors que la plupart des autres ne seraient qix'accidetUelles, Il nous semble qu'on ne peut trouver à cette distinction d'autre fondement que le fait qu'il existe, dans le premier cas, une interprétation spatiale possible.

Nous allons maintenant, à la lumière des résultats acquis au cours de ce travail, retourner à notre point de départ et aborder encore une fois l'important problème que nous avons traité au début, celui des rapports entre les deux principes de légalité et de causalité. Nous avions alors établi que le second ne saurait se déduire du premier, et ce que nous avons appris depuis n'a pu que conflrmer cette conclusion. Le principe de légalité, en eflet, domine la science tout entière ; à mesure que la science étend son domaine, celui de la légalité s'accroît, puisque les limites des deux coïncident. Il n'en est pas de même du principe de causalité scientifique qui est une forme du principe d'identité. En postulant l'intelligibilité de la nature, il aboutit à sa destruction complète.

Nous venons cependant de constater que la nature se plie aussi aux exigences du principe causal, qu'il y a là une harmonie, partielle il est vrai, mais pourtant réelle. Ne se pourrait-il pas que ces deux constatations n'en fissent en réalité qu'une seule? Que l'obéissance totale à la légalité et l'obéissance partielle à la causalité fussent au fond une seule et même chose ou du moins s'entraînassent Tune l'autre? Pour poser le problème sous une forme un peu diflérente, le fait même de l'existence de règles ne peut-il pas avoir pour corollaire que certains concepts, certaines expressions, doivent rester constants? Bien des penseurs semblent avoir admis, plus ou moins explicitement, qu'on doit répondre affirmativement à cette question et c'est là encore, croyons-nous, une des sources d'où découle la confusion entre les deux principes de légalité et de causalité. Assurément, cette confusion est impossible si l'on prend le principe de causalité dans son sens strict : il postule en eflet la conservation de tout, alors que la légalité stipule le changement. Mais c'est que nous ne saurions appliquer un seul instant la causalité avec celle rigueur. La nature existe, et ce fait seul suffît pour nous en empêcher. Donc, tout en prétendant faire profession de foi

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