LES PIGEONS DE SAINT-MARC
Les gens du Nord, les gens d'Afrique Font cercle autour du vil repas ; Une lady mélancolique Soupire et les suit pas à pas ;
Les maigres catins qu'on transplante Pour réchauffer leurs sens flétris Prennent la pose roucoulante En les voyant si bien nourris.
Seul, le gondolier, mâle et rude.
Croise à l'écart ses larges bras; Le ciel lourd de la servitude L'écrase. Il les maudit tout bas ;
« Ouvrez donc, ouvrez donc ces ailes Qui se gonflent dans l'air léger, O parasites infidèles, Lâches valets de l'étranger !
i3<5 IDYLLES ET CHANSONS.
ff Avez-vous peur des grands espaces Qu'enflamme le soleil d'été, Ou que les gerbes soient moins grasses Aux sillons de la liberté)^
Ah ! la honte monte au visage Si ceux qu'un soir peut délivrer Viennent mendier l'esclavage.
Et s'il ne reste pour pleurer
« Sur cette déplorable terre, Sans armes, sans pain, sans échos, Que les fils nus de la Misère, Cloués par elle à leurs cachots ! »
Venise, 1864.
CHANSOxN.
J'ai connu l'inefTable ivresse
Des longs baisers, du rêve heureux
Au plein midi de la jeunesse,
Sur un beau sein, sous de beaux yeux,
J'ai connu l'ineffable ivresse.
J'ai connu le grand désespoir Des séparations maudites; Comme un homme ivre, sans y voir, Qui chancelle, cherchant des gîtes.
J'ai connu le grand désespoir.
1)8 IDYLLl.S r.T CHANSONS.
J'ai crié vers la More inerce, Sans force à suivre mon chemin, Lui montrant ma blessure ouverte Afin qu'elle y plongeât la main ; J'ai crié vers la Mort inerte.
Il faut vivre avec le passé !
La Mort a fait Toreille sourde, Et dans ma douleur m'a laissé.
La mémoire est parfois bien lourde.
Il faut vivre avec le passe.
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