‹ Il faut choisirChapitre 9 sur 46 · LE DÉISME DE LA BINITÊ ET LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

LE DÉISME DE LA BINITÊ ET LA TRINITÉ

français moment dans le vide à des hauteurs où leur dieu se meurt. Leurs erreurs sont contraires, mais les uns et les autres ont le sort commun de se trouver dans une impasse dont ils ne sortiront jamais.

Et nous-mêmes, messieurs, ne partageons-nous pas l'infortune des théistes? La révélation ne nous précipite t-elle pas, comme la raison , dans d'inextricables difficultés? Ne nous oblige-t-elle pas à professer réternité et la nécessité du monde? — Nullement î Les théistes ont commis une grande erreur. Ils ont pris les choses finies pour lobjet infini de la vie et de famour divins, tandis qu'il n'y a d'infini que Dieu et qu'un Dieu seul pouvait être le second Dieu. Or, que nous enseigne la révélation chrélienne?

« Il y a en Dieu de toute éternité un autre Dieu qui est sa parfaite, son adéquate image, son empreinte. Il est son image viable, sa révélation objective et ex lérieure, sa parole. Il est de la substance de Dieu comme un fils est de la même nature que son père. Eternel et infini, il est seul le digne objet de famour de Dieu, et seul il peut aimer Dieu d'un amour de Dieu. Dieu donc trouve sans sortir de soi un second soi-même sur lequel il épuise en quelque sorte son activité. »

La révélation nous autorise à poursuivre en ces termes :

« Il y aurait en Dieu une dualité et le Fils serait

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imparfaitement uni au Père, si le Père ne se communiquait tout entier à lui par l'Esprit, qui est leur synthèse et le lien de la perfection. »

Voilà, messieurs, comment la notion du Dieu vivant rend nécessaire la doctrine de la Trinité. Je l'acceple.... et je la crois non sans doute pour l'avoir découverte par ma raison (les réalités divines s'inventent aussi peu que les corps simples en chimie, ou les espèces de végétaux et d'animaux en hisloirf' naturelle) ; mais pour avoir compris que si je rejetais la Trinité, je devrais du même coup abandonner le Dieu vivant et glisser sur les pentes du panthéisme.

Mais poursuivons.

« L'Esprit est le lien universel : il est la grande communication de Dieu aux créatures, ou sa révélation intérieure et subjective; c'est lui qui apporte dans rârae de l'homme l'intelligence Ues choses divines, l'mspiration, la prophétie, la puissance des miracles, la sainteté, la félicité, et qui consomme l'humanité dans l'unité divine. Le Fils de son côté est celui par qui Dieu crée; celui par qui il se montre à ses créatures intelligentes; par qui seul elles peuvent le connaître; celui qui s'est incarné en Jésus- Christ, le dernier Adam, l'Esprit vivifiant, le Sauveur. >•

Les mystères se relient donc bien réellement au surnaturel de la manière la plus intime; mais, comme je vous en ai prévenus, je laisse retomber le voile que je viens de soulever. Il nous suffit pour le mo-

menl d'avoir échappé à la religion de la binité par l'existence en Dieu d'un autre Dieu son égal Le monde cesse ainsi d'être nécessaire, éterneL infini. \] doit bien au contraire, pour se distinguer du Fils cnique de Dieu, être contingent, être limité, être form4 d'une autre substance que celle de Dieu et marqué du stigmate de la matière. Un autre l'a dit avant moi- l'univers n'est qu'une aumône faite au néant par un Dieu qui est amour.

Nous voici arrivés à la question de' la création de l'univers, et des origines de cette nature que dépasse et modifi? le surnaturel.

§ ^. La création du monde.

Le Dieu impersonnel et pur esprit qui ne connaît ni le temps ni l'espace, se suffit de toute éternité à lui- même. Notre imagination se le représente avant sa création resplendissant de lumière et de félicité dans le silence du vide et, sublime poète, portant en son intelligence l'idée une et multiple du drame immense de l'univers.

Au commencement du temps , qui pour nous se confond avec l'élernilé, Dieu produisit et exécuta cette idée de l'univers par un acte de son bon plaisir. Telle est bien la pensée de nos Saintes Ecritures : dans les visions de St-Jean les vingt-quatre vieillards

chantent devant le trône de PEternel : « C'est par la volonté que les choses ont été créées V »

Voulant appeler à l'existence des choses et des êtres qui auraient des lin}ites et qui seraient soumis aux lois du temps et de l'espace , Dieu ne les a pa* tirés de sa propre substance toute spirituelle, mais i) a créé de toutes pièces, fait de rien leur substance avec leurs formes si diverses.

