L EXAUCEMENT DE LA PRIÈRE
senl-il pas au moins son infirme nature el n'éprouvet-il pas le désir de demander sans cesse au soleil des esprits ses forces vivifiantes?
Mais à quoi bon celte polémique? On nous affirme qu'en saine logique Dieu ne peut, sans aller à rencontre de son essence, exaucer nos prières, et nous, nous opposons à des raisonnements des faits. La question se réduit donc à celle-ci : Existe-t-il des témoins dignes de créance qui déclarent que Dieu a exaucé leurs prières? S'il en existe, M. J.Simon sera bien forcé par les principes de sa propre théorie de la connaissance, d'accepter des faits dûment constatés, quand bien même ils lui sont incompréhensibles.
Or M. Simon, en niant la possibilité de l'exaucement de la prière, s'inscrit en faux contre le genre humain tout entier. Le besoin de Dieu est en effetsi violent qu'il n'est pas un homme qui, dans un moment de subite détresse, n'appelle à son aide son Dieu. Homère avait dit déjà que « tous les hommes ont besoin des dieux, » et les nations païennes, en désertant la foi primordiale au vrai Dieu, sont tombées, non dans la négation, ni même dans l'oubli de Dieu, mais dans une superstition désordonnée qui leur taisait invoquer douze ou cent ou mille faux dieux pour obtenir de tous ensemble ou de l'un au moins d'entre eux la satisfaction de leurs désirs. Leurs prières et leurs sacrifices, s'adressant à des êtres de néant,
n'obtenaient sans doute pas de réponses ', et aussi ne trouve-t-on que dans les tîctions de leurs poètes des exemples de supplications exaucées. Mais leur persévérance nûême à faire monter vers les cieux leurs appels, atteste l'indestructible puissance de leur foi. Si du paganisme nous passons dans la Terre-Sainte, la vérité nous inonde de sa lumière. La prière devient l'âme du juste, et les récits d'exaucement abondent. Lisez dans le Pentaleuque la vie des patriarches et de Moïse ; lisez surtout celle de David, avec les Psaumes qui en sont le commentaire. David, pendant les dix années qu'il fut poursuivi par Saiil, avait fait en une foule de circonstances l'expérience de la puissante protection de son Dieu. Nul avant lui ne s'était aussi complètement confié en l'Eternel, nul n'avait éprouvé aussi vivement ce qu'il y a de paix et de joie dans une telle confiance. Aussi, que lisons-nous à chaque ligne de ses cantiques? Deux phrases, qui se varient à l'infini : « Eternel, dans ma détresse je crie à toi, délivre-moi. » « Eternel, je t'aime de toutes les puissances de mon âme, car tu m*as exaucé et délivré. » Otez des psaumes de David la foi en l'Eternel qui délivre les justes et châtie les méchants. Que resterat-il? Rien. Mais sa foi est celle de tous les psalmistes qui lui ont succédé jusques au temps du Retour ; celle
' Y a-t-il chez les païens d'autres récits authentiques de prières exaucées que ceux de Xénophon, l'homme le plus pieux de toute l'antiquité? Socrate était, sans la prière, averti à l'avance par son génie de ce qu'il devait ne pas faire.
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d'Esaïe et de Jérémie: celle des vrais Israélites qui, sousHérode, attendaient Tespérance d'Israël. Ecoutez Jésus-Christ., devant le tombeau de Lazare, disant à son Père : « Je savais bien que tu m'exauces toujours. » Ecoutez la primitive Eglise, dont les Actes des apôtres nous racontent l'histoire, et qui aux psaumes des Hébreux ajoutaient des cantiques nouveaux et des odes religieuses. Ecoutez les poètes, chrétiens du moyen âge, de la Réformation, de notre siècle; ou, si vous vous défiez de nos poètes, qui ne chantent pourtant que ce qu'ils ont eux-mêmes éprouvé, ouvrez nos innombrables biographies de pasteurs, de missionnaires, de laïques pieux. Qu'y trouverez- vous? Que Dieu exauce. Mais pourquoi donc vous adresser ; ainsi aux morts quand au milieu de vous, dans cette cité, dans cette salle, sont un grand nombre de vivants qui tous vous répondront d'une même voix, avec la même conviction, avec la même émotion, avec le même amour: Oui. Dieu exauce? Oh t si dans cette assemblée tous les humbles et sincères serviteurs du Christ osaient se lever et vous racontaient leurs prières exaucées, vous seriez comme épouvantés du nombre immense de phénomènes étranges qui se passent à vos portes sans que vous vous en doutiez. Ce que vous appelez des miracles, et ce qui nous semble à nous la chose du monde la plus simple, court les rues (comme Ducis le disait de la tragédie). Or quand sur les mille récits qu'on vous ferait, il y en aurait cinq cents, il y en aurait neuf cents, il y en aurait neuf
cent quatre-vingt-dix, où vous ne voudriez voir que de heureux hasards, de singulières rencontres, encore en resterait-il dix devant lesquels le sophisme même devrait se taire, et il suffirait d'un seul pour renverser tout votre système.
