LES MIRACLES SPIRITUELS
gées de péché recouvrent joie, liberté, forces, vie, et elles adorent, et elles prient, et elles sont encore et toujours exaucées.
Voilà ce que fait TEvangile. Quelle œuvre les déistes peuvent-ils nous opposer? Ils constatent l'irrésistible attrait de l'homme pour Dieu. Mais cet instinct, s'il est épuré, redressé, dirigé par leur saine raison, about!t(ils en conviennent; aune religion sans autel, sans temple, sans culte public, sans prières communes, sans relation intime avec Dieu, tandis que la religion chrétienne, dont le culte public ou domestique, individuel ou collectif, repose toui entier sur la foi en l'exaucement, s'abaisse, à les en croire, par cette foi au niveau du paganisme, et atteint aux limites du blasphème! C'est donc par ce qu'ils nomment blasphème qu'on apaise le plus puissant des besoins de l'âme, et par leur vérité qu'on arrive à lui refuser sa légitime satisfaction ! Grâces à Dieu! la religion révélée ne présente pas de telles contradictions !
§ 1. Les miracles spirituels.
La prière de sanctification nous introduit dans la haute et splendide sphère de la vie spirituelle, c'està-dire de la foi, de l'espérance et de la charité. Là nous retrouvons le Dieu vivant de l'histoire et de la nature avec son action constante qui s'élève de loin en loin à la hauteur de l'intervention surnaturelle.
Mais son action a ici pour objet nos âmes immortelles et non plus les nations qui périssent, nos intérêts éternels plutôt que notre existence matérielle et notre bonheur terrestre. Ce monde spirituel a d'ailleurs, comme le monde visible au sein duquel nous vivons, ses saisons, ses temps de semailles et ses temps de moissons, ses mois d'activité et ses mois de repos, ses pluies fécondantes et ses sécheresses, ses calmes plats et ses jours où « le vent de l'Esprit-Saint qui vient on ne sait d'où et souffle où il lui plaît ', » fait éclore des milliers de fleurs aux doux rayons du soleil de la grâce. .
Ce règne de la grâce est une terre inconnue au monde ; car même les Platon et les Aristote comprendraient aussi peu les St. Paul et les St. Jean qu'ils ne seraient eux-mêmes compris d'un Otahitien ou d'un Cafre. Aussi les miracles de la grâce ne peuvent-ils servir d'arguments en faveur de la foi chrétienne contre le déisme qui ne saurait ce dont on lui parle. On en fera peut-être un jour le sujet d'une science spéciale, qui est à créer, la psychologie spirituelle ; mais ils ne rentrent pas dans l'apologétique. Aussi nous bornerons-nous ici à dire quelques mots des seuls miracles de cet ordre-là qui frappent les sens et l'esprit des gens du monde, ceux de conversion.
Sans la chute de nos premiers parents, toutes les âmes seraient entrées dans le monde de la foi par
• Jean III, 8.
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une initiation pleine de douceurs et de joies et plus ou moins lente et insensible. C'est là , aujourd'hui encore, la voie peu fréquentée des St. Jean et des Nathanaël ; c'est la voie où l'éducation chrétienne s'efforce de diriger l'enfance. Mais les ennemis et les persécuteurs de l'Evangile, s'ils n'endurcissent pas leur cœur, sont brusquement arrêtés dans leur chemin de Damas, comme Sanl, par une intervention de Dieu plus on moins miraculeuse, et celte même intervention transforme subitement les plus grands débauchés en des modèles de pureté et de sainteté. Tel John Newton, ce marchand d'esclaves impie et criminel, qui était méprisé même de ses compagnons de débauche et qui est devenu le Fénelon de l'Angleterre. On lit dans sa biographie ces mots : « Une seule de ces conversions prouve la puissance de Dieu d'une manière aussi éclatante que la création d'un monde. C'est évidemment l'œuvre du Seigneur, et elle est merveilleuse aux yeux de tous ceux que n'aveuglent pas les préventions de l'incrédulité '. »
Des miracles intérieurs de la grâce, qui sont le caractère distinctif de l'église chrétienne, nous revenons aux phénomènes surnaturels de l'ancienne alliance : la prophétie, le miracle extérieur et la théophanie. Même d'ordinaire , ces trois faits portent seuls le nom de surnaturels ; mais en étudiant notre
* Vie du rév. John Newion. Paris 1842, tom. l, pag. 7.
sujet sous toutes ses faces, et en tenant sans cesse compte des objections du déisme, il se trouve pour ainsi dire que nous avons épuisé la question avant de l'aborder, et que nous serons très bref sur les points qui seml)lent de loin hérissés de difficultés.