Je réponds ici en passant à une lettre qu'on m'a fait l'honneur de m'adresser : « Dieu pur esprit ne peut produire de rien la matière, car rien ne naît de rien. » Il est évident que, sans Dieu, le \'\àe absolu restera éterneljeraent vide absolu, car pas de cause, pas d'effet. C'est là l'axiome que nous opposons aux athées qui aimeraient à faire précéder la matière primordiale de quelques milliards de siècles pendant lesquels le vide serait de soi-même devenu le plein. Mais si dans le vide nous plaçons une cause d'une infinie puissance, elle n'est infinie qu'à la condition de faire tout ce qu'il lui plaît, et s'il lui plaît de créer un monde oîi la matière abonde, elle créera la matière dont elle a besoin pour ce monde. Lui dénier ce pouvoir, c'est la limiter; mais limiter l'infini, c'est le nier, c'est nier Dieu.

Disciples aussi dociles qu'ingrats de la révélation, les déistes disent, d'accord avec nous, que le monde a été tiré du néant par un acte de libre volonté. Mais veuillez, messieurs, considérer attentivement tout ce

♦ Apoc. IV, 11.

qu'eraporie avec soi une lelli^ doctrine. Vous ^avez que In nature est souvent appelée le monde de la nécessité par opposition à celui de la liberté ou des êtres intelligents. Par nécessité on entend ici les lois physiques , chimiques et organiques qui régissent les corps avec une autorité absolue, et c'est la fixité de ces lois qui offusque et éblouit la raison dans l'élude du surnaturel. Si ce monde de la nature avait été, comme le veut Platon, formé d'une matière préexistante, éternelle et indépendante de Dieu, l'essence, le nombre et le mode d'action de ces lois auraient été ce que les aurait faits la matière, et Dieu aurait dû les accepter d'elle avec docilité et reconnaissance, sans se permettre de jamais les modifier, car elles n'auraient pas été son bien. Mais il n'en est point ainsi: c'est lui qui les a inventées, et il lui aurait été loisible de les faire autres qu'elles ne sont. Il aurait pu imaginer de tout autres formules pour les combinaisons chimiques, et ordonner que la gravitation agît en raison inverse de la distance simple ou de son cube, et non de son carré. Tout le vaste monde physique de la nécessité repose donc sur le bon plaisir de Dieu, et s'il lui plaît, d'après sa sagesse, d'intervenir dans l'action régulière de ces forces, il ne fait qu'user du droit suprême que tout artiste a sur ses œuvres.

Nous passons à une question que les déistes ne se posent même pas. et que vous allez trouver bien pré-

somptueuse , mais qu'il m'est impossible d'écarter :

Comment Dieu a-t-il tiré du néant l'univers, et sous quelle image devons-nous nécessairement nous représenter son action créatrice ?

Si nous étions platoniciens, la matière étant éternelle, Dieu en serait l'ouvrier, l'architecte.

Si nous étions émanatisles, notre Dieu serait la source d'où coule le fleuve des choses visibles, le feu dont elles sont les étincelles, l'océan qui déborde dans le néant. Ici le monde est de la même substance que Dieu, et cela n'est vrai pour nous que du Fils.

Mais, pour nous, qui croyons l'univers produit par la libre volonté de Dieu, la seule analogie possible est celle du poêle. Le Poëte éternel qui, avant de créer l'univers, en portait le plan complet dans son entendement, a produit au dehors son idée par sa parole. Seulement la parole divine, étant toute puissante, appelle à l'existence des êtres réels, tandis que la nôtre ne crée que des mots : « L'Eternel parle, et la chose est, dit le psalmiste ', il commande, et elle existe. »>

Cependant, il y a sur la terre paroles et paroles. Dans les temps de grandes agitations politiques, on voit de deux orateurs qui disent les mêmes choses devant la même foule, l'un la laisser impassible et l'autre l'électriser. C'est que le second projette avec ses mots comme des effluves de son âme qui leur donnent une vertu extraordinaire. De même Dieu, en

« Ps. XXXllI, 9; CXLVUI, 5.

prononçant son verbe créateur, raccompagne de soi; esprit de vie, et c'est son esprit qui fait de ses ordres des actes, des œuvres, des êtres. « Les cieux ont été faits par la parole de l'Eternel, et toute leur armée par le souffle ou l'esprit de sa bouche '. >•

Vous le voyez, messieurs, les psalmistes répondent à notre question comme le fait la psychologie: Dieii crée par l'esprit et la parole. Moïse, à son tour, est en un complet accord avec les psalmistes. Que lisonsnous au premier chapitre de la Genèse? Que Dieu a créé la terre par huit paroles adressées à la nature et à lui-même, et que son esprit qui planait sur 1rs eaux du chaos, les a fécondées, vivifiées, illuminées et transformées.

