‹ Il faut choisirChapitre 2 sur 46 · XLIX · texte numérisé non relu

XLIX

embrasser d'un regard son œuvre dans l'espace ! il y aurait certain détail de son œuvre qui échapperait à ses yeux et à sa^olliciiude ! il ne saurait plus quel est, là-haut, tel astre et ici-bas, tel insecte, qui seraient pour lui des êtres inconnus et (sps objets de surprise ! Ou l'Auteur du grand drame de l'univers oublierait à la longue, dans la série des âges, les premières scènes qui auraient été exécutées, et serait hors d'état de dire quel est l'acte de sa pièce qu'on représente à cette heure? Non, non, messieurs, dans le ciel comme sur la terre l'œuvre ne déborde pas l'ouvrier, elle n'est même pour lui qu'un jeu. Le génie de Racine se jouait en créant Athalie: la Sagesse infinie se jouait (ce n'est pas moi qui le dis, je ne fais que répéter ce que Salomon ' m'a appris) , se jouait en créant l'univers. L'univers qui pour nous, êtres finis, nous semble infiniment grand, n'est pour Dieu, esprit infini, qu'une sphère d'un empan de diamètre-.

C'est là ce que l'Eternel, il y a trente-trois siècles, avait révélé à Moïse quand il s'était défini lui-même par ces mots à jamais mémorables : Je suis celui qui suis^. Dieu seul est, toutes ses créatures ne font qu'exister. Dieu seul est, elles ne sont devant lui que néant. Ces néants ne subsistent que parce qu'il leur a fait l'aumône de l'existence et qu'il lui plaît de ne pas leur retirer sa faveur. S'il reprenait à lui son souf-

* Prov. VIII, 30. — * Ks. XI, 12, trad. de Perret-Gentil. — Ex. III. U.

fle qui les fait vivre, elles s'évanouiraient comme un rêve'.

En la sainte et adorable présence de ce Dieu, devant qui, disait Esaïe ^, toutes les nations sont comme n'étant pas, nous nous adresserons à tous ceux qui dans cet auditoire ne partagent pas nos croyances, et nous leur demanderons avec les paroles de Moïse, du Psalraiste, des Prophètes: « Qui est semblable à Jéhova parmi les dieux forts? Qui est comme lui magnifique en sainteté ' ? Quel est le dieu fort dans le ciel et sur la terre qui fait les œuvres que fait l'Eternel et dont la puissance puisse être comparée à sa puissance*? Qui ne te craindrait, ô roi des nations? car cela t'appartient*. Seigneur I toutes les nations que tuas faites, viendront et se prosterneront devant loi et glorifieront ton nom®. >» Déjà s'ébranlent aux extrémités de l'Orient les nations, qui sentent trembler sur leurs têtes les temples de leurs faux dieux ; déjà commence leur sortie de la terre idolâtre et leur entrée dans l'Eglise ; déjà nous les voyons se prosterner devant le Christ et glorifier leur Dieu Sauveur. Sans doute nos vieilles nations chrétiennes, suivant les prophéties, s'apprêtent à bri.ser leurs fers et à secouer leurs chaînes '. Mais qu'on nous dise, si l'on ne veut pas s'abîmer

♦ Ps. CIV, 29, 30. — * XL, 17. — ' Ex. XV, 11. — * Deut. ill, 24. » Jér. X, 7. — « Ps. LXXXVI, 8; Comp. LXXXIX, 7, 9; LXXI, 19 ; XXXV, 10. Ks. XL ; XLIV, 6-8 ; XLIII , 8-13. 2 Sam. Vil. 22. — ' Ps. II.

