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DES JUGEMENTS DE DIEU

est de courte durée et qu'un Dieu juste règne, invisible, des cieux sur la terre.

Les jugements de Dieu sont surtout visibles dans l'histoire des nations, païennes, juive ou chrétiennes, peu importe. Dans leurs temps de décadence et de corruption, où se déchaînent toutes les passions, nonseulement elles se punissent elles mêmes par leurs guerres civiles, leur anarchie, leurs fureurs : mais Dieu les frappe des tléaux de la nature et les livre aux conquérants étrangers qui les oppriment, aux barbares qui les envahissent, les saccagent, les égorgent. Sans doute Dieu ne se montre pas et ne révèle pas par des prophètes ses intentions aux coupables. Mais St. Jean, dans son Apocalypse, nous apprend à^ reconnaître les interventions de la justice divine dans des événements qui rentrent pour l'historien dans le cours ordinaire des choses, tels que la destruction de l'empire romain par les Germains et les Huns, les succès des mahométans, les invasions des Turcs et des Mongols, ou les sanglantes révolutions de notre Europe moderne. L'histoire est une tapisserie des Gobelins dont les anges admirent les dessins et dont nous ne voyons que l'envers.

Dans l'Ancien Testampnt, l'action immédiate de Dieu s'otïre à nous plus apparente que partout ailleurs. Mais ici même on ne saurait indiquer la limite où finit la Providence et commence le miracle. Les jugements de Dieu sur les Ghaldéeris par les Perses, sur Jérusalem par les Chaldé^ns, sur Samarie par les

Assyriens, sur le premier monde par le déluge, ne prennent point un caractère surnaturel pour avoir été prédits par des prophètes, ei la ruine même de Sodome est une révolution géologique qui se distingue aisément des apparitions des anges à Abraham et à Lot.

Cependant la justice de Dieu, comme toutes ses autres perfections, ne se contente pas d'approximations. Elle doit donc avoir son grand jour, où elle rémunérera avec une exactitude mathématique tous les hommes. Ce jugement s'appelle avec raison le dernier, et il est pour les chrétiens la conclusion nécessaire du gouvernement divin du présent monde. Ici encore nous ne voyons rien dans nos croyances qui ne découle très logiquement de notre idée d'un Dieu vivant qui est esprit et qui agit sans cesse.

Nous retrouvons au contraire ici les déistes embarrassés de nouveau dans les filets de leurs inconséquences et de leurs contradictions. Leur dieu, qui ne fait que regarder le présent monde, ne juge et ne rémunère ni les nations ni les individus. Mais les injustices présentes ne peuvent durer éternellement, et elles appellent la venue d'un monde avenir où Dieu les réparera et où les âmes immortelles vivront au ^ein de l'ordre et de la justice. Les déisles nous empruntent donc le jugement dernier. Seulement il est pour eux le seul et unique jugement de l'histoire. Mais si, à les en croire, notre Dieu ne peut agir et juger constamment sans sortir de son immutabilité

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et perdre sa divinité., corament leur dieu jugera-t-il à la fiu des temps sans tomber dans le même péché? N'est-il pas évident que. s'il n'a pu créer l'univers sans déroger, il pourra tout aussi peu, sans déroger, y rétablir la justice? Or. on ne nous cite de lui que deux seuls actes, ce jugement final et la création, et ces actes sont l'un et l'autre un péché ! Leur dieu donc n'est bon à quelque chose que lorsqu'il déroge, et s'il voulait être conséquent et se bien comporter, il ne servirait absolument à rien.

§ 6. L'exaucement de la prière.

Nous nous élevons de la sphère de la providence où Dieu agit selon sa propre impulsion, dans celle de la prière où l'homme le sollicite à agir.

C'est ici que la lutte est la plus vive entre les déistes et nous, et que doit se décider la querelle. Ils peuvent nous dire que la rédemption est un mystère qui ne se discute pas : que les jugements divins sont de simples faits providentiels : qu'ils n'ont pas vu de miracles ni entendu de prophéties. Mais tous nous pouvons savoir si Dieu exauce ou n'exauce pas; càr si ce fait est vrai, il doit se répéter sans cesse el peut se contrôler sans peine.

Exposons d'abord la doctrine chrétienne.

L'homme prie parce que la créature doit à son Dieu adoration et actions de grâces.

• L'homme prie parce qu'il est péclieur et que sa conscience le presse de demander pardon à son Dieu.

