‹ Idylles et chansonsChapitre 4 sur 55 · A ANDRE THEURIET · texte numérisé non relu

A ANDRE THEURIET

Droits dans l'air bleu, les pins robustes, à la file. Ouvrent en paix leur sombre et large parasol Qui lance au loin, parmi les poussières du sol, Des archipels d'ombre immobile.

Sous le dôme feuillu chante, la serpe en main, De ses jarrets hâlés serrant l'écorce dure, A pleins poumons, comme un marin dans sa mâture. Chante le bûcheron romain.

i8 IDYLLES ET CHANSONS.

Jeune et saiispeur, il coupe au flanc des branches rousses Les pommes aux grains d'or par l'amande entr'ouvercs, Dont la chute pesante écrase les thyms verts Et les cigales sous les mousses.

D'en bas le suit de l'œil sa femme assise au frais, D'un grand œil large et noir comme un œil de génisse; Ec l'épouse puissante, en chantant, peigne et lisse Le flot de ses cheveux épais.

Tandis qu'aux plis pourprés de sa jupe de laine Roule un bel enfant nu qui trébuche, et qui court Dans les buissons meurtris ramasser le fruit lourd Qu'il soulève et porte à grand'peine.

Riant, à pas muets, il revient, le mutin, Jette son grand fardeau sur sa mère, et se sauve. Deux fois la nonchalante a dressé son cou fauve, Pour le saisir levé la main.

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