ITHONA
Qui t'a fait découvrir cet horrible séjour? Ah ! que n'ais-jc expiré comme l'iierbe inconnue, Qui, dans un champ désert, meurt sans être apperçue ! Pourquoi viens-tu, Morni, troubler mon dernier jour? Tu donneras en vain des regrets à ma cendre : Ithona, chez les morts, ne pourra plus t'entendre... G souvenir ! la nuit enveloppait les cieux ; Mon frère était absent, mon palais sans défense ; Des chênes embrasés m'éclairaient de leurs feux. Un bruit d'armes soudain me remplit d'espérance. ''^e crois que mon amant va s'offrir à mes yeux ; Miis quel est mon effroi, quand fumant de carnage, Baigné du sang des miens qu'il venait d'égorger, Duromat, jusqu'à moi, vole et s'ouvre un passage ? Il m'entraîne mourante ; il avait à venger D'un amour rebuté l'ineffaçable outrage...
MORNI
Où faut-il le chercher? le traître est déjà mort... Ce jour te rendra libre, ou finira mon sort. Si je meurs, Ithona, si ma haine est trompée. Sur ce même rivage élève mon tombeau ; Et dis que sur les mers tu verras un vaisseau, Crie aux navigateurs ; donne-leur mon épée ; Qu'on la porte à mon père, afin que ce vieillard, Du retour de son fils l'âme en vain occupée. N'attache plus sur l'onde un inquiet regard.
36 CHANT d'un barde