LA RETRAITE
Elle me prend les mains toujours de même, S'assied à l'ombre, et je lui dis : « Je t'aime. Dans les lauriers pétille un ciel charmant ; Toujours de même, entre ses bras posée, Ma tête lasse aspire la rosée Des baisers frais qui pleuvent lentement.
Rien n'est changé ni pour moi ni pour elle. Sur le roc pur de cette âme fidèle, Pour le laver, a coulé la douleur; Comme autrefois cet œil voilé m'enivre, Comme autrefois la belle soif de vivre Epanouit vers Dieu mon âme en fleur !
Et vous glissez, 6 pesantes années, Comme d'un toit les neiges étonnées Par le soleil, vous glissez de mon front ! Et j'ai vingt ans, et j'entends à ma porte Sans s'arrêter passer la noire escorte Des désespoirs qui vers d'autres iront.
O cher amour ! ù silence adorable, De l'ombre molle envahissant le sable ! Délicieux parfums du soir doré, Frémissement profond des mains étreintes! Vagues langueurs des prunelles éteintes!
O cher amour dont je suis enivré !
A cet enclos de Textase éphémère
Un hôte seul, un hôte qu'on espère
Pourrait frapper la nuit, d'un pied heureux !
O vrai gardien des amours éternelles,
O chaste Mort qui rouvriras nos ailes,
Nous t'attendions ; viens nous prendre toux deux :
^Xsymf^