TORÉADORS DE VILLAGE DORF-STIERKAMPFER VILLAGE BULL-FIGATERS
Cliché Vizzavona Cliché Vizzavona
PÉLERIN ESPAGNOL SPANISH PILGRIM FRANCISCO ET SA FEMME FRANCISCO AND HIS WIFE SPANISCHER PILGER FRANCISCO MIT SEINER FRAU
tordu dans l'agonie et tout couvert de maculatures sanglantes, est détaché de sa croix et penche, vers le sol, suspendu seulement par une corde au poignet droit. Contre cette image lamentable, dont on ne sait pas si elle est un cadavre réel ou un simulacre religieux, tant le sculpteur espagnol primitif a amassé en elle les horreurs de la vérité, deux pénitents se flagellent à tour de bras, sur leurs torses nus, l'un, en avant, le visage masqué d'une cagoule blanche, l'autre, en arrière, les yeux au ciel, priant avec ferveur, Tout autour des acteurs de cette scène farouche, nous retrouvons nos vieilles femmes au visage émacié, dans leurs robes vertes à liseré rouge, groupe augmenté d'une jeune femme, un enfant au bras et d'un prêtre en pallium mortuaire, les yeux baïissés et les mains jointes, tous figurant sur le même paysage familier de Ségovie, fantastique et décoratif, tout en hauteur, noyé de vert avec ses rochers
violacés et fermant le fond comme une tapisserie.
Jusqu'ici Zuloaga ne nous paraît guère s'étre intéressé directement qu'à l'homme, La figure humaine, par sa forme ou son caractère expressif par tout ce qu'elle offre d'attraits pour un artiste, soit par la beauté, le charme, la grâce, soit par la singularité, l'intensité ou même la violence de l'accent pittoresque et l'inattendu, semble tenter exclusivement son pinceau. Que pense-t-il de ce que nous appelons la nature, de cet univers qui nous envi-
ronne où, pour les uns, nous ne comptons que comme un humble
élément; qui, pour les autres, constitue simplement le décor prédestiné de nos actes?
Zuloaga, je l'ai dit, si réaliste qu'il soit, n'est pas un naturaliste, Il ne s'intéresse que très subjectivement aux choses du dehors. Il n'est pas, à proprement parler, un paysagiste, Cependant, il a peint des paysages et, chose curieuse, c'est dans le paysage qu'il se montre le plus subjectif, qu'il apporte le plus de lui-même, Les uns, nous l'avons vu, figurent dans ses tableaux comme accompagnement expressif à ses sujets humains, mais il en a exécuté aussi quelques autres, si non pour eux-mêmes, du moins pour ce qu'il en pouvait tirer d'impression pittoresque ou d'émotion artistique.
Avila, Burgos, Salamanque, Ségovie, ses paysages peuvent bien porter des noms de ville et se rapporter exactement à des lieux déterminés, Mais ce sont plutôt des paysages de rêve et de cauchemar, C'est une nature qui se présente avec l'aspect farouche que nous trouvons dans l'Orient de Decamps, mais elle est moins pittoresque, plus sauvage Éncore. plus dépouillée d'artifice. C'est un monde vu, dirait-on, au milieu de la nuit opaque, à travers la lueur brusque d'un éclair. Ou encore des villes lunaires, comme dévastées par quelque cataclysme ou brûlées par un ouragan de feu; des cités vieilles, mornes, désolées pour l'éternité, sous le ciel qui semble, seul, vivre d'une sorte de vie dévorante, dans un bleu profond, intense où montent de lourds nuages blancs ballonnés.
Par ci, par là, on aperçoit bien quelques coins de place aux