LUCIENNE BRÉVAL DANS ,CARMEN"“ LUCIENNE BRÉVAL IN ,CARMEN
été adressé aussi aux grands maîtres du passé et à Cervantès lui-même ?
Cela tient à ce que ou bien les générations actuelles.ont perdu le sentiment du vieux génie espagnol ou bien à ce que les esprits hostiles aux tendances de Zuloaga ont sorti gratuitement cette accusation parcequ'elle était facile pour écarter un talent qui gênait des réputations établies, mais élevées sur des bases moins solides, C'est probablement même pour les deux raisons à la fois,
Fidèle à la tradition nationale et à l'impulsion atavique, Zuloaga, indifférent, du reste, aux jappements des envieux et des sots, s'est attaché avec une sorte de volupté bizarre à retracer la singularité de certains de ces êtres qui semblent appartenir au monde du passé sinon à celui des songes et du cauchemar.
Les moins extraordinaires, en effet, de ce milieu fantastique sont tout au moins des figures d'un autre âge, que les mœurs ont fait disparaître, de longue date, de chez nous et qu'on ne retrouve plus guère qu'en Espagne et dans les pays, également excessifs en tout, de l'Islam. L'Italie, elle-même, depuis jonstemps n'en fournit plus aucun type; elle s'est developpée pendant le cours du dernier demi-siècle avec une activité trop intensive dans le sens de la vie moderne.
A côté du peuple des mendiants et des pouilleux, orgueilleusement drapés dans leurs haïllons, sordides, dédaigneux et superbes,
chauffant leur glorieuse vermine au soleil, à côté des éclopés sans
nombre qui étalent toutes les variétés de leurs plaies et de leurs difformités devant les porches des églises, il y a le monde des phénomènes et des excentriques: les nains, les géants, les bossus, les fous ou les maniaques; il y a aussi celui des originaux: les érémites, les pélerins, les poètes ruraux, les improvisateurs populaires, les musiciens ambulants, et aussi, à part, les vieilles entremetteuses et les sorcières; enfin toute une Cour des Miracles à lasser bientôt la verve trop irançaise d'un Callot.
C'est, par exemple, le Nain d'Eibar, nain familier à l'enfance de Zuloaga, qu'il expose dès 1894, à son premier salon de Paris ce qui a pu servir de prétexte aux mauvaises volontés, Il y a la Naine, du musée du Luxembourg, Dona Mercedès avec ses larges yeux effrayés, son front bombé, ses joues pendantes de bouledogue, son nez camus et sa bouche triste, qui tient avec peine contre sa hanche, sur sa robe à fleurs, une boule de mercure comme un insigne d'une ironique royauté. N'est ce pas un type qu'on place par l'imagination à la cour d'un Philippe IV. ou qu'on voit en pensée dans quelque château enchanté de contes de fées? C'est le vieux pharmacien à tête simiesque de magot chinois, avec ses grandes lunettes rondes de corne; c'est l'ermite qui, sans appartenir à aucun ordre religieux, vit par vocation pour la solitude, au milieu des rochers, comme il vous souvient d'avoir lu dans les récits de Cervantes ou dans nos romans français à l'Espagnole du XVIIe siècle,
C'est le poète du village, le port fier dans sa taille minuscule,
Cliché Vizzavona
LE CHÂTEAU DE TUREGANO (FRAGMENT) DAS SCHLOSS TUREGANO (FRAGMENT) THE CASTLE OF TUREGANO (FRAGMENT)
LA VIRGEN DE LA PENA Cliché Vizzavona DAS KLOSTER DER HEILIGEN JUNGFRAU AUF DEM FELSEN THE MONASTERY OF OUR LADY OF THE ROCKS
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majestueusement drapé par les plis de son manteau, un long bâton dans sa main haute, qui s'avance, l'œil pétillant et malicieux, accompagné de paysans qui le suivent avec respect,
Vous vous demandez ce que fait ce groupe de sept vieilles méfgères, debout, assises ou accroupies dans un coin de campagne déserte, L'une semble avoir pris les lunettes rondes du vieux pharmacien; sa voisine, debout, avec le plus affreux profil aigu, décharné et ratatiné de méchante fée, les cheveux tirés en arrière du crâne en un tortillon pointu, file une quenouille d'un air qui fait frissonner, car elle semble l'image de la Parque prête à rompre distraitement le fil de vos jours. Une autre vieille appuie sur un bâton son corps cassé et voûté; les deux vieilles de droite sont encapuchonnées sous leurs jupes retroussées, Au premier plan, il y en a encore une, assise, une grande lanterne à ses pieds, offrant un profil farouche de vieux bélier, tandis que près d'elle, la dernière nous fixe de face avec son visage pâle aux regards pleins de maléfices. Ces femmes, ce sont les Sorcières de San Millan qui échangent entre elles les résultats de leur œuvre diabolique.
Voici maintenant le nain Gregorio el Botero, Gregorio le vendeur d'outres. Ce doit être un ami de Zuloaga. Je suis sûr qu'il ne rencontre jamais sans un plaisir de peintre son horrible tête. Gregorio découpe ses formes massives sur un ciel sauvage, brossé avec violence, dans une campagne aux tons mornes d'ocre
rouge, qu'occupent au loin, à droite, sur la hauteur, les remparts
de la cité, dont les tours projettent successivement l'une vers l'autre leur ombre portée; vrai paysage farouche qui convient à ce personnage d'une farouche réalité.
Solide sur ses deux courtes jambes noyées dans un pantalon RGAEn ERNE large, il porte, sans fléchir, sur ses robustes épaules ses deux outres énormes en peau de vache, la chemise débraillée sur sa poitrine de taureau contrefait, une cruche de terre à la main gauche, aux phalanges nouées, l'œil injecté de petite bête mauvaise,
Nous la retrouvons un peu plus loin, cette physionomie aimable de Gregorio, dans une toile que Zuloaga appelle la Vieille Castille, sur le fond de Ségovie, qui monte en tapisserie extraordinaire jusqu'au ciel. Il se tient au premier plan à côté d'un personnage aussi singulier que lui, mais, au contraire, tout en longueur, vêtu d'une couverture rayée qui s'étale largement aux pieds pour finir en pyramide au cou étroit sur lequel est juchée une petite tête cocasse de | vieux paysan madré, coiffée d'un large sombrero. Derrière lui, plus loin, est une femme, de profil, aussi longue et aussi raide, Mais notre naïn est ici dans son costume de parade; par-dessus sa chemise rapiécée est jeté un long manteau traînant à terre qu'il relève de sa main droïte, tandis que de la gauche il s'appuie sur une canne aussi solennellement qu'un évêque sur sa crosse, sa tête aux yeux blancs et louches coiffée en arrière, crânement, d'un large feutre,
À son tour son interlocuteur, l'immense et déguingandé Francesco
Cliché Vizzavona
THESOLD-CASTILE
DAS ALTE CASTILIEN