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observe tout le temps et le monde est pour lui comme un prodigieux et inépuisable magasin de modèles, Il semble s'amuser énormément à voir défiler devant son œil tour à tour souriant et grave la variété infinie des physionomies humaines, Quelle extraordinaire comédie ou plutôt quels extraordinaires acteurs! Car la scène ne le touche pas, non plus que l'action, bouffonne ou tragique. Il ne s'intéresse qu'aux personnages, Il les considère sans partipris, sans idée préconçue, sans rappels des souvenirs, tout à fait objectivement. Il n'a pas en lui un type préféré qu'il cherche, plus ou moins malgré soi, à retrouver dans la vie-ce qui est le cas de tant
d'artistes-ou qui s'interpose entre ses modèles et lui. Chaque type
* nouveau lui cause des sensations nouvelles: il perçoit immédiatement
les caractères qui servent à le définir, comme s'il ne les avait jamais constatés ailleurs, comme s'il les notait pour la première fois. Ainsi dans la parenté du talent qui les unit en une sorte de famille commune, chacun garde-t-il, d'une façon saisissante sa physionomie originale, C'est là une vertu propre au portraitiste, et Zuloaga, j'y reviens, n'est il pas un portraitiste, bien qu'un portraitiste de types, de caractères généraux?
Il possède en propre un don précieux, un don qu'il tient de son naturel et du tempérament de sa race: c'est ce grossissement étrange de son œil d'enfant qui exalte tout ce qui l'intéresse. Cette faculté rare de grandissement involontaire, qui est le privilège des
grands réalistes, a préservé Zuloaga, comme ses illustres devanciers,
de l'étroitesse littérale de l'observation tout objective et l'a conduit aux simplifications nécessaires du style.
Ce qu'il y a d'admirable chez lui, c'est qu'il n'y a jamais rien de Enre rien de louche ou d'incertain soit dans le ton, soit dans la forme, Il procède avec une audace tranquille et une sûreté incomparable, Le moindre détail est l'indice de cette science si bien possédée qu'elle ne pense pas à elle-même. Prenons un seul exemple. Considérez le dessin des mains dans leurs poses si diverses et leurs raccourcis parfois si imprévus. On sait ce qu'il est difficile de mettre en place cet instrument mobile avec le jeu de ses cinq petites baguettes articulées, Il n'y a pas, chez Zuloaga, une main qui n'ait sa forme assurée, son geste expressif, sans jamais une gaucherie, sans jamais le moindre embarras.
Comme praticien, cet exécutant consommé se garde bien de faire parade de son habileté, Mais il apporte un souci extrême à son travail de peintre, Il attache un grand prix à la bonne fabrication des couleurs, il est soucieux du choix des tons, de la qualité de leur composition, de leur distinction ainsi que des effets de leurs rapprochements. Sa palette est toujours singulière et personnelle, ses accords, rares et sympathiques. Comme tous les vrais peintres, d'ailleurs, il fuit les mélanges troubles. Chez lui, pas de demi-teintes équivoques, de ,passages“ subtilss Le modelé est toujours simplement exprimé par les oppositions d'ombre et de
lumière ou indiqué, dans l'unité du ton, par le travail du pinceau.
Cliché Vizzavona