Disons avant tout quelques mots de l'élection d'Israël.
§ 8. Le peuple élu.
Cette élection est en scandale aux déistes : « Celui, disait Rousseau, qui commence par se choisir un seul peuple et proscrit le reste du genre humain, n'est pas le Père commun des hommes * . » Cette objection prouve une bien étrange ignorance des vérités qu'on rejette. Tout le monde ne sait-il pas qu'Abraham n'avait été élu de Dieu qu'en vue du salut de « toutes les familles de la terre, qui seraient bénies en sa postérité » en son descendant, le Messie *? Ne sommesnous donc pas autorisés à répondre à Rousseau que Dieu proscrit si peu le monde païen qu'il n'a pas fait en Israël un seul miracle qui, dans ses décrets, ne tendît au bien de l'humanité tout entière?
« La prérogative des Juifs, a dit St. Paul, est grande en toute manière, surtout en ce que les oracles de Dieu leur ont été confiés ^ »> Et Jésus-Christ avait dit avant l'apôtre: « Le salut vient des Juifs *. « Ce peuple
• Emile, liv. IV. tom. IX, png. 120.— - Gen. XII, 2. — ^ Rom. ni, l, 2. — * Jean IV, 22.
avait eu à tous les siècles de son histoire la conscience à la fois très vive et très humble de sa supériorité sur toutes les nations païennes. Ses prophètes lui avaient appris à rendre gloire de ses privilèges inouïs à la seule et libre grâce à Dieu, et à se rendre compie de son élection gans éveiller et flatter son orgueil national. Car ils avaiei-t le secret, inconnu à tous les autres hommes, de ne rien dire qui ne fût inspiré par un esprit de sainteté.
Moïse disait à Israël : « Quelle est la nation qui a ses dieux près de soi comme nous avons TEternel notre Dieu, et qui ail des lois justes comme toute la loi que je mets aujourd'hui devant vous? Aussi tous les peuples, en entendant ces statuts, diront-ils : « Cette grande nation est le seul peuple sage et intelligent*.»
f Annoncez, disait Esaïe aux faux dieux, annoncez les événements des temps futurs, afin que nous reconnaissions que vous êtes des dieux I Faites quelque chose en bien ou en mal, afin que nous nous en étonnions ensemble el que nous le voyions'. — « Que toutes les nations s'assemblent à la fois, et que les peuples se réunissent t Lequel d'entre eux annoncerait ces choses?.... Vous êtes les témoins ide mes prophéties) dit l'Eternel à ses serviteurs, afin que vous soyez persuadés et me croyez, et que vous sentiez que c'est moi... C'est moi qui ait prédit el sauvé... Vous êtes donc mes témoins \" — « Je suis le premier
' Deut. IV, 6-8. Conip. 16-34 ; XXVI, 19 ; à Sam. Vil, ï!3 ; Ps. XXXIII, 12; CXLVIl, 20;Néli. l\.- * XLl, iS.— » XLIII, 9-13.
