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LE PÉCHÉ

Il a eu pour résultats dans notre cœur, selon notre triple nature: Tintempérance, l'injustice. Timpiété sous sa double forme de superstition et d'incrédulité. Ces trois vices ont engendré dans la société à ses trois degrés : Tidolâtrie ; le despotisme des princes ou des majorités et l'anarchie, ainsi que Taffreux fléau de la guerre, et, plus bas, les misères de Tindigence et du prolétariat^ fégoïsme des riches et la prostitution. Pour tous les hommes le salaire du péché, c'est la mort, que prépare l'innombrable légion des maladies, et qui jette l'âme, nue et désolée, dans le séjour des ombres.

Nous ne pouvons, messieurs, ranger au nombre des lois du monde les désordres du péché. La moyenne annuelle des meurtres, des vols et de tous les autres délits est un simple fait constant, à tel siècle, chez tel peuple, et ne mérite pas plus le beau nom de loi que le cuUe des faux dieux ou les horreurs de la guerre. La mort même de l'homme, d'après nos saints livres, n'entrait point dans le plan primitif de la création : après une longue et sainte vie, nous tous, dont le corps aurait été transfiguré par la divine puissance de l'esprit, aurions monté de la terre au ciel par cette route royale qu'ont suivie seuls Hénoc et Elle , et que le péché a rendue entièrement déserte. Comment, en effet, supposer que le Dieu d'amour, de sagesse et de toute puissance aurait, en créant l'homme, tracé par les tortures de la maladie, les terreurs de l'agonie, la pourriture du cadavre, la route qui

conduirait dans ses bras l'âme sainte violemment dépouillée de son corps? Serait-il possible d'accorder avec sa bonté l'exceptionnelle divergence qu'il y a entre la longévité normale de l'homme, qui est de 80 à 90 ans, et la durée moyenne de sa vie, qui flotte entre 20 (à Bombay) et 51 ans (en Angleterre)? Aurait-on surtout bien le courage de transformer en une loi de la bonne nature ce perpétuel massacre des innocents, où la moitié de nos enfants péril dans les premiers mois de leur existence?

Cependant le péché avait rompu les relations vivantes de l'humanité avec Dieu. De la terre s'étaient élevées dans les airs d'épaisses vapeurs qui interceptaient les rayons de la grâce divine, et dans ces sombres nuages grondaient toutes les foudres de l'infinie justice.

L'homme aurait-il pu par lui-même désarmer son Juge, purifier son cœur, restaurer la société et ressusciter les morts?

Dieu seul le pouvait.

Mais le voudra-t-il ?

Certes, s'il le veut, ce sera bien une intervention surnaturelle et miraculeuse qui ira de pair avec la création.

§ 4. La rédemption.

Mais arrêtons-nous un instant ici, messieurs, et demandons au dieu du déisme ce qu'il veut et peut

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faire pour rhumanité pécheresse. « Le mal étant une des lois fondamentales du monde, ce serait troubler et gâter le monde que d'arrêter violemment la marche du mal. Les imperfections morales et les imperfections physiques sont le milieu où Thomme doit vivre pour le meilleur développement de son âme et de son corps: c'est à lui à lutter et triompher; s'il succombe, c'est sa faute. » Il y a des âmes perdues et point de Sauveur.

Mais comment notre Dieu, qui est amour et de qui l'amour dépasse celui des mères, ne serait-il pas ému de nos souffrances? Notre terre est-elle autre chose qu'un immense champ de bataille où plus d'un milliard de vies humaines luttent en désespérées contre la mort, qui est partout présente et qui partout triomphe et partout égorge ? autre chose qu'un cimetière où s'ouvre à chaque seconde une tombe nouvelle, et qui circule sans relâche autour du soleil dansl'éther empesté ? Et nos cœurs ne sont-ils pas tous des cimetières où sont ensevelis tous nos beaux rêves de bonheur? des champs de bataille où le bien se débat en vain contre le mal qui le surmonte, et la joie contre la souffrance qui rétouffe?Oh! quelle plainte confuse et lugubre s'élève sans cesse d'ici-bas vers Dieu! Indicibles tristesses des pauvres toujours en lutte avec la faim, satiété et ennui des heureux de ce monde : regrets du passé, soucis du présent, craintes de l'avenir ; secrets malaises de tous et remords de plusieurs ; gémissements des malades, râles des agoni-

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sants, sanglots de ceux qui les entourent; cris déchirants qu'arrachent les grands malheurs imprévus î Nous frémissons dans tout notre être en faisant d'inutiles efforts pour nous représenter une telle somme de misères, et Dieu, qui la voit d'un regard et en sait tout le poids, n'en ressentirait nulle pitié !