L'homme prie parce que, infirme de nature, corrompue par la chute, son âme éprouve le besoin de chercher auprès de la source de toute vie des forces morales pour fuir le mal, faire le bien et supporter l'épreuve.

L'homme prie, parce qu'il vit au milieu de la mort, parmi les maladies et parmi les injustices, et que Dieu seul peut le protéger et le déhvrer.

L'homme prie, parce qu'il aime et qu'il se plaît à intercéder pour ceux qui lui sont chers.

L'homme prie, parce que ses facultés sont des capacités vides qui aspirent à l'infini et que Dieu seul peut remplir, parce que Dieu lui ordonne une sainteté égale à la sienne, parce que l'esprit de Dieu, qui veut se verser en lui, lui fait sentir sa présence et éveille en lui le désir de le recevoir.

En un mot, l'homme cherche la satisfaction de tous les besoins de sa conscience, de son cœur et de son esprit auprès du Dieu vivant, qui le voit, l'aime, le juge et qui l'entoure de son action spirituelle comme le soleil entoure la plante de ses rayons.

Les déistes font à la prière deux objections auxquelles nous avons déjà répondu en traitant du hasard (pag. 107) et de l'éternelle volonté de Dieu. (Pag. 71.)

A nos prières de délivrances temporelles ils opposent les lois de la nature. Mais ils ne remarquent pas

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que nos supplications se tiennent dans les limites de raccidentel. (Pag. 108.) Auprès du litde maladied'une épouse, d'un enfant, nous implorons, non la complète exemption de la mort, mais un délai de quelques années. Dans un naufrage, nous demandons, non point que Dieu nous envoie des anges qui nous portent à travers les airs en un lieu de sûreté, mais qu'il use des mille ressources de sa providence journalière pour nous sauver de la mort.

L'autre objection porte sur toutes les supplications possibles, soit qu'elles aient pour objets des grâces spirituelles, ou des choses temporelles : « Dieu qui connaît l'avenir et qui est amour, a dans sa sagesse déterminé à l'avance ce qui nous est le meilleur, et, en cédant à nos instances, il ne peut changer que pour faire pis, ce qui est le propre d'une nature dépravée '. » Mais (nous l'avons dit pag. 73) il n'y a pour Dieu ni passé ni futur, et sa préscience lui rend présent l'avenir. Que si nous voulons parler notre langage terrestre, nous dirons que Dieu, quand il réglait le gouvernement du monde, a tenu compte de la liberté humaine, et (lu'il a décidé de toute éternité défaire une distinction entre les méchants qui ne le prieraient jamais, et les justes qui le prieraient sans cesse. Cette distinction là, saus laquelle il n'y aurait en Dieu ni justice, ni sagesse, ni miséricorde, est donc une de ces lois immuables si chères aux déistes^

' Simon, pag. ài3.

et ce serait en ne l'observant pas que Dieu jetterait d'immenses perturbations dans le monde moral.

Les déistes n'admettent pas d'autres prières que celles de l'adoration et de la soumission, et font de î l'homme un dieu au petit pied qui se suffit à luimême. Leur morale est celle des stoïciens qui auraient vécu dans une société chrétienne, et elle pourrait, à tout prendre, fort bien se passer de Dieu et de la. religion naturelle *. « Je bénis Dieu de ses dons, mais je ne le prie pas, dit Rousseau.... Je ne lui demande pas le pouvoir de bien faire: pourquoi lui demander ce qu'il m'a donné? Ne m'a-t-il pas donné la conscience pour aimer le bien, la raison pour le connaître, la liberté pour le choisir? Si je fais le mal, je n'ai point d'entrave; je le fais parce que je le veux; lui demander de changer ma volonté, c'est lui demander ce qu'il me demande ; c'est vouloir qu'il fasse mon œuvre et que j'en recueille le salaire. » M. J. Simon développe en les amplifiant ces pensées de Rousseau : qui demande à Dieu la force de bien faire, ne mérite plus le nom d'homme, c'est un enfant, un mendiant, un courtisan -.

Je ne répondrai à M. Simon qu'en lui rappelant « ce besoin ardent que l'homme éprouve de se rattacher à Dieu. » Comment un instinct si puissant aboutirait-il à se passer complètement de lui? Comment, d'ailleurs, qui se recueille un moment devant Dieu ne

' Idem, pag. 104. — - fdem. pag. 333 et suiv.

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