et le dernier, et hors de moi il n'y a point de Dieu. Et depuis que j'ai fondé le peuple éternel, qui comme moi a fait des prophéties? Qu'on me le dise et me le mette en avant ^ ! »
Il y a dans les paroles d'Esaïe et de Moïse une conviction si intime, une foi si vive, une reconnaissance envers Dieu si profonde qu'un esprit impartial n'oserait accuser ces prophètes d'imposture. Reste sans doute l'erreur inconsciente, l'illusion, le fanatisme. Mais que les déistes nous expliquent par les seules lois de la nature humaine et de l'histoire comment les Hébreux ont été le seul peuple de la haute antiquité qui ait adoré un seul Dieu, et qui résumât tous les devoirs dans ces mots : Etre saint comme Dieu, et toute la religion dans ceux-ci : Aimer Dieu de toute sson âme ; le seul peuple duquel le Dieu local soit en voie de devenir celui de toutes les nations ; le seul qui ait vécu de siècle en siècle dans l'attente d'un Sauveur et qui, après l'avoir rejeté, le voie conquérir par sa seule parole le monde entier ; le seul de qui les Livres saints soient adoptés par toute l'humanité, par les nations les plus civilisées comme par les tribus les plus sauvages, et deviennent la nourriture spirituelle des pauvres dans leurs chaumières et des grands dans leurs palais, des femmes et des enfants comme des Pascal, des Newton, des Leibnitz, tandis que les Vedas, le Zend-Avesta, les King n'offrent
• XLIV, 6, 7. Comp. XLII, 9;XLV, âl ; XLVI, 10.
qu'un médiocre intérêt à quelques rares érudils! Que les déistes nous expliquent encore comment ces mêmes Hébreux ont pu jouer dans l'histoire du monde le premier rôle, quand tous leurs frères et parents, Tduméens, Kédaréniens, Madianites, Ismaélites, Ammonites, Moabites, ont été de vraies nullités, et comment Israël, géant dans une famille de nains, se survit à lui-même et se trouve être le seul peuple de la haute antiquité qui ne peut périr! Mais rien peut-être n'est plus surnaturel dans l'histoire des Hébreux que leurs prophètes et que leur littérature prophétique.
§ 9. La prophétie.
Le déiste, qui nous concède la possibilité du miracle, ne peut nier celle de la prophétie; car il admet avec nous le plan divin de l'univers, et Shakespeare, assistant à la représentation de Macbeth, n'aurait pas été gêné de dire à ses voisins, dès la première scène, comment finirait son drame.
Mais on oppose aux prophètes de Jéhova ceux d'Apollon et de sa pythie à Delphes, et à l'Apocalypse de St. Jean certains apocryphes d'Esdras, d'Hénoc et des sibylles. — Ces apocryphes comprennent d'insipides fictions ou des prophéties mensongères, que personne n'aurait le courage de relire une seconde fois. Ces oracles...., nous n'en possédons qu'un petit nombre ; mais quelqu'un en a eu dans les mains la col-
lection complète, et ce quelqu'un était un païen, une âme honnête qui cherchait la vérité sans parti pris et n'avait aucune propension à l'esprit fort, Cicéron. Or que nous dil-il de ces fameux oracles? « Qu'ils sont ou faux ou inintelligibles ou équivoques, et que s'il en est qui se sont vérifiés, ce n'est que par un pur hasard *. » Autant vaudrait comparer à Esaïe les Centuries de Nostradamus !
On veut que les prophéties bibliques aient été rédigées après les événements qu'elles sont sensées prédire. — Qu'on explique ainsi l'histoire» qu'Esaïe nous trace de l'Egypte depuis les temps de Psammétique jusques à l'introduction du christianisme, jusques au rétabhssement final des nations ! Qu'on explique ainsi les oracles de Zacharie, que confirment et illuminent d'âge en âge les destinées des Juifs, ou ces admirables visions de Daniel, si clairement commentées dans votre cité par une de vos gloires les plus pures ! Qu'on essaie de faire vivre le Daniel du temps de Nébucadnésar ou celui du siècle des Macchabées après le monstre romain, après les dix royaumes miromains, mi-germains du moyen âge et des temps présents, après l'antichrisi, qui n'a pas encore paru!
