EPILOGUE
On voit se courber les vergers
Sous le poids de leur opulence :
Le fruit mûr se détache et tombe en abondance,
Emporté par les vents légers :
Les grappes pleines et vermeilles,
A travers le pampre des treilles.
Découvrent l'ambre du raisin :
Déjà les villageois et leurs jeunes compagnes ; Arrivent pour cueillir les trésors des campagnes ; Pomone les conduit, sa corbeille à la main.
Bacchus mène avec lui l'essaim
De ses folâtres vendangeuses.
Qui célèbrent en choeurs, dans leurs chansons joyeuses,
Les amours et les dieux du vin.
On entend le pasteur chantant sous la feuillée, Son troupeau qui mugit dans la fraîche vallée, Le ruisseau qui frissonne, et qui flotte incertain
Au pied de la voûte émaillée
Du laurier rose et du jasmin.
Quel charme est répandu sur le monde paisible 1 C'est ici le moment de la réflexion :
C'est dans cette aimable saison Que la mélancolie inspire un cœur sensible.
J'irai dans l'ombre des forêts,
Dans les bocages toujours frais
Qui nourrissent ma rêverie,
Dans les rochers retentissans,
Dont les échos frappent mes sens
D'une touchante mélodie :
Heureux si j'entends quelquefois
Une fontaine gémissante,
Ou la feuille sèche et bruyante
Que le vent détache des bois, Ou le chant languissant d'un oiseau solitaire.
Qui ranime, pour me distraire,
Le soufle expirant de sa voix, Tandis que les pinsons, les linots, les fauvettes Qui pendant les beaux jours, ont si bien gazouillé, Habitans désolés de ces voûtes muettes.
Se perchent en tremblant sur l'arbre dépouillé !
Le chevreuil n'est plus sous l'ombrage : Le fond de ces berceaux commence à s'éclaircir : Le voyageur s'arrête en jettant un soupir,
Dans les bois jonchés de feuillage.
Adieu nature ! adieu plaisir !
L'oiseau, conduit par le zéphir.
Dans des climats plus doux va porter son ramage.
Péià les humides brouillard?