‹ Il faut choisirChapitre 10 sur 46 · BIBLIOTHECA · texte numérisé non relu

BIBLIOTHECA

nous entendons

gémir et se briser la terre;

nous voyons

son globe errant et solitaire.

Flottant loin du soleil, pleurant l'homme détruit,/ Se perdre dans les champs de l'éternelle nuit.

Ou nous nous figurons tous les astres suspendant au même instant leur raarclie dans leurs orbilres, les satellites se précipitant sur les planètes et les planètes sur les soleils, les soleils qui s'éteignent, se heurtant avec un fracas épouvantable, volant en éclat et formant tous ensemble dans les ténèbres un immense chaos. Mais telle n'est pas la pensée du chantre inspiré. Dieu relire son esprit : sans le moindre bruit l'univers, l'univers immense, l'univers incommensurable s'évanouit comme une ombre.

Dieu parle une première fois et la chose est ; Dieu parle une seconde fois et la chose n'est plus. A son ordre le monde sort du néant , et il y rentre à son ordre.

Déterminons plus exactement les relations de l'univers au Dieu vivant.

S'il nous était accordé d'avoir des visions comme Elle sur l'Horeb ou si nous étions les serviteurs d'un Elisée, nous entendrions passer devant nous un «son doux et subtil, » qui vient de Dieu et qui se répand dans tout l'univers. Ce son est une voix distincte qui

apporte à chaque être l'ordre de subsister et la bonne nouvelle de la vie. Ce son est un souftle lumineux qui remplit l'éther, et qui féconde ici le néant où va apparaître un monde, et là maintient à de vieux mondes force et jeunesse. L'espane est ainsi sans cesse sillonné par les paroles de Dieu et toujours comblé de son esprit. Dieu «remplit la terre et les cieux, » a dit Jérémie * , et Salomon * : *< Les cieux, même les cieux des cieux ne le peuvent contenir. »

Nous complétons ici ce que nous disions plus haut de la distance qui sépare Dieu et le monde : s'il est vrai que par son essence spirituelle Dieu vit hors du temps et de l'espace ou du monde , au moins est-il par son souffle présent partout , et son esprit . c'est lui.

'< Où irai-je loin de ton esprit ? disait lePsalmiste: où fuirai-je loin de ta face ^? » Et St. Paul aux Athéniens* : " C'est en Dieu que nous vivons et nous mouvons et sommes. »

Efforçons-nous donc, messieurs , de nous représenter que Dieu enveloppe et déborde le monde de toutes parts, et que le temps est renfermé dans l'éternité, l'espace dans l'infinité, le mouvement dans l'immutabilité, la multiplicité dans l'unité, la matière dans le pur esprit , les forces aveugles et les âmes vivantes et les esprits libres dans le Dieu vi-

• XXill. 24. - » i Chron. VI, 18. ~ ' CXXXIX, 8-10. - * Al. XVII, 28.

vaut et tous leurs effets, leurs produits et leurs actes dans son activité souveraine.

J'imagine la Divinité ayant eu quelque sorte son centre et son naoi dans celte lumière inaccessible ' qui est le lieu de sa grande révélation, et de ce point partent autant de rayons qu'il y a d'astres dans l'espace et d'êtres sur chaque astre. Ces rayons vivants sont chacun Dieu tout entier ; par chacun d'eux Dieu voit, aime, surveille, dirige celui des êtres vers lequel le rayon se porte , et l'être libre, quand il regarde à Dieu et le prie, est certain de le trouver tout entier à ses côtés prêt à agir. « Tous ceux qui craignent l'Eternel, ont le même ange de Jéhova campé autour d'eux*. »

Vous pensez peut-être qu'une vue aussi transcendante de la toute présence et de la toute puissance divines a dû comme enivrer les écrivains sacrés et leur ôter le sens des choses visibles. Détrompezvous, messieurs! Les psalmistes et les prophètes soni aussi convaincus de la sagesse immuable de Dieu que de sa toute puissance, et de la fixité de ses décrets que de sa souveraine liberté. Déjà à la première page de la Genèse, après chacun des six jours lie deuxième excepté), Dieu regarde son œuvre qu'il juge bonne, très bonne, et cette approbation dont il ne s'est point repenti, est pour la nature la garantie

' l Tim. VI. 16. — • Ps. XXXIV, 8.

