IDENTITÉ ETHNIQUE
L'œil et ses annexes peuvent présenter dans la série humaine des particularités ethniques et anthropologiques intéressantes au point de vue de l'identité.
Les sourcils, les paupières, la fente palpébrale, les cavités : orbitaires, l'iris, etc., sont susceptibles de varier de forme, d'aspect, de coloration, de direction suivant les différentes races humaines.
Orbite.
La position, la forme, les dimensions des orbites, varient non seulement chez les races différentes, mais encore chez les individus d'une même race.
Les anatomistes ont noté l’asymétrie fréquente qui existe entre diverses parties similaires du corps humain, et il n’est pas rare de voir une moitié du crâne offrir une dissemblance frappante avec l’autre moitié.
À la face, cette asymétrie est toujours plus ou moins marquée... Il semble, dit Topinard, que l’auteur des choses ait fabriqué les deux moitiés de la face à part et qu’en les rapprochant il les ait mal appliquées : «toujours un des côtés se relève ».
D'après Rigalia, Porbite serait soumise à cette loi d'asymétrie générale, et, dans la plupart des cas, les deux orbites seraient situées à des hauteurs inégales.
Le plus ordinairement, l’orbile droite occuperait une position inférieure par rapport à l'orbite gauche. D’après des recherches faites sur 153 crânes provenant de races et d'individus divers, Rigalia a trouvé :
10 crânes dont les orbites occupaient des niveaux égaux. 43 crânes dont l'orbite droite était située plus haut que la
gauche.
100 crânes dont l'orbite gauche était plus haute que la droite.
De tous les peuples, les Chinois auraient l’asymétrie orbitaire la plus fréquente et la plus prononcée.
L’obliquité de l'orbite par rapport au plan méridien vertical du crâne varie également suivant les races.
Le bord orbitaire externe est toujours situé en arrière du bord interne. La mesure de cette ooliquité est donnée par le degré d'ouverture de l’angle naso-lobaire que forment deux lignes partant chacune d’un côté de la racine du nez et rejoignant les apophyses orbilaires externes. ;
Cet angle est plus ouvert chez les Esquimaux (144°) et chez les races jaunes (141° à 142°), que chez les nègres (134°,7) et chez les blancs. Celte différence provient de ce que dans la race jaune les yeux sont situés à fleur de têle, disposition qui tient à l'enfoncement de la partie nasale intermédiaire aux deux orbites, au défaut de saillie des bosses frontales et des arcades sourci= liéres el à la largeur, et à l'écartement des os malaires qui ont une tendance à proéminer en avant. Dans certains cas particuliers, ces caractères pourront permettre au médecin légiste sinon de reconstituer l'identilé d’un individu, du moins de reconnaître la race à laquelle il appartient. Eu général, le grand axe de l’ou=
st = verture orbitaire a une direction oblique en bas et en dehors; mais son obliquité est susceptible de grandes variations.
Chez certains sujets de la race jaune, l’apophyse orbitaire externe est reportée plus haut, la suture fronto-jugale est plus élevée par rapport au diamètre transverse de la base de l'orbite ; de plus, il exisie un effacement à peu près complet de l'angle interne.
Ces particularités anatomiques tendent à relever le grand axe de ouverture orbitaire et à lui donner une direction presque horizontale.
La comparaison du crâne typique d’un individu de la race jaune avec celui d’un individu de la race blanche permet de saisir les différences qui existent au point de vue de la direction de cet axe.
La distance qui sépare les deux orbiles est également variable suivant les races. D’après Broca, la distance interorbitaire serait de 28"°,5 chez les Auvergnats, 21,7 chez les Chinois, 26,6 chez les Parisiens, 21,1 chez les Arabes et 17,9 chez les Esquimaux ; chez un Savoyard, il aurait trouvé une largeur de 32 millim. et chez uu Javanais et un Polynésien de 13 millim. seulement.
La direction du grand axe orbitaire par rapport à l’ensemble du crâne est donnée par la mesure de l’angle formé par le plan bi-orbilaire avec le plan du trou occipital.
Le plan bi-orbitaire n’est autre que le plan passant par les deux lignes allant du trou optique au centre de l'ouverture orbitaire, ces lignes indiquant la direclion de l'œil au repos. L’an gle orbito-occipital peut être nul, positif ou négatif. L’angle est nul, lorsque le plan orbitaire et le plan occipital sont parallèles ; positif, lorsque le plan occipital coupe le plan bi-orbitaire en arrière du trou occipital; négatif, quand le point d’intersection des deux plans se trouve en avant du trou occipital. Cet angle
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varie suivant l’âge et suivant les races. Chez le fœtus et le nouveau-né, il est nul ou positif. |
À mesure que l'enfant commence à grandir, l'angle subit des variations rapides; dès les premières années, il devient négatif. Chez l'adulte, l'angle orbito-occipital est généralement négatif.
