LOIS GÉNÉRALES DU MONDE MORAL
l'anivers. A cette théorie nous n'opposerons qu'un mot, le remords.
La loi de la justice attache le bonheur et la vie au juste usage du libre arbitre, le malheur et la mort à son mauvais choix. La joie est Télément de l'être obéissant et saint comme l'air est celui de l'oiseau, l'eau celui du poisson. Si Dieu faisait vivre dans la joie le méchant, il se contredirait lui-même et bouleverserait tout le monde de la liberté.
« Enfin, les êtres libres qui ont fait le bon choix et se sont atïermis dans le bien . sont non-seulement récompensés selon la justice, mais sont initiés à une vie nouvelle et supérieure par le don de l'esprit de Dieu qui leur communique la nature divine' ellemême et les mûrit pour Téternelle félicité. Cette synthèse des créatures et de Dieu par la communication de son esprit est (nous l'avons dit pag. 96i le but de tout le développement de Thumanité.
Tel est l'ensemble des lois morales qui gouvernent le monde où le premier homme a pris place à l'heure de sa création.
De cette rapide esquisse il résulte que la révélation de Dieu à l'homme, la nécessité de la prière, et l'initiation de l'homme à la vie spirituelle, qui em-
• ^ Pier. I, 4.
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brasse l'inspiration prophétique el la Pentecôte, sont dans rhistoire du surnaturel des faits indépendants de la chute et de la rédemption. Nous les appellerons supralapsaires selon le langage un peu lourd de l'ancienne théologie.
§ 2. L'homme.
Le cadre tracé, dessinons dans le tableau la figure de l'homme.
Dans l'échelle des êtres l'homme est placé entre l'animal, corps sans esprit, el l'ange, esprit sans corps et sans organes , intelligence revêtue d'une simple forme matérielle.
La nature de l'homme est triple : âme, corps et esprit. L'âme ou le moi est par son corps en relation au-dessous de soi avec la nature, par son esprit audessus de soi avec Dieu. Aussi ses devoirs se résument-ils en trois mois : tempérance, justice et piété* ; obéissance à Dieu, empire sur la chair, équité envers ses frères.
A ces trois devoirs correspondent trois sphères d'aclivité : le monde physique qui est à ses pieds et qu'il s'assujettit par l'agriculture , l'industrie et le commerce ; la société de ses semblables ou l'Etat avec ses institutions politiques et avec la culture des
' 1 Tite II, li.
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beaux-arts et des sciences; la société religieuse ou l'Eglise avec l'évangélisation de la terre.
Mais le moi n'est point appelé à se maintenir en équilibre entre la chair et Dieu. Tout fini qu'il est, il a, par un étrange contraste, des aspirations infinies. Il est un arbre qui jette dans le soi de très profondes racines, et qui grandit par-dessus notr-^ atmosphère et la lune et le soleil et les étoiles fixes jusqu'au trône de Dieu.
Avant d'étudier les relations de l'âme avec Dieu, examinons rapidement la domination dfe l'homme sur le monde physique. Elle ne nous laissera pas de doutes sur le but de la nature ipag. 93) et sur le cas que Dieu fait du jeu régulier et immuable des forces physiques.