de sa stabilité. De même dans le dernier livre de la Bible, les vingl-qualre vieillards disent : ^< C'est par la volonté, par une seule et même volonté, que toules les choses subsistent et ont été créées \ » D'ail- !eurs le Législateur invisible et éternel du Sinaï avait expliqué aux prophètes le Législateur de la nature. Aussi connaissaient-ils le vrai caractère du monde physique mieux que tous les philosophes de l'antiquité. Ils auraient signé ces mots de M. J. Simon : ^ Les lois du monde sont la formule humaine de la volonté divine-. »

Cet écrivain oppose à notre religion, qu'il dit être à peu près païenne, la grande découverte que les sciences modernes ont faite de la fixité des lois de la nature. Je ne sais qui a le premier fait usage de ce terme technique dans nos langues vivantes, en latin ou en grec. Cette expression est, si je ne me trompe, étrangère à Senèque, à Pline, à Cicéron , à Lucrèce, étrangère à Plutarque , Aristote , Platon , Socrate, Pylhagore et Thaïes. Mais le contemporain de Thaïes, Jérémie la connaît fort bien : il parle des « lois des cieux et de la terre , » des « lois de la lune et des étoiles, » et dans le livre de Job, que plusieurs attribuent à Moïse, il est question de la « loi de la pluie % »> de la « loi de la mer, » de la « loi » qui règle la longévité de Thomme*. Et n'esl-il pas plus

« Apoc. IV, 11. — * Pag. 318. — » XXXIll, 23; XXXI. 35. — * XXVllI, 26; XXXVIII, 8, XIV, 5.

surprenant encore devoir Salomon dans V Ecclésiaste indiquer très clairement la rotation du vent qui du nord court vers le midi et retourne du midi vers le pôle, et celle des eaux des fleuves qui descendent des montagnes vers la mer et remontent en vapeur vers les sources ' ?

Vous citerai-je, messieurs, quelques-uns des passages où les écrivains inspirés rapportent à Jéhova cette législation du monde physique? Esaïe dit : « C'est moi, dit l'Eternel, qui ai ordonné toute l'armée des cieux ^ ; » et les Psalmistes :

0 Eternel, à toujours

Ta parole subsiste dans les cieux.

D'âge en âge dure ta fidélité ;

Tu as fondé la terre et elle est stable.

Selon tes ordonnances tout subsiste aujourd'hui ;

Car toutes choses te sont assujetties '.

et ailleurs :

Que les cieux louent le nom de l'Eternel ! Car iKa commandé et ils ont été créés. Et il les a établis pour toujours à perpétuité; Il leur a donné une loi qui ne passera point*.

La fixité des lois de la nature ne peut donc avoir été plus certaine pour les Hébreux il y a vingt-cinq siècles qu'elle ne l'est aujourd'hui pour nous, ei toutes les découvertes récentes des sciences ne foni

' 1, 6-7. - « XLV, 12. — » Ps. CXIX, 89 , 90 , 91. - * Ps. CXLVm, 5-6; Corn. LXXXIX, 3-6.

que confirmer la vérilé générale formulée très nettement par les prophètes d'Israël.

Mais, messieurs, n'est-il pas étrange que cette immutabilité de la nature avec laquelle les déistes prétendent renverser notre foi au surnaturel, soit acceptée avec une si naïve candeur par les prophètes dont la foi au surnaturel était illimitée? Que dis-je? elle s'affermissait par la contemplation des lois des cieux et de la terre ! La stabilité de ces lois nalu-relies leur garantissait celle de l'alliance , soi-disant surnaturelle, que l'Eternel avait faite avec Abraham, et quand ils voyaient le peuple issu de ce patriarche, emmené captif à Babylone , perdu sans ressources, comme anéanti, ils levaient leurs regards vers les cieux qui leur prouvaient la fidélité de leur Dieu, et ils reprenaient courage.

Ecoutez Jérémie :

« Ainsi a dit l'Eternel qui a fait le soleil pour être la lumière du jour, les phases de la lune et les astres pour éclairer la nuit; qui soulève la mer, et ses vagues grondent ; l'Eternel des armées est son nom : Si toutes ces lois cessent jamais devant moi, la race d'Israël cessera aussi d'être un peuple devant moi à perpétuité *. »

Et plus loin :

« Si je n'ai pas fait mon alliance avec le jour et la nuit et fait les lois des cieux et de la terre, alors je

Page 1