‹ Idylles et poèmes champetres. Choisis et précédés d'une introdChapitre 7 sur 33 · CHANT D UN BARDE · texte numérisé non relu

CHANT D UN BARDE

O ciel ! que devient-il ? Dans son incertitude,

Il parcourt des rochers la vaste solitude.

Le sommeil le surprend ; mais quel sommeil affreux !

L'image d'Ithona se présente à ses yeux :

Son voile était sanglant; sa noire chevelure

Couvrait son sein d'albâtre et cachait sa blessure.

Le fantôme au guerrier fait entendre ces mots :

« Tu dors, Morni, tu dors, et tu perds ton amante !

« Autour de Tromaton, la mer roule scs flots;

« C'est dans ce lieu désert qu'un tyran me tourmente.

« C'est là que Duromat, mon cruel ravisseur,

« Porte avec lui l'Amour et toute sa fureur. »

Les vents avec fracas sortaient de la montagne :

Morni s'éveille, il s'arme, il vogue sur les eaux ;

De ses braves guerriers l'élite l'accompagne ;

Et le troisième jour, l'île s'offre au héros.

Comme un roc élevé sur l'humide campagne.

Son amante était seule, et pleurait sur ces bords.

Soudain Morni paraît : elle baisse la vue ;

Un tremblement mortel agite tout son corps :

Trois fois elle se lève et retombe éperdue.

Morni lui crie : « Arrête, Ithona; connais- moi!

« Arrête ! crois-tu voir un ennemi barbare ?

« Non, ce n'est point la mort que mon bras te prépare.

« Je viens punir un lâche ; est-il auprès de toi ?

« Parle : où s'est-il caché ? Je sens frémir mes armes.

« O fille de Nuat ! ne vois-tu pas mes larmes ?

CHANT d'un BARÛË ^$

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