Dieu voit, en outre, ce monde qui nous est invisible, où les âmes sont réunies en quittarjl « la terre des vivants, « monde (sans le Christ) mille fois plus triste encore que le nôtre, séjour que le soleil ne réjouit point de sa lumière, sombre prison où l'on ne veille ni ne dort, n'agit ni ne se repose, ne rit ni ne pleure, et où l'on attend immobile et muet le dernier jugement.

Mais si l'amour du Dieu vivant veut nous arracher à tant de douleurs, quel moyen inventera sa suprême sagesse?

«• Ces douleurs ont une source unique : le péché. Si le péché était, commH le veulent les déistes, une nécessité de notre nature, leur dieu aurait pu, en dérogeant une fois de plus à son immutabilité, faire entrer les âmes des morts dans des corps moins grossiers et diminuer ainsi pour elles les irrésistibles séductions de la chair. La métempsychose a, de nos jours encore, de nombreux partisans. Mais le péché est un acte de libre volonté: l'arbre créé pour grandir et s'élever plus haut que les cieux a jugé bon de faire descendre toute sa sève dans ses racines, qui ont acquis des dimensions prodigieuses et qui, telles que

de hideux serpents, s'étalent dans les ténèbres sous toutes les boues de la terre. Et cet arbre rabougri se complaît dans son étioleoient et dans sa végétation souterraine. Il y trouve de morbides jouissances et ne comprend plus un autre bonheur. On lui montre le soleil: il en accepte les rayons pour enfoncer ses racines plus avant dans le sol. Le jardinier le menace de la serpe et de la hache : il ne voit, n'entend, ne comprend rien. Comment la suprême sagesse s'y prendra-t-elle pour faire aimer le ciel à une race qui s'est affolée de la terre, et pour ramener à la félicité par la sainteté des êtres libres desquels la volonté pervertie a profondément vicié leur nature?

Ne dites pas que Dieu est tout puissant et qu'il peut tout ce qu'il veut ! Il ne veut que ce qui est saint, c'est-à-dire que ce qui est parfaitement conforme à tous ses attributs ensemble. Or, si dans sa sagesse il a créé l'homme libre, il ne peut vouloir faire violence à notre liberté par sa toute-puissance. Nous sommes ainsi, pour notre ruine, plus forts que lui. Il veut, nous ne voulons pas, et notre volonté l'emporte sur la sienne. Si ce langage vous étonne, je vous citerai celui de Jésus-Christ : « Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et qui lapides ceux qui te sont envoyés, combien de fois ai-je voulu rassembler tes enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes ! ei vous ne V avez pas voulu '.»

« Math. XXIII, 37.

D'ailleurs Dieu est la parfaite justice, et elle ferme la porte du ciel à une race impure comme la nôtre.

Je ne vous ai point encore parlé de la justice du Dieu vivant, parce qu'elle se confond avec son amour tant que le péché n'a point encore apparu. Des enfants toujours dociles ne font pas de distinction entre les récompenses d'un père bien-aimé et les libres témoignages de son affection. Mais la rébellion fait sortir de sa retraite la justice, qui devient la plus apparente des perfections divines.

Justice infinie!... Au premier mot qu'on nous dit de l'amour infini de Dieu, nous déployons nos ailes, et nous nous élançons avec des transports de joie dans ces abîmes où tout n'est que grâce et pardon, que lumière et félicité, et nous poussons notre vol en tous sens, ravis que nous sommes de ne découvrir nulle part des limites. Mais le seul nom de justice nous attriste, nous assombrit, nous épouvante, et nous détournons nos regards de ces abîmes contraires où tout semble ténèbres, souffrances, mort, tourments. En nous y jetant par la pensée, nous pourrions constater qu'ils sont réellement, eux aussi, sans limites, et qu'il est, pour l'endurcissement volontaire, des «peines éternelles.... Dans notre angoisse, nous nous hâtons de prendre un dixième de la justice divine, neuf dixièmes du divin amour, nous les mêlons, et de ce mélange nous faisons sortir le dieu de bonté ou le dieu des bonnes gens. Mais les perfections divines sont et demeurent infinies : elles ne se laissent

point liraiter et tempérer Tune par l'autre, et Dieu n'est saint qu'à la condition de les satisfaire toutes absolument.

Or l'immensilé de nos soutîrances donne la mesure de l'immensité de nos péchés: luxure et ivrognerie, haine et envie, calomnie et médisance, mauvaise toi et larcin, injustices et oppressions, égoïsme et impiété. Plus donc la miséricorde de Dieu découvre dans nos soutîrances de motifs de nous rendre le bonheur, plus la justice de Dieu découvre dans nos péchés de motifs de nous abandonner au malheur. Et ces deux sœurs ont des droits égaux à se faire écouter de leur père.

La justice en a même peut-être de supérieurs. Elle a précipité des cieux dans l'enfer les anges rebelles : comment pourrait-elle, sans ébranler et bouleverser les fondements du monde moral, faire monter de notre terre impure aux cieux une race qui s'est faite ralliée des démons?