Mais je reviens à David, qui est pour nous le plus brillant représentant de la foi vivante à l'exaucement de la prière. Que dit-il au psaume LXV?
0 toi qui exauces la prière, Toute chair viendra à toi ^
Quoi ? messieurs, ce Dieu de Sion, ce petit Dieu d'un petit coin de terre, dont le grand historien grec, Hérodote, ignorait jusques au nom, ce Dieu deviendra un jour celui de la terre entière... Pourquoi?... parce qu'il exauce les prières, et que c'est à cela qu'on peut reconnaître le vrai Dieu. Si David a raison, le dieu du déisme ne sera jamais celui vers qui accourra toute chair.
Lisons encore les derniers versets de ce fameux psaume XXII, qui commence par ces mots : « Mon Dieu, mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné? » Au milieu même de ses détresses et de ses angoisses, David anticipe sa délivrance et s'écrie :.
Toutes les extrémités de la terre s'en souviendront,
El se convertiront à l'Eternel,
Et toutes les familles des peuples se prosterneront devant toi.
La race future le servira,
' Ps. LXV, 2. i.
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Et l'on parlera du Seigneur d'âge en âge ; 11$ viendront el publieront sa justice Au peuple qui naîtra
Pourquoi?
Parce qu'il Ta fait ^
Parce qu'il a exaucé David, parce qu'il délivra, parce qu'il agit.
Nous cherchions des témoins qui établissent que Dieu exauce, et nous trouvons, avec des myriades de simples témoins, un prophète.
Mais ce prophète niHait-il point un rêveur, un fanatique, que rhisloire aura convaincu de folie?
David vivait mille ans avant Jésus-Christ, et voici que de nos temps, par ces psaumes traduits en cent langues différentes, il chante, en effet, comme il l'avait prédit, Jes louanges du Dieu qui agit et exauce, jusques aux extrémités de la terre et jusques dans des contrées dont il ne soupçonnait même pas l'existence. De la France à Tlnde et à la Chine, du pays des Cafres à la Laponie, de New-York au Groenland et à la Terre-de-Feu, de Otahiti à Madagascar, toute chair se met pour ainsi dire en marche vers Sion pour adorer le Dieu de David, et d un bout de la terre à l'autre les peuples se souviennent du berger de Bethléem qui, dans tous ses dangers, criait à l'Eternel et que l'Eternel délivrait sans larder.
C'est ainsi que s'accomplit sous nos veux une pro-
' Voyez la même espérance prophétique, Ps. XL, 4: LVII; LXXXVl , 9.
phétie qui remonte à trois mille ans, et dont nul critique ne contestera la date et l'authenticité.
Or, messieurs, je vous le demande, en face de ce vrai prophète, en face de ces milliers de témoins hébreux et chrétiens , en face de toutes les nations païennes, est- il possible de soutenir que, d'après les saines lois de la logique. Dieu ne peut avoir égard à la prière ?
Mais quelle prière, messieurs, que ce soupir, ce gémissement, ce cri d'angoisse que l'humanité tout entière fait monter sans relâche vers le ciel! et quelle réponse du ciel à l'humanité, que ce pardon annoncé de la croix par Jésus-Christ à tous les brigands repentants, et que ce don de l'Esprit-Saint, que, ressuscité, il fait à tous ses serviteurs ! Si à Gethsémané il a été le vrai David que Dieu a délivré ^e toutes ses terreurs, il fut sur Golgotha le divin et tout-puissant libérateur de notre race déchue, et la bonne nouvelle de son salut s'est, depuis sa résurrection, propagée par toute la terre. De nos temps, comme au temps où St. Paul était en passage à Troas, les croyants desquels le cœur brûle d'amour pour leur Sauveur, voient dans les visions de la nuit des hommes se présenter devant eux de tous les pays où l'Evangile n'a point encore été annoncé, et les entendent leur dire : « Passez chez nous et venez nous secourir. " Et ils partent, et ils apportent le secours, et les âmes char-
• Act. XVI. 9.