Dans les races les moins civilisées, on peut néanmoins rencontrer des individus chez lesquels cet angle est nul ou positif.
Ces notions générales se rapportent à la situation des orbites dans le crâne. Nous allons étudier maintenant la forme et les dimensions de l'orbite prise à part, en insistant tout particulièrement sur les signes qui peuvent être caractéristiques de certaines races.
L’orbite est surmontée par une saillie ou arcade sourcilière qui exerce sur sa forme uno influence incontestable. Les arcades sourcilières n’ont pas la même grandeur chez tous les peuples. Les Européens, les Australiens, les Mélanésiens, les nègres d’Océanie, les ont très développées.
Les races jaunes, les nègres d'Afrique, les Polynésiens, les races américaines, les ont au contraire peu développées.
Le développement des arcades sourcilières est la cause principale du caractère que l’on désigne sous le nom d’orbites profondes ou de yeux enfoncés.
La saillie des sourcils, la profondeur de la racine du nez, la petitesse du globe oculaire, l’étroitesse de la fente palpébrale contribuent à approfondir cette cavité orbitaire. L’orbite affecte des formes variables : elle peut être ronde, triangulaire, rectangulaire, etc. Broca, dans deux mémoires parus, le premier en 1874, le second en 1876, a déterminé ce qu'il appelle l'indice orbitaire, c’est-à-dire le rapport du diamètre vertical de la base de l'orbite à son diamètre horizontal.
L'indice orbitaire varie avec l’âge, le sexe et les individus. On distingue les indices mégasèmes ou grands, mésosèmes ou
PSS LR moyens, microsèmes où pelils. À ce point de vue, les races se partagent en trois groupes, savoir :
1° Les mégasèmes, dont l'indice moyen s'élève à 89 et audessus ;
2° Les mésosèmes dont l'indice varie de 83 à 89;
3° Les microsèmes dont l'indice varie au-dessous de 83.
Mégasème dans l'enfance, l'indice devient mésosème chez V’adulte. Il diminue donc avec l’âge, mais d’une façon variable suivant le sexe.
L'indice orbitaire de l’homme est en général plus petit que celui de la femme de 3 et quelquefois de 8 ou 9.
L'indice varie aussi suivant les races. Faible dans les races noires, il est élevé dans les races jaunes.
La grandeur de l'indice dépend en grande partie de la formo de l'orbite et @es arcades sourcilières. Elle sera d’autant plus accusée que l'orbite présentera une forme plus arrondie, et que les arcades sourcilières seront plus petites.
En résumé, les races jaunes sont mégasèmes; les Mélanésiens, les Australiens sont microsèmes, et les Français actuels généralement mésosèmes.
L'orbite a une largeur et une hauteur variables suivant les sexes, plus fortes chez l’homme que chez la femme.
Chez l’homme adulte, la largeur varie de 33 à 47 et la hauteur de 25 à 42 millim.
Chez la femme, la largeur oscille entre 32,5 et 43 millim. et la hauteur entre 26 et 40,5 millim.
Cela est vrai pour toutes les races, sauf peut-être pour les Chinois, chez lesquels la largeur et la hauteur orbitaires des femmes peuvent parfois excéder celles des hommes.
Quant à l’aire de l'ouverture orbitaire, elle varie avec Île volume du crâne. Elle est plus grande chez les Esquimaux qua chez les Nègres de l’Inde, et, si l’on en excepte les Chinois, plus petite chez la femme que chez l’homme.
Plan
La profondeur de l'orbite est différente aussi chez les différents peuples. Elle est plus grande chez les Esquimaux que chez les Australiens et les Chinois, plus chez ces derniers que chez les Parisiens, les Holiandais et les Arabes. La prefondeur maxima s’observe chez les Esquimaux (57,7).
Dans les races noires, le plafond de l'orbite a une direction un peu plus oblique que dans les races blanches et jaunes.
Welcker a signalé à la face inférieure de la lame orbitaire du frontal, presque immédiatement en arrière del’arcade sourcilière, l'existence de porosités de forme et d’étendue variables.
Il ne les a jamais constatés sur des crânes d’enfants de moins de 7 ans ; elles n’existeraient pas toujours dans les deux orbites. On les rencontrerait dans une proportion de 3 ou 4°/, chez les Allemands, de 9 °/, chez les Indous, de 7 à 11°/, chez les Egyptiens, de 20 °/, chez les Nègres, de 47°/, chez les indigènes de Socotora.