Les livres prophétiques de l'Ancien Testament , nous dit-on enfin, ne renferment que de brillantes espérances et d'heureuses prévisions. — Mais les prévisions et les espérances sont de tous les siècles et de
' Du divin, II, 56.
tous les pays. Quon nous montre donc en Chine, en Inde, en Assyrie, en Egypte, en Grèce, à Rome, chez les Celtes, les Germains, seize écrivains qui, animés d'un même esprit de sainteté, ont prévu le même avenir, se complétant sans jamais se contredire! Fouillez, messieurs, dans vos souvenirs, cherchez quelque part hors de la terre de Jéhova un hvre, un seul livre à comparer à Esaïe î Est-ce la Republigue du divin Platon avec sa communauté des femmes? Sont-ce les Harangues du magnanime Démosthènes , de qui toutes les espérances ont été, de son vivant même, démenties par l'histoire? Cherchez, messieurs, car il y a quelque part un écrit dont l'incrédulité pourrait tirer parti contre nous, et qui est connu en Europe depuis 1770. Voltaire et Rousseau auraient pu encore s'emparer de cette arme, mais ils ne l'ont pas découverte ; Strauss et Renan n'ont pas été plus adroits, et il y a quelque générosité de ma part à vous mettre ainsi sur la piste. C'est l'Invariable milieu de Confucius, le livre sans contredit le plus extraordinaire de toute l'antiquité païenne. Mais les espérances les plus nobles et les plus hardies ne valent pas une seule de ces prédictions qui abondent dans nos saintes Ecritures.
Je vous déclare, messieurs, qu'il m'est absolument impossible de comprendre comment on peut loyalement résister à l'argument tiré de la littérature prophétique des Hébreux : tant elle me paraît radicalement, essentiellement, absolument différente de tou-
les celles des peuples païens et même chrétiens. Mais, pour sentir la force de cette preuve, il faut sans doute prendre la peine d'étudier ces écrits et d'en sonder les profondeurs. On y trouve une appréciation si saine, si complète, si pénétrante des temps présents, des résumés si succincts et si vrais des temps passés, des tableaux des temps futurs à la fois si conformes aux grandes lois de l'histoire et si précis dans les détails, un tel amour pour les hommes qui méprisent les menaces et les promesses divines, une foi si vivante au Dieu vivant, un tel oubli de soi-même, un tel esprit de sainteté, que tout juge impartial s'écriera : Jamai les plus grands génies du monde païen n'auraien parlé comme font ces prophètes I
J'hésite à poursuivre; car vous allez me reprochei de vous jeter en pleine théologie, et pourtant je dois, d'une pari, vous faire connaître à l'avance les trois classes de prophètes hébreux que nous verrons se succéder les uns aux autres dans notre prochaine conférence, et, d'autre part, vous indiquer comment la prophétie s'élève par des transitions insensibles de l'inspiration ordinaire des simples croyants à une vue vraiment divine de l'histoire.
Il y a dans la prophétie deux éléments très différents : a) le surnaturel de la révélation extérieure, visible, sensible, objective; la théoplianie avec la parole qui fait connaître aux hommes de Dieu les mys-
1ère de Tavenir et du ciel, et b) le suniaturel, tout intérieur el subjectif, de l'esprit qui met au cœur des prophètes des pensées et des sentiments, des cantiques, des discours surhumains.
Ces deux éléments peuvent se combiner de trois manières différentes: révélation sans inspiration, inspiration sans révélation, révélation et inspiration.
De là trois classes de prophètes', qui se sont succédé dans l'ordre suivant : le voijaiit qui ne parle pas, le iSABi qui parle sans vision, et le khozeh, ou le visionnaire extatique avec de sublimes discours.
Le voyant est réceptif, passif. Dieu se montre à lui, et lui révèle, soit ci une immense distance dans l'avenir et sous une forme indistincte, le Messie et son œuvre, soit un fait plus ou moins important de l'histoire contemporaine. Le voyant regarde et écoute sans tomber en extase, et répète fidèlement ce qu'il a vu et entendu, sans y rien ajouter: il n'y ;i sur ses lèvres ni cantiques ni discours. Tels, dans un certain sens, Abraham, Isaac et Jacob; Josué ; tels surtout les prophètes du temps des Juges, et Samuel ; tels encore Nathan ou Ahija *.