dans ralhéisme, quel dieu l'on a découverl qui soil plus Dieu que le nôtre? Mais qu'on nous dise comment ces Hébreux, qui étaient les frères des Ismaélites, des Madiaaites, des ïduméens, des Moab!tes,des Ammonites, ont adoré un Dieu devant lequel se prosternent toutes les nations et s'humilient les Newton et les Leibnitz, tandis que les dieux de tous ces peuples leurs rivaux n'ont pas laissé dans l'histoire la moindre trace de leur existence! Que si, réduit au silence sur le terrain de l'hisroire, on se réfngie sur celui de la philosophie, qu'on descende dans les catacombes de la raison humaine où dorment le dieu-paude Tha lès. le dieu-feud'Héraclile, le dieu-nombre de Pythagore, le dieu-ouvrier de Platon, le dieu-moteur d'Aristole, le dieu-monde de Zenon, et qu'on nous dise lequel on compte ressusciter pour l'opposera Jéhova! Ou si, tiers des progrès de l'esprit humain, on fait appel à la philosophie moderne, qui a du reste largement profité des lumières dp la révélation, qu'on choisisse entre le dieu de Descartes que Pascal a rendu célèbre par sa chiquenaude, ou le dieu-substance de Spinoza, ou le dieu-moi de Fichte, ou le dieu-indifférence de Schelling, ou le dieu-raison de Hegel, et qu'on ose avec l'un ou l'autre de ces dieux morts et enterrés et oubliés tenter une lutte sérieuse avec notre Dieu! Que si enfin on nous oppose le dieu de Rousseau et de Voltaire, le dieu de Kant et de .1. Simon, Thistoire à la main nous établirons qu'il est le Dieu de la révélation dépouillé d'une partie de ses

attributs, réduit à l'étal d'un être borné, et privé par là de ses droits à la Divinité. Pour nous, nous déclarons que ridée que nous avons de Dieu, dépassant toutes les facultés de l'âme humaine, ne peut être une invention de la raison, et qu'en effet celte idée nous a été révélée de Dieu même par l'entremise de ^es prophètes.

Aussi nous est-il impossible de traiter le Dieu qui est notre Docteur et notre iMaîlre, avec la désinvolture des libres-penseurs et des esprits forts qui lui font la leçon, le critiquent elle morigènent à plaisir. Nous ne lui dirons pas : « Nous comptons bien sur la bonté pour être à notre mort tous admis dans les joies du monde à venir. Mais il ne nous plaît pas que lu nous sauves comme on prétend que tu le fais. Ainsi nous ne vouions pas que tu parles et que lu te révèles par ta Parole : tu es un dieu muet. Nous ne le permettons pas davantage d'avoir un Esprit qui communique à notre esprit de ta sainteté, qui opère des miracles et ressuscite les morts. Tout infini que nous te nommions, nous n'entendons cependant pas que ta justice soit infinie, et nous rejetons formellement le sacrifice sanglant de la croix. D'ailleurs Jésus qu'on dit avoir été ton fils, était un simple homme dont nous n'acceptons la morale même que sous bénéfice d'inventaire: »

Les libres-penseurs ! Au risque de froisser quelque peu leur amour-propre, — je ne le ferai pas sans me

souvenir que pendant de longues années je me suis vanté d'être de leur parti, —je les comparerai à des enfants que leur mère envoie de bon malin à l'école, mais qui s'arrêtent à tous les buissons du chemin, et finissent par courir à travers champs vers la forêt voisine, d'où ils viennent en secret piller les fruits du jardin de leur instituteur. Ils sont pleins de pitié pour leurs camarades qui se soumettent servilement au joug de la discipline, et ils peuvent à bon droit se nommer de très libres écoliers. Mais viennent les examens : pour qui seront et les prix et les applaudissements du public et les baisers de la mère ?

Les esprits forts! Oui, forts à la manière de ces mêmes enfants qui, dans la forêt où ils se sont réfugiés, décident dans leur haute sagesse, que le système d'éducation qu'on suit avec eux est détestable, que leur père n'y entend rien, et que désormais ils s'élèveront eux-mêmes selon leurs lumières et selon leur libre volonté.

Pour nous, dans le vif sentiment de notre néant el dans la douloureuse conviction de notre état de chnte, nous rendrons grâces au seul vrai Dieu de notre rédemption et de notre salul: nous sonderons de ses mystères et de ses œuvres ce qu'il Lui a plu de nous révéler; nous passerons la tête baissée et en silence à travers les ténèbres dans lesquelles II se cache à nous, et, en tout temps, nous l'adorerons à genoux, unissant ici-bas nos voix à celles des archanges et

des séraphins qui de leurs ailes se couvrent la face et chantent s;<ns se lasser devant son trône : « Saint, saint, saint est TEterne) des armées t tout l'univers est plein de sa gloire*. »

' Es. VI.

