‹ Ignacio ZuloagaChapitre 5 sur 14 · VIEILLES MAISONS DE HARO ALTE HAUSER IN HARO OLD BUILDINGS IN HARO · texte numérisé non relu

VIEILLES MAISONS DE HARO ALTE HAUSER IN HARO OLD BUILDINGS IN HARO

Cliché Vizzavona Cliché Vizzavona

VENDANGEURS (FRAGMENT) | WINZER (FRAGMENT) VINTAGERS (FRAGMENT)

ruban au cou, de larges fleurs dans les cheveux, le peigne d'écaille enfoncé dans le chignon, les cheveux ébouriffés savamment, ombrant le haut du visage, aux blancheurs violacées de cold-cream et de poudre, la bouche saignante comme une grenade ouverte, la mouche piquée au coin des lèvres et, sous les sourcils épais, l'œil d'acier bruni, rieur, chaud et brillant. Ici, elle tire son bas sur sa jambe fine, coquetterie classique des Espagnoles: 1à, d'un dernier coup de houppe, elle a jeté un œil de poudre sur le duvet de ses joues, devant la table de toilette, Fière et joyeuse et disposée à l'attaque, elle est prête pour la plaza.

Elle s'avance rieuse, cette jolie Maja endimanchée, dans sa mantille de dentelle noire qui s'évase autour de son buste, maintenue haut par le peigne d'écaille, des fleurs vives dans ses cheveux noirs, l'éventail à la main, en sa robe d'indienne empesée, chamarrée de dessins à grandes marguerites; elle se dresse sur un fond austère de paysage ondulé, de paysage morne avec un grand ciel, comme si cette sorte de fleur brillante et artificielle était le produit paradoxal de ce sol infécond. Toutes ces femmes rient, sous leur mantille élégante, ou dans leurs cheveux mêlés de fleurs en couvre-oreilles, dans leurs jupes de soie bruissante ou sous leur châle bariolé de pagodes et de magots chinois. Toutes rient et rient presque toujours à pleine bouche, Mais quel rire? Elles rient pour faire voir leurs jolies dents blanches qui accusent le

rouge des lèvres et répondent à l'émail des yeux. Elles rient d'un

rire provocateur, rire qui est dans la tenue et le costume, rire de protocole féminin et non rire épanoui de jeunesse et de gaîté, Cela fait partie de l'équipement de guerre comme les fleurs, la mantille et l'albanico,

C'est que l'amour est la grande affaire de leur vie et l'amour dans cette vieille Espagne chevaleresque est resté un art savant et raffiné. (C'est un art de coquetteries, de provocations, où il faut user de toutes ses armes. Les plus futiles détails de la toilette, les plus fugitives expressions de la physionomie, les moindres mouvements des attitudes sont employés au service de l'amour. Et les coiffures! Zuloaga semble avoir fait le recensement de toutes les formes les plus expressives. Elles sont d'une science consommée pour faire valoir le minoïs le plus chiffonné comme le visage le plus âpre et le plus dur de Gitane. Tantôt la mantille encapuchonne négligemment la tête, tantôt elle est posée très haut sur le chignon pointu et le peigne élevé comme une sorte de hennin qui couronne le visage en ombrant discrètement les joues. Ici, les chevelures de jais sont arrondies en bouffant sur le front, tantôt les cheveux s'érigent en masse légère et crépelée, ondulent sur les tempes en bandeaux brillants, avec des rubans nattés aux extrémités, formant couvre-oreilles, comme si la Dame d'Elché, leur antique aïeule, avait présidé à leur toilette,

À côté de ces belles et élégantes citadines, de ces alertes et

folles majas, ouvrières de fabrique, filles de faubourg, dans leurs

Page 1