Dieu étant la réalité absolue, sa parole ainsi que son esprit doivent être nécessairement des forces d'une énergie infinie. Ces forces sont impersonnelles dans l'Ancien Testament, que j'interroge seul pour ne pas compliquer nos études des mystères de la Trinité. Actives dans la création, elles le seront pareillement dans la conservation du monde, et nous les relrouverons dans le domaine du surnaturel. La parole est l'agent par lequel Dieu commande à la naîure et opère les miracles ; sans l'esprit, l'explication de la prophétie nous serait impossible. Nous les verrons enfin, l'une et l'autre, mais sous leur forme personnelle, s'unir en Jésus-Christ, qui est à la fois la Parole incarnée et TOinl de l'Esprit.

• Ps. xxxm, 6.

Nous avons admis tout à l'henro que Dieu, eu projetant sa parole créatrice, a produit les choses finies hors de lui et de son entendement. Telle est aussi la pensée de M. Simon, qui s'exprime en ces termes : " Dieu est le sculpteur, et le monde est, non l'idée delà statue, mais la statue môme '. »

Le monde vit en effet dans le temps, qui est son ordre de succession, et dans l'espace , qui est son ordre de juxtaposition, et h ces deux litres il est hors de Dieu qui, étant éternel el pur esprit, vit hors de l'espace el du temps.

D'ailleurs, le monde ayant été tiré du néant et non de la substance de Dieu, est par sa substance même étranger à Dieu et hors de Dieu.

Nos saints Livres nous ont pareillement appris à imaginer Dieu dans une lumière inaccessible*, à une hauteur telle qu'il s'abaisse pour regarder, nonseulemenl sur la terre, mais aux cieux '.

Nous dirons donc, avec tout le monde, que de Dieu à l'univers il y a une dL-îtance immense, mais en rappelant toutefois la présence universelle de Dieu. On ne peut parler de Dieu dans le langage du fini sans être constamment obligé de redresser et compléter sa pensée. Au reste, cet abîme qui sépare le fini du Dieu vivant ne nous effraie pas ; car, pour le franehir et pour agir sans cesse sur la création, notre Dieu peut en tous temps envoyer en tous lieux la palole et l'esprit.

* Pag. H7. — » l Tini. VI, 16. — » P». CXIII, 6.

Laissons lierrière nous, messieurs, ces questions de haute métaphysique, et descendons vers ce monde que Dieu (nous Tavons vu) a fondé sur son bon plaisir. J'aurais aimé à admirer avec vous l'empreinte inimitable du Dieu vivant sur le moindre atome, sur tous les êtres doués de vie, sur Thomme; à opposer aux matérialistes les causes finales qui resplendissent à nos yeux dans les forces physiques, dans le système de la nature terrestre, dans tout organisme ; à vous faire reconnaître dans l'univers une idée divine, infiniment complexe, qui a pris corps et vie et s'est comme immatérialisée. Mais je dois me hâter vers mon but, et dans le plan de la création, je ne relèverai que les trois traits suivants, qui se rapportent directement au surnaturel : le but de la nature, les interventions divines dans l'histoire de la terre, et le but de l'homme et de tous les êtres libres.