Messieurs,

Voici quatre mois que j'avais pour la première fois l'honneur de parler en public dans celle cité. L'attention pleine de bienveillance avec laquelle on avait paru m'écouterja élé pour moi un puissant encouragement à ne pas reculer devant l'appel, aussi honorable pour moi qu'imprévu, qu'on a bien voulu m'adresser. Je l'ai accepté en comptant sur votre indulgence, et vous ne tromperez sûrement pas mon attente.

Je laisse, messieurs, à de mieux autorisés que moi la lâche ardue d'éclairer devant vous, sous toutes leurs faces, les plus hauts problèmes de la philosophie. Mon

* Les quatre conférences sur le déisme ont été données à Genève les 28 et 31 janvier. 4 et 7 février 1868.

intention est simplement de m'entretenir avec vous de mes convictions et de vous les exposer sans la moindre prétention à l'éloquence. Je vous ai précédés à peu près tous dans le sentier de la vie ; aussi puis-je, ce me semble, vous parler avec confiance de ce que je crois, de ce que je sais être la vérité, et je le fais avec un secret plaisir; car il y a, dans la vie des individus comme dans celle des peuples, un âge avancé où l'esprit, ayant terminé son travail, ressent comme le besoin d'en communiquer les résultats aux autres. Quand nous avons éprouvé pendant de longues années nos convictions à la pierre de touche de la vie; quand nous les avons vues, au souffle glacé de la souffrance et du deuil comme au riant soleil du bonheur, s'enraciner dans les profondeurs de notre âme et s'élever toujours plus vers le ciel ; alors il est doux de s'en entretenir avec des frères, et de dire aux uns : « Réjouissezvous avec moi, certainement nous avons trouvé le Sauveur; » et aux autres: « Venez et voyez si Celui qui nous a sauvés n'est pas le souverain bien que vous cherchiez inutilement ailleurs. Venez, car ce bien suprême, qui doit être à la fois vérité, sainteté et joie, n'est point sur les cimes du Mont-Blanc, ni même au sommet du Salève. Il est tout près de nous et. St. Paul le disait aux Athéniens, nous n'avons qu'à étendre la main pour le saisir. Son vrai nom, c'est Dieu, et Dieu nous entoure de toute part. » Il est présent partout, Il l'est ici à cette heure, et, si je l'osais, dans le sentiment que c'est de lui que nous viennent nos moindres désirs d'être utiles à nos compagnons

de route, et qu'il se plaît à faire son œuvre avec les choses les plus faibles, je lui dirais : 0 Dieu, toi qui veux que tous les hommes soient sauvés, bénis ce soir mes paroles pour une au moins de ces âmes droites et sincères qui ne l"ont pas encore trouvé !

§ 1. Le déisme.

Le sujet que je viens ce soir examiner avec vous, messieurs, c'est \v surnaturel. Vous êtes sans doute surpris de me voir aborder à mon tour une question qui a été déjà discutée devant vous par M. E. Naville ' avec une supériorité à laquelle rend hommage l'Europe entière. Je pourrais me borner à vous dire pour toutn excuse que, le surnaturel étant parmi les prolestants la grande préoccupation du jour, je n'avais à tout prendre pas à choisir. Mais pourtant j'ai une meilleure réponse à vous faire: Genève n'est-elle pas à la fois la cité de Calvin et la patrie de Rousseau, hfoyer romand de la Réformation et sur le continent !<■ berceau du déisme? Or Rousseau, dans sa Profession de foi d'un vicaire savoyard, et surtout dans ses Lettre,écrites de la montagne du Val de Travers et dirigées contre le Conseil de Genève, a rejeté le miracle et la

' Vie éternelle, 5» discours. — Voyez sur ce même sujet: Le miracle dans la vie du Sauveur. Discours par L. Bonnet, — et les lieux conférences, toutes récentes, de M. Godet: Le surnaturel et Les miracles.

IL FAUT CHOISIU. 3

prophétie avec une al^ndance de sophismesqni aurait emporté dans ses flots la foi des descendants spirituels de Calvin, si les saintes Ecritures, sur lesquelles elle repose, eussent été un livre humain. Où donc serait-il plus opportun d'étudier sans se lasser le surnaturel, que dans cette ville qui compte toujours parmi ses enfants de nombreux disciples de Rousseau?

