EN MARCHE
Quand je rêve, parfois, j'ai peur de ma pensée. Comme un aventurier, seul, en pays perdu. Qu'arrête, épaisse et noire, à l'horizon dressée, Une orêt géante et sans route percée. J'hésite, et tout à coup sens mon pied suspendu.
Oiseaux d'or, fruits vermeils, somnolentes clairières. Courants frais, doux repos, cette fois, est-ce vousJ^ Si souvent je n'ai vu que bêtes meurtrières. Doutes et désespoirs, fossés et fondrières, Où je glissais la nuit, criant, sur mes genoux !
Je suis las. Je voudrais, sur la lisière verce, Comme la caravane aux approches du soir, Faire hake, ce du seuil de ma tente entr'ouverte Suivre nonchalamment des yeux la chute inerte Du soleil dans ces fonds que je n'irais pas voir.
Je ne puis. Mille voix, terribles ou suaves,
Qui chantent l'inconnu, retentissent là-bas;
Mon âme se redresse au toucher des entraves,
Et des spectres sanglants m'entraînent, ceux des braves
Qui tombèrent sans plainte en de pareils combats.
De haut plane sur moi leur œil rude et sévère :
« Lâche, lâche ! » crient-ils. Alors, ivre, à grands pas,
Comme un désespéré, sans regarder derrière,
La hache en main, je plonge au travers du mystère
Dans les fourrés profonds d'où l'on ne revient pas!
w^^^^^^Msm