1« La nature n'a pas son but en elle-même. Le monde physique de la nécessité a été créé en vue des êtres intelligents, la terre eu vue de l'homme. D'où il résulte logiquement (et ceci est d'une haute importance dans notre étude du miracle) que la perfection réside pour la nature, non point dans l'irréprochable régularité de sa marche, mais dans sa conformité à son but, qui (^st au-dessus d'elle V Gardons-nous donc du fétichisme de certains savants qui font leur divi-

• Kant a le premier exprimé ceUe idée dans son Einzig moglicker Beweisyrund %,u einer Démonstration des Daseyns Gottes, 1763, pag. 84 et suiv. Elle a été reprise par Kleuker : Neue Prù-

nilé des lois inviolables de la nature. Reconnaissons bien plutôt que, si elle est faite pour subvenir à tous nos besoins matériels, c'est la perfectionner que de la violenter comme le font à cette fin les hommes par leur travail. De même, quand Dieu la fait servir à leur bien spirituel par des miracles, il ne la trouble et ne la dégrade point, mais au contraire il Thonore. Et, messieurs, cette supériorité du but sur la loi est une de ces idées qui nous sont familières entre toutes. Quel est l'homme dont la vie nous semble la plus parfaite : de celui dont les heures de som meil et de veille, de travail et de repos se succèdent de jour en jour dans le même ordre, ou du médecin, du pasteur et du prêtre, de la sœur de charité et de la diaconesse qui se tiennent nuit et jour au service des autres et vivent dans Timprévu?

2" Il a plu à la sagesse divine de créer la terre très longtemps avant l'homme, et de la former lentement, progressivement, par de nombreuses révolutions, à la suite desquelles apparaissaient à sa surface des êlres de plus en plus parfaits. Le progrès, c'est le temps dirigé vers un but. Le temps, c'est le changement sans fin, la succession sans loi, un devenir aveugle. Dieu Ta discipliné dès son origine et lui a tracé un chemin qui monte, monte toujours jusques à la cime où il l'attire et l'attend. La marche

fung.. dei\. Beweise... des Christenthums, 1787, 1" vol. pag. 313 et suiv.

ascensionnelle qu'il a imprimée à la lerre, franchit du chaos à l'homme plusieurs degrés, marqués chacun par une créalion nouvelle, el ces créations forment un progrès d'une nature particulière qu'un St. Simonien, M. Bûchez, a très heureusement comparé à la série mathématique. Dans la série en effet les chiffres s'ajoutent les uns aux autres suivant une certaine loi, non en vertu d'une force d'évolution inhérente à la loi ou aux chiffres, mais par Pacte lihre et réfléchi d'un être intelligent qui a fixé la loi selon son bon plaisir. Cependant, l'homme est, comme la terre, en marche vers \m but, et, comme elle, il ne s'y avance pas seul et selon son caprice: Dieu lui a tracé la route. Nous ne pouvons donc être surpris de voir cette roule s'élever vers le ciel par une série de créations morales ou de révélations, qui s'ajoute à celle des créations physiques ou des règnes de la nature.

3° Le but assigné à l'homme et à tous les autres êtres intelligents, ne peut être que leur bonheur. Car Dieu est amour, et l'amour, étant le mobile de ses autres perfections, doit avoir été la cause déterminante de la création. Telle est aussi la pensée de M. J. Simon dont nous avons déjà cité l'autre jour les paroles. Dieu est le père du monde et les êtres intelligents sont tous ensemble sa « famille, » selon l'expression de St. Paul*. Il les a faits semblables à

* Eph. III, 15.

lui afin qu'ils pussent être heureux comme lui. Le bonheur, résidanl essentiellement dans Tapprobalion <le la conscience, suppose la liberté, et jamais il n'aurait pu être le partage d'automates de vertu. Dieu a donc composé sa famille d'êtres libres qui par le bon usage de leur liberté parviendraient au bonheur, et, comme il se communique aux autres par son esprit, il ajoute à leur bonheur sa propre sainteté et sa propre félicité en les rendant participant de sa propre nature. Dieu tout en tous ', tel est le but suprême de la création, la cause finale de l'univers, la clôture de rhistoire et notre point de repère à l'horizon lointain dans nos présentes études.

Mais n'y a-t-il pas urie amère ironie à tenir un tel langage sur cette terre de souffrance et de deuil? — Me ferez-vous celte objection, vous tous, messieurs, qui avez eu le privilège d'assister aux récentes conférences de M. Naville? —Je pourrais répondre que le libre arbitre, sans lequel le bonheur est impossible, suppose chez l'être imparfait et fini la possibilité du péché ; que cette possibilité est devenue réalité contre toute raison chez la plus élevée des créatures ; que le père du mensonge a séduit le premier homme et que de sa chute procèdent tous les maux de sa postérité. Je pourrais encore rappeler qu'il nous reste assez de délicieuses joies pour nous faire entrevoir quel Eden eut été la terre entière avec l'o-

• Cor. XV, 28.

béissance et la piété. J'aime mieux toutefois vous adresser celte seule demande : Le murmure n'expire-t-il pas sur nos lèvres à la vue de la croix de Golgotha où Dieu pour ainsi dire se punit lui-même de nos souffrances en livrant à la mort son Fils unique et bien-ajmé?