Le déisme sera notre unique adversaire. Nous délimitons ainsi nettement le champ de la discussion, d'oîi nous écartons et le panthéisme et le niatérialisme. Ces deux philosophies nous contesteraient l'existence même du Dieu personnel, et l'on n'engage pas une controverse sur le caractère, les mœurs, les exploits d'un héros avec des gens qui, d'emblée, prétendraient qu'il n'a jamais vécu. Les déistes, au contraire, nous accordent la présence éternelle du Dieu vivant, qui aurait au moins la puissance de faire des miracles : s'il n'en fait pas, c'est qu'il ne le veut pas, et s'il ne le veut pas, c'est que son immutabilité ne lui permet pas de le vouloir.

La discussion aurait été aussi pénible avec les athées qu'elle est facile et agréable avec les disciples de J.-J. Rousseau : on est de part et d'autre d'accord sur les principes ; les armes sont égales, et l'on neut vider la querelle enjeux ou trois passes d'épée.

Avant d'engager le fer, nous ferons, si vous le voulez bien, plus ample connaissance avec les déistes.

Leur arbre généalogique remonte, par delà l'ère chrétienne, à l'illustre Aristole, dont le Dieu est Flmmuable par excellence. Nous conaptons parmi leurs ancêtres: un Gaulois, Pelage, au t^mps île St. Autruslin; un Breton, Abélard, au temps de St. Bernard; un Italien, Socin, au temps dp Calvin. Mais si Pesprit du déisme animait déjà ces trois grands personnages, il ne s'est montré sous sa vraie e[ détinilive forme, en Angleterre, que chez le pieux Herbert de Cherbury, et sur le continent, que chez le Genevois Rousseau.

Ame ardente lancée sans boussole dans une société incrédule et dissolue: cœur épris d'amour pour la vérité, la liberté, le bien de Thumanilé et constamment trompé par de brillants fantômes : intelligence lucide et puissante, qui s'affermissait dans l'erreur par d'ingénieux sophismes, Rousseau fut dans la*. France catholique le seul défenseur du spiritualisme, et dans notre Suisse romande et prolestante, le redoutable ennemi de la révélation. Mi-ténèbres, mi-lumière comme la colonne de nuée qui séparait les Israélites des Egyptiens, il fut pâle et confuse lueur pour le monde, sombres et obscurs prestiges pour le peuple de Dieu, et ses plus grands admirateurs conviendront avec nous que la vérité qu'il professait, n'avait pas sanctifié sa vie.

Sa Profession de foi est, comme le système de Descartes, une élude originale des primordiales vérités et une chaîne solide de déductions qui s'imposent à l'es prit par leur évidence. Mais ce qui distingue Rousseau

du philosophe catholique français, c'est la prépondérance qu'il accorde à la conscience sur la raison spéculative. La conscience est pour lui « le guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre. ••

Xette inébraFilable certitude du sens moral, qui est la seule base de la vraie philosophie, est un principe éminemment protestant et chrétien. Ce principe n'a-t-il point passé de notre Suisse ;i Kœnisbert;, où il a fait la force et la gloire de Kant? D'Allemagne ne nous est-il pas revenu par M. Ch. Secretan, tandis qu'à Paris ii inspirait à M. J. Simon son livre du Devoir,

i qui contient un grand nombre de pages dignes de Pascal?

M. J. Simon est dans notre siècle le plus célèbre représentant du déisme, et nous ferons un très grand usage de sa Religion naturelle \ l\ a tenté de transformer la profession de foi de son devancier en un système philosophique dont les grandes doctrines seraient exposées avec ampleur et défendues avec toutes les ressources d'une logique acérée. Mais, par son iravnil il a mis à nu les côtés faibles du déisme, et il les a indiqués avec une loyauté parfaite et une héroïque franchise. La discussion est ainsi singulièrement abrégée. Nous sommes dispensé d'établir par de longs raisonnements des contradictions qu'on nous confesse d'emblée.

Ce grand écrivain français a même considérable -

« 4e édition. 1857.

ment affaibli le déisme de Rousseau en voulant le doubler de celui d'Aristole. Le Dieu de ce philosophe païen est « l'Immuable, l'être qui ne pense, n'aime el ne veut que lui-même, et qui ne pourrait même connaître le fini sans déchoir; il n'a ni créé la matière, ni formé le monde, qui est éternel, et il conduit au bien