Le nabi, c'est-à-dire celui qui épanche à flots, comme une source abondante, des paroles surhumaines, est inspiré de Dieu; mais il peut ne l'avoir point vu et n'avoir ainsi reçu de lui nulle révélation nouvelle. L'esprit de Dieu lui rend vivantes, ou (dans le langage
' 1 Chron. XXIX, ^9, daiu^ l'hébreu.— '- 1 Sam. IX, 9 ; 1 Ghron. IX, 22; XXIX, 29.
IL FAUT CHOISIR. ii
162 LE SURNATURE!..
de l'école) lui assimile les révélations faites antérieurement au peuple élu et aux patriarches du premier monde, eHui remplit le cœur de sentiments tout nouveaux, qu'il exprime à Dieu dans de divins cantiques, ou aux hommes dans des discours d'une sainte éloquence. Ce qui distingue ces discours et ces cantiques, c'est la pensée toujours présente de la grande loi de la justice divine délivrant les uns et punissant les autres; c'est une vive reconnaissance pour l'élection éternelle que Dieu a faite d'Israël ; c'est l'espérance, plus ou moins puissante, du règne futur de l'Eternel et de son Oint sur toutes les nations. Le prophète se meut au milieu de vérités générales, et les simples prévisions du pieux Israélite se confondent ici avec les divines inspirations du serviteur de Dieu.
Enfin, la révélation, toute objective, et l'inspiration, toute subjective, se font équilibre et s'unissent dans l'esprit des prophètes que les Juifs honorent d'un titre glorieux pour lequel nous n'avons malheureusement d'autres termes correspondants que ceux , assez équivoques, de visionnaires et tV extatiques. Ce sont ceux qui nous ont laissé leurs oracles et leurs discours par écriî.
Etudions maintenant dans ces livres, ainsi que dans les Psaumes, tous les degrés par lesquels l'action constante et habituelle de l'esprit de Dieu s'élève jusqu'à l'intervention la plus surnaturelle :
LA PROPHÉTIE. Iti3
1" Ce ^ont, d'abord, de simples cantiques de cris d'angoisse, d'actions (le grâces, d'adoration, d'enseignements, tels que le très grand nombre des psaumes. Ou ce sont des discours de censures et de menaces, d'encouragements et de promesses, sans prédictions précises. Ils abondent dans Osée ainsi que dans Jérémie. sont fréquents encore dan.< Amos et Esaïe, devieniient rares dans Ezédiiel et Zacharie, et font défaut dans Daniel.
2^ Viennent ensuite les prophéties formelles de faits particuliers, miraculeux ou providentiels, qui auront lieu à une date très rapprochée, tels que la ruine de l'armée de Sennachérib dans le livre d'Esaïe, la prise de Jérusalem par Nébucadnésar, les soixante et dix ans de captivité de Babylone dans Jérémie.
3"^ Les prédictions à prochain accomplissement nous conduisent, par de nombreuses transitions, à celles qui ont pour objet le Messie souffrant, qui meurt et ressuscite, et le Messie glorieux, rétablissant partout le règne de la justice et de la paix.
4^ Le discours prophétique, qui abonde en métaphores, aboutit, par divers degrés, à la visiou. La métaphore, si elle devient (ixe, stéréotype, prend le nom de symbole. Si elle sert de lexte à un long développement, elle produit l'allégorie, comme celle de la vigne dans Esaïe, de l'aigle et du cep, du lion, des deux sœurs dans Ezéchiel. L'allégorie se transforme à son tour en un acte que le prophète accomplit sous les yeux de ses contemporains: tel est le mariage d'Osée
164 LE SUKNATUREL.
avecGoit.er, k* vase brisé par Jérémie, le champ qu'il achète à Anatholh, ou la maladie d'Ezéchiel. Enfin, la vision peint aux yeux du prophète, dans Textase, au moyen des symboles ce que, dans l'inspiration, il aurait exposé par une allégorie ou par un simple discours. L;i vision a l'immense avantage de résumer en un seul tableau toute une période, d'en mettre en relief le caractère distinctif et d'en marquer nettement la place dans la chronologie de l'avenir. La révélalion objective et divine prévaut dans la vision, et lui donne cet aspect étrange qui surprend et captive le lecteur. La prophétie orale porte au contraire beaucoup plus le cachet de l'individualité humaine.