§ 3, La conservation du monde.

Passons de la création du monde à sa conserv.ilion.

C'est ici, nous le savons déjà, que les déistes nous abandonnent. L'acte de volonté par lequel a été créé leur monde, n'a élé suivi d'aucun autre. Leur dieu a voulu une fois, et il ne veut plus. « La création, d'après M. J. Simon, était complète à sa première minute, et elle avait en elle, à sa naissance, tout ce que les siècles ont développé et tout ce que la suite des siècles amènera *. » Que signiftent ces paroles? De quel développement nous parle-t-on? Ce monde-1;'i n'est-il pas, selon la comparaison du célèbre professeur d'Heidelberg, Rolhe, une boîte à musique qui. sans qu'on la remonte jamais, joue des airs toujours nouveaux, pendant que l'ouvrier écoule ou n'écoute pas, dort ou veille, est présent ou absent? Quoiqu'il en soit, le déisme ne s'est pas amendé depuis Descarles. Il fallait à Descartes un dieu pour donner la

♦ Pag. 235.

chiquenaude à ses tourbillons : il faut aux déistes aiodernes un dieu pour poser et lâcher le ressort dans la matière première ou dans le premier monde. Notre Dieu, à nous, conserve le monde exactement comme il l'a créé, librement, par sa parole et son esprit, avec puissance, sagesse et amour.

Mais quel est le degré de réalité que l'idée du Dieu vivant, qui seul est, nous permet d'attribuer au monde?

Sans doute, si nous contemplons le monde en tournant le dos à Dieu, il nous apparaît en possession d'une vie indestructible et nous semble impérissable. Notre terre est trop massive pour avoir rien à redouter de la dent des siècles, et sur nos têtes les étoiles fixes resteront éternellement à leurs places. Nous sommes alors tentés de dire, avec « les moqueurs des derniers temps» dont parle St. Pierre, que «toutes choses demeurent dans le même état où elles étaient au commencement'. » Nous avons de la peine à nous persuader avec les prophètes que « les cieux et la terre vieilliront comme un vêtement et passeront, « que Dieu seul est éternel et qu'il n'y a d'éternité dans sa création que l'œuvre de notre salut (d'après Esaïe) et les paroles de notre Sauveur (d'après les Evangiles) *.

Mais si nous considérons, à la lumière de Dieu, l'uni-

« 2 Pier. m, 13. - * l>s. Clf, 27-29; Esa. Ll, 6; Luc XXI, 33.

vers, il n'est plus qu'une lampe dont ly flamme fait tache, vacille et peut s'éteindre au moindre vent. Il pst suspendu sur le néant au fil de soie que tient le bon plaisir de Dieu, supporté par la parole créatrice <|ue Dieu répèle sans interruption ' , maintenu en forces,^" vie et santé par l'esprit divin qui l'enveloppe sans cesse de son souffle. Qu'un instant Dieu relire son esprit el se taise , le fil se brise et l'univers tombe dans le néant. C'est là ce que nous concluons logiquement de ridée d'un Dieu qui seul est, et c'est là le langage des Ecritures.

Tous les animaux s'attendent à toi.

Parce que tu leur donnes la nourriture en leur temps.

Tu leur donnes : ils recueillent ;

Tu ouvres la main : ils se rassasient de biens.

Tu cithes ta face : ils sont éperdus ;

Tu retires leur esprit: ils défaillent et rentrent dans leur poudre.

Tu émets ton esprit : ils sont créés,

Et tu renouvelles la face de la terre.

« Ils sont créés de nouveau, « dit le Psalmiste* : Dieu, en leur retirant son esprit, les avait donc fait rentrer dans le néant. Mais, comprenez-vous bien, messieurs, la sublime grandeur de ces paroles? Quand nous cherchons à nous représenter la fin du monde, nous voyons comme Lamartine :

Dans les célestes plaines Les astres, s'écartant de leurs routes certaines, Parcourir au hasard les cieux épouvantés ;

' Hébr. I, 3 (en grec). - - C|V, 27-30. Comp. Job XXXiV, 14. 15: XXXm, i; Esa. XLII, 5,

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