Paupières. — Ouverture palpébrale.
Les yeux présentent une grande variété de forme suivant les individus. Ils peuvent être petits, grands, saillants, enfoncés, fendus en amande, etc.
Certains respirent la douceur, d’autres la malice, la dureté. A part la forme des paupières, l'attitude et l'aspect de l'ouverture palpébrale, l'épaisseur et la longueur des cils, les nombreuses variétés de forme des sourcils contribuent à donner aux yeux leur physionomie propre.
Mais la première place revient aux paupières et à leur ouverture. Actuellement on connait deux sortes d’yeux : l'œil mongol et l'œil européen. Nous ne décrirons pas ce dernier qui est connu de tout le monde. Noussavons queles yeux petils ont pour cause
une étroitesse de la fenle palpébrale et que les yeux grands sont ceux dont la fente palpébrale est longue, etc.
Les yeux mongols sont petits, écartés l’un de l’autre ; l’ouverture palpébrale est étroite, oblique de bas en haut et de dedans en dehors. La hauteur de cette fente par rapport à sa longueur est deux fois moins grande que celle de l'œil européen. La commissure externe est efilée, l’interne est masquée par une bride verticale, surtout visible quand l’œil est ouvert. Les paupières sont comme boursouflées, la supérieure est dédoublée transversalement. La pelitesse de l’œil et ce clignotement que l’on observe dans l'œil mongol lui donnent un caractère particulier de malice et d'ironie que l’on remarque surtout dans la race jaune. L’obliquité de l'œil n’a pas toute l'importance qu’on lui donne.
. Elle a été signalée en Europe. D'après Ranke, on en trouverait en Bavière 1°/, chez les femmes, ? °J, chez les hommes.
En France, ou en rencontrerait un assez grand nombre dais l'Auvergne et dans la Lozère.
Quoi qu'il en soit, l'œil mongol paraît oblique et les voyageurs et les artistes ont cru devoir signaler ce fait d’une façon constante.
L’œil mongol s'éloigne done par sa forme de l’œil européen et présente quelques particularités typiques. Toutefois un individu de race jaune peul ne présenter que quelques-uns de ces caractères, quelquefois même en manque totalement.
D'autre part, on rencontre parfois chez les blancs certains aspects de l’œil mongol; l’épicanthus n'est autre chose que la bride mongolique.
À côté des données que nous possédons sur l’œil européen et sur l'œil mongol, on peut rencontrer encore certaines particularités intéressantes qui permettent de supposer qu'il doit exister d’autres types d’yeux.
Chez les Lapons, les yeux sont, dans la majorité des cas horiz ontaux, quelques-uns sont obliques, et l’obliquité se fait de
HU haut en bas vers l'extérieur. Les paupières peuvent aussi présenter des caractères particuliers.
Sur un œil européen bien conformé, le bord libre de la paupière supérieure est plus long que celui de la paupière inférieure à cause de son incurvation plus grande.
Cette dernière appartient à une courbe d’un rayon plus grand, et le diamètre transverse mené d’un angle à l’autre divise l’orifice palpébral en deux segments inégaux, le supérieur sensiblement plus grand que l’inférieur.
Au Mexique et dans l'Amérique centrale, on rencontre souvent une disposition inverse. Les indigènes du Nord-Ouest de l’Australie auraient les paupières fortement tombantes ; le même fait s'observerait aussi au voisinage de Port-Stephens.
D'après certains auteurs, ce ptosis serait dû à la crainte des mouches qui seraient fort gênantes dans ces parages. Quant à la longueur palpébrale, elle serait variable suivant les peuples : elle serait de 33"%,8 chez les nègres d'Afrique, de 33 chez les Australiens, de 32 chez les Chinois, de 27 à 30 chez les Parisiens.
La longueur de l'intervalle oculaire, d’une caroncule à l’autre, est de 39 millim.chez les Annamites, de 36,6 chez les négresses, de 35 chez les néo-Calédoniens, de 32 chez les Chinoises, de 31,5 chez les Parisiens.
Globe de l'œil. — Sclérotique.— Iris.
Albinisme.
Le globe de l'œil, au point de vue ethnique, présente très peu de points intéressants. On n’a que des données vagues relativement à la grosseur suivant les races. Au point de vue de sa position, on sait que les nègres ont des yeux saillants, que les Mongols ont des yeux à fleur de tête, ce qui est dû à la forme des