ORGUEIL
Terre au sang généreux, mère des vignes mûres, Quel homme, déchirant ces flancs épouvantés, A pu compter du doigt dans leurs prisons obscures Les germes endormis des récoltes futures Que le Soleil réserve à nos Postérités?
Quel plongeur a percé tes gouffres d'épouvantes, Océan inquiet, redouté des oiseaux?
Nul n'a vécu parmi tes peuplades mouvantes Qui, dans leur firmament de vagues transparentes, Comme des astres noirs voient courir nos vaisseaux.
$6 IDYLLHS ET CHANSONS.
Quel hardi pèlerin. Ciel aux clartés profondes, A dépassé ton seuil ?■ Quels regards ont pu voir Jusqu'où le laboureur de tes plaines fccondes A planté sa moisson d'étoiles et de mondes Donc les épis luisants tremblent au vent du soir.^
Nul n*a sondé non plus l'abîme de ton âme,
O vieille Humanité que rajeunit le temps ;
Ce qu'il s'agite en toi de sublime ou d'infâme,
Je l'ignore; et nos mains n'ont pu toucher la flamme
Qui passe, sans s'user, des pères aux enfants!
En haut, en bas, partout le mystère est immense.
Celui qui vit en moi vaut le tien, ô Ciel clair !
La Terre a moins de fleurs que je n'ai d'espérance,
Et le doute orageux, et la rude souffrance
Roulent des flots plus lourds et plus noirs que la Mer.