DOULEURS
Le fils est mort. Son lit est vide. Les marteaux Ont fini de clouer son corps nu sous les planches. Noire sous le soleil qui bat les dalles blanches. Prête à partir, la bière attend^ sous les flambeaux.
La chambre, vaste et nue, est pleine de silence. Des gens en deuil, poussant les portes avec soin. Entrent, du bout des pieds, sans parler. Dans un coin Par instants, comme un bois qu'on brise, un cri s'élance.
i+o IDYLLES ET CHANSONS.
A genoux, sur sa bouche écrasant son mouchoir, La mère, par la fièvre et le jeûne brisée, Dans sa Bible en lambeaux sous les larmes usée. En hoquets étranglés répand son désespoir.
Sa fille tient sa main et pleure par derrière ; Et la tante au front gris, veuve faite aux douleurs. Ne répond elle-même, hélas ! que par des pleurs A Tenfant qui sanglote et qui veut son grand frère.
Seul, debout, droit et blanc comme un cierge, les yeux Rivés à ce cercueil où gît sa joie entière. Sans pleurer, sans prier, les bras croisés, le père, Ainsi qu'un étranger, entend ces bruits affreux.
Il connaît ces départs : au cimetière sombre
Deux pierres l'efîrayaient avant qu'il eût quinze ans.
Plus tard, il a mené là-bas trois beaux enfants.
Sa sœur, et tant d'amis qu'il n'en sait plus le nombre.