5» La prophétie s'élève à son plus haut degré de clarté quand l'avenir s'offre au voyant aussi dégagé de symboles et de voiles que le passé. Daniel y atteint dans son récit des alliances et des guerres des Lagides et des Séleucides ; Zacharie, dans son tableau du retour final des Juifs et des derniers événements de notre âge: Esaïe, dans son célèbre évangile: St. Jean, dans sa description du règne de mille ans, et peutêtre Ezéchieljdans ses chapitres de l'invasion deGog et de la description du temple. Mais Jésus-Christ est le seul qui, en parlant de l'avenir, prend toujours le style de l'historien.
§ 10. Le miracle proprement dit.
Qui croit en Dieu et nie la possibilité du miracle,
LE MIRACLE PROPREMENT DIT. Ifi5
esl fou à lier, a dit Rousseau en des termes dont nous lui sommes fort reconnaissants. (Pag. li^.;
A la réalité des miracles bibliques, les déistes font une foule d'objections, que nous allons passer rapidement en revue.
Nous ne reviendrons sur celle qu'on tire des lois fixes de la nature, que pour rappeler ce que nous avons dit du plan éternel de l'univers ipag. 71) et pour expliquer la vraie nature du miracle.
Si Dieu voit d'un ^nl coup d'œil, sans succession dans la pensée, lous les temps de la création, il a connu, avant que rien ne fût dans l'espace, l'histoire de la terre et celle de l'humanité, et comme l'humanité esl le but de la terre, il aura disposé d'emblée toutes les causes secondes de la nature en vue de son gouvernement moral de notre race et de son œuvre de rédemption. Il y a donc un fond de vérité dans l'hypothèse d'une harmonie préétablie entre les crises de notre planète et celle de l'humauité : entre l'époque du déluge et celle de la corruption totale des antédiluviens ;, entre les dix plaies d'Egypte et l'exode d'Israël ; entre le séjour du peuple élu au désert ou son entrée en Canaan et les miracles du Sinaï ou ceux du Jourdain et de Jéricho ; entre l'ordre de Josué au soleil et à la lune et un ralentissement extraordinaire de la rotation de la terre, de laquelle la tradition s'est conservée en Grèce, en Amérique^ aux îles Sandwich,
' Histoire de la terre d'après ta Bible et la géologie, pag. 158 et suiv.
en Chine et en Inde; entre certaines pestes et Porgueil de David ou l'invasion de la Terre-Sainte par Sennachérib ; entre l'idolâtrie d'Achab et la sécheresse dont Elie frappa la Judée. Par cette vue éternelle de Dieu, que nous nonomons préscience, rien n'est ôlé à refficaco de la prière de l'homme, ni à l'action immédiate de la Divinité ; mais la théorie du miracle se concilie mieux avec l'immutabilité du Créateur. Ce que nous voyons apparaître de ses secrets successivement dans notre bas monde, se trouve être la manifestation progressive d'une volonté pour laquelle le temps n'existe pas, et ce qui est pour l'homme un phénomène imprévu et merveilleux, est pour Dieu un détail de son plan éternel de l'histoire.
Le miracle, d'ailleurs, intéresse aussi peu le monde physique que le font nos télégrammes ou nos fabriques de produits chimiques. Il fait partie intégrante de l'œuvre de rédemption, qui n'a rien de commun avec l'attraction ou l'électricité, et il tend à Jésus- Christ, qui est au-dessus, non -seulement de la nature, mais même de l'humanité issue d'Adam. Jamais miracle n'a réparé, par exemple dans le système solaire, quelque désordre que par impossible auraient causé telles ou telles causes physiques. Vous connaissez, messieurs, les variations séculaires des mouvements des planètes et de leurs satellites. Ces variations sont, chacune, comprises entre des limites qu'elles ne sauraient franchir, et la stabilité du système n'en est nullement compromise. Le système se-