Dieu a-t-il dit à l'homme : « Lu terre est ta demeure, elle est ta mère nourricière. Demande-lui ce que réclame impérieusement ta vie matérielle. Mais respecte-la: ne réclame d'elle que ce qu'elle t'ofl'rira d'elle-même, et ne t'avise pas de prétendre améliorer et réformer l'œuvre de ton créateur? » — Nullement. L'ordre donné au premier homme ne contient aucune restriction : « Assujettis-toi la terre. >-
Et comment la postérité d'Adam s'est-elle acquittée de cette lâche? Elle a étudié les lois de la nature et lui a ravi ses secrets, pour lui commander en maître, la transformer, l'enrichir de créations nouvelles, lui faire opérer, non sans doute des miracles, mais au moins
des prodiges, et se donner, avec son secours, toute une légion d'ouvriers en fer et en cuivre. Voyez, en effet, nos arbres fruitiers, nos légumes et nos fleurs, nos oiseaux de basse-cour, nos troupeaux. N'est-ce pas !à, au milieu de la nature primitive, une nature artificielle qui dépasse la première en richesses, en éclat, en utilité, et que nous serions presque en droit de dire surnaturelle? Voyez dans leurs laboratoires les chimistes désunir les corps simples que Dieu, semblait-il, avait indissolublement unis, et faire ainsi la découverte de substances qni sont pour l'homme d'un prix inestimable, comme le chlore; ou bien, par des combinaisons de leur invention, créer des corps nouveaux, tels que les plus brillantes couleurs de l'industrie et de la peinture, les agents les plus efficaces de la médecine, la poudre à canon, qui fait traverser les airs avec la vitesse de la pensée à des boulets du poids de 500 kilogrammes. N'est-ce pas là tout un nouveau règne minéral, qui doit son existence à l'homme et s'ajoute à celui de Dieu? Voyez entre les mains de ces mêmes chimistes les puissances de la nature acquérir, semblet-il, des propriétés inouïes: la lumière du soleil se faire peintre de portraits et de paysages, l'électricité doreur d'ustensiles et fabricant de médailles. Cependant, quel étrange spectacle, à l'exposition de Paris, que cette multitude immense de machines, de toutes formes, qui travaillent à la place de l'homme dans les champs, dans les ateliers, sur les roules, sur les fleuves et les lacs et les océans f
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N'est-ce pas là comme un nouveau règne qui s'interpose entre ceux de la nature et celui de l'homme, et qui est formé « d'êtres de seconde main créés par lui, sorti? tout équipés de son cerveau, majestueux quelquefois et terribles, mais loujours dociles serviteurs, accomplissant méthodiquement leur tâche avec la régularité qu'il leur a assignée*? » Voyez enfin, avec le secours des machines, l'homme sortir même de l'élément pour lequel Dieu l'a formé, s'élancer en ballon dans les airs à une hauteur que l'aigle n'atteint pas, et dans le scaphandre séjourner plusieurs heures au fond des mers, tandis que par le chemin de fer il dévore l'espace et qu'il l'annule par le télégraphe électrique !
Mais Dieu, qui nous a délégué un empire aussi immense sur la nature, ne s'en serait pas réservé pour lui-même un infiniment plus grand encore? Quand il nous met en mesure de faire des merveilles pour nous procurer de simples jouissances matérielles, il craindrait de troubler l'ordre régulier des choses physiques et d'opérer de vrais miracles pour sauver nos âmes du péché et leur rendre les joies de l'esprit et de l'éternité? Quoi? la nature qui nous entoure, n'est qu'énigmes incompréhensibles : la société humaine vit au milieu des prodiges d'une nature factice, et l'Eglise seule serait condamnée à n'avoir ni prodiges, ni mystères! Impossible.
* L6« curiosités de Fexposition universelle. Paris 1867.
Nous ne chercherons pas quelles sont les merveilles que rhomme a tirées de ses facultés intellectuelles dans le champ des beaux-arts, des sciences, des inslitulions politiques. Traversant ainsi la sphère moyenne de son activité, nous monterons immédiatement dans celle de sa vie spirituelle et de ses relations avec Dieu.
Ces relations sans le péché auraient été fort simples et pleines d'intimité et de douceur. De la part des hommes : aspiration de Tâme entière vers Dieu, sentiment habituel de sa présence, prière constante appelant son secours et sa grâce. De la part de Dieu : regard d'amour et de paix, action vivifiante, envoi de son esprit de sainteté et de joie. Et sous la pluie des bénédictions divines, la vie propre de l'âme devenant de plus en plus forte, son énergie morale de plus en plus ferme dans l'accomplissement de la loi, sa piété d'autant plus fervente. La plante saine et vigoureuse aurait grandi d'autant plus rapidement et se serait chargée d'autant plus de fruits que le ciel l'aurait inondé de plus de lumière et de pluie.
§ 3. Le péché.
Le péché a troublé l'harmonie qui existait entre la terre et les cieux, et, en détruisant l'œuvre de Dieu, il a créé d'effroyables ruines.