Les uns, sans doute, avaient créé le péché, et Satan est le « père du mensonge. « Adam, au contraire, a été séduit, et sa postérité est plus malheureuse encore que criminelle. Mais, s'il y a là un légitime motif à diminuer la peine, il y aurait souveraine injustice à la supprimer complètement.

Voilà, messieurs, jusqu'où nous conduit la notion du vrai Dieu. Nous nous trouvons de nouveau devant le voile du lieu très saint, que nous ne soulèverons qu'un instant. Là. dans le sanctuaire, le Fils s'est pré-

sente devant son Père, le calice de la mort à la main : * Voici, je viens, selon qu'il est écrit de moi dans le Livre des décrets éternels *, » et il s'est dépouillé de sa gloire infinie, et il s'est fait homme, et il est mort sur la croix, et au pied de la croix les deux sœurs se sont entre-baisées. Cinquante jours plus lard, le ciel, fermé par le péché, s'est ouvert aux torrents de l'Esprit de sainteté s'épanchant sur les cent vingt premiers disciples du Crucifié, et l'un des rameaux du grand arbre de l'humanité a poussé à l'instant même des jets merveilleux, et toutes les autres branches, sous l'action de l'Evangile, commencent à se relever quelque peu et à reprendre leur direction première.

Qui exphquera le mystère de la rédemption ? qui en sondera la quadruple perfection? Il est souverainement juste ; c.r le Fils de l'homme, seul membre sain de la famille malade et impure d'Adam, avait confessé au nom de ses frères, par ses souffrances et sa mort, que Dieu les ajustement condamnes à la mort et aux souffrances du corps et de l'âme, du temps présent et des temps futurs. Il est souverainement miséricordieux ; car, en vertu de l'expiation de Golgotha, Dieu pardonne à tous les enfants d'Adam qui croient au Crucifié et se repentent. Il est souverainement puissant; car le Fils de l'homme est le Verbe incarné, source intarissable d'une vie divine qui ressuscite moralement et physiquement la race d'Adam.

« Ps. XL, 8.

Il est souverainement sage: car Dieu a dans la rédemption un moyen de salut que l'univers entier jugeait impossible et qu'il n'aurait jamais imaginé. Ce n'est qu'en salisfaisanl parfaitement les quatre perfections divines, que ce salut pouvait être souverainement saint, et que Jésus a pu dire : « H fallait que le Christ souffrît '. »

Je me hâte de revenir sur mes pas, vers la simple étude du surnaturel. Je ne voulais que vous indiquer comment le mystère de la croix est, à nos faibles yeux, en harmonie avec les attributs que les déistes reconnaissent, aussi bien que nous, à la Divinité.

Indiquons, en terminant, le rapport du suriiaturel de la rédemption au naturel de la création. Ce rapport est d'une telle simplicité que je suis tenté de le formuler en des termes empruntés aux éléments de la grammaire : Deux négations valent une affirmation.

Dieu avait dit: Oui. Satan lui a répondu par: Non. Et à ce lion Dieu oppose son non, qui est la confirmation de son premier oui.

Dieu avait préparé Thomme à la sainteté, et, par elle, au bonheur. Satan a, par sa séduction, entraîné l'homme au péché, et, par le péché, au malheur. Dieu, par sa rédemption, détruit l'œuvre de Satan (selon l'expression de St. Jean ^lou replace l'homme sur la voie de la sainteté et du bonheur.

' Luc XXIV, 25; Comp. Hébr. H, 17; IX, 2.3. — - Jean III. 8.

Je n'entends pas nier que le Dieu de notre salut n'ait par le don de son Fils ajouté immensément à la gloire primitivement destinée à l'homme obéissant, et immensément ajouté à la culpabilité du méchant. Mais il me suffit ici de vous avoir montré comment la rédemption, étant la destruction d'un mal accidentel et la restauration d'un bien primordial, n'a rien absolument de contraire à l'idée du vrai Dieu et aux lois de la logique. Oi^ ne défend pas au médecin de troubler, par le remède le plus énergique, la marche normale de la gangrène, et son intervention ne jette pas le moindre trouble dans la loi delà nature. Il en est exactement de même de la rédemption et de tous les miracles qui l'ont précédée , accompagnée et suivie.

La rédemption a imprimé un caractère tout spécial au gouvernement divin de l'humanité. Sans la chute de nos premiers parents, les nations auraient toutes été bénies de Dieu sans interruption, les individus auraient adressé à Dieu des prières toujours exaucées, et Israël aurait été le plus religieux de tous les peuples. Après la chute et sans la rédemption, Israël aurait été le plus idolâtre des peuples, personne n'aurait jamais fait monter vers Dieu des prières, et les nations auraient été punies selon les lois inflexibles de la justice divine. La rédemption a détourné de notre race les foudres des vengeances

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