FLEURS PARISIENNES
A THEÛDORK DE BANVILLE.
Quand sur la vieille ville, impure fourmilière, Le lourd soleil d'hiver daigne entr'ouvrir les yeux, Et qu'il pend tout à coup des lambeaux de lumière Aux taudis réchauffés des faubourgs tortueux, A la file on entend, vite, le long des rues, Comme des écoliers échappés de prisons, Portes, volets, châssis, lucarnes vermoulues,
Amoureux de l'air vif et des beaux horizons, Pour aspirer gaîment les brises revenues, Du haut en bas crier à coûtes les maisons. Et sur les balcons noirs, aux étroites croisées, Chécives, en cheveux, passent, les yeux luisants, S'éclairant d'un sourire en leurs robes usées, Les filles des logis, fières de leurs quinze ans. Elles viennent en hâte, à demi réveillées. Le cœur plein d'inconnu, comme des oisillons Secouant ça et là leurs têtes effrayées. Mûrir leur beauté frêle à ces maigres rayons ; Et sur la pierre humide elles rangent, joyeuses, Dans les débris de planches et les pots chancelants, Les jasmins maladifs, rosiers et scabieuses, Tout le jardin du pauvre aux tiges souffreteuses Qu'on enferme en décembre avec les vieux parents. Et l'enfant qui fredonne, et l'arbuste qui tremble. Vers la clarté du ciel se soulèvent ensemble Pour boire à traits pressés la féconde chaleur, Comme si tous les deux, tourmentés par la vie, Las de l'enfance froide et des saisons de pluie.