ANNALES DU MUSEE GUIMET
drigues, trouvée sur la côte de Paru, sur la rive gauche de l’Amazone, à environ huit ou dix milles à l’ouest de la ville d’Obidos; elle appartenait à un particulier à qui ce savant l’acheta.
Je me trouvais dans cette ville au mois de novembre de l’année dernière, lorsque, dans une excursion à l’île Marie-Thérèze, à l’embouchure du Trombetas, je rencontrai, parle plus heureux des hasards, le fétiche que je possède aujourd’hui. C’est un Portugais, habitant de cette île, qui me le donna. Comme je lui demandais, en lui montrant une hache de pierre que j’avais achetée dans mon excursion, s’il n’avait pas trouvé quelque objet « de gentio » comme celui-là, par exemple, il me répondit qu’il possédait un acarà bararoâ de pierre, mais qu’il ne savait pas bien où il était ; cependant, cédant à mes instances, il alla le chercher, et revint peu de temps après avec l’objet que je vais décrire.
C’est un poisson du genre mejonauta , planche VII, un acarà fait d’une argilite (schiste argileux) rouge et dure, abondante dans les environs d’Obidos. Il a 135 millimètres de longueur, 103 millimètres dans sa plus grande largeur, et une épaisseur maxima de 2 centimètres.
L’exécution artistique de cette pièce est relativement très parfaite, et, comme l’objet trouvé par M. Barbosa Rodrigues, il révèle chez l’artiste un admirable talent d’observation, et chez le peuple à qui il a appartenu, un état de civilisation très avancé. Aucun des caractères du poisson n’a été oublié. Les opercules des branchies sont dessinés régulièrement et d’une manière parfaite, les nageoires dorsales, abdominales et caudales sont très bien indiquées par des traits perpendiculaires gravés avec un instrument quelconque à pointe aiguë et forte dans les saillies que l’artiste a ménagées à dessein pour indiquer ces parties; la bouche se fend dans la proportion voulue; les babines sont bien définies, et les nageoires de la poitrine, placées comme si elles sortaient des opercules des branchies, révèlent les mêmes soins d’exactitude chez l’artiste qui a creusé circulairement les yeux coupés au milieu par une ligne imaginaire que l’on tirerait de la fin de l’ouverture des opercules à l’extrémité de la bouche. Il a imité les pupilles avec une matière (résine végétale?) noire, vitrée, que la personne, à qui je dois cet important objet, a détruit, poussée par la curiosité de savoir ce que c’était, selon son propre aveu. Il existe cependant encore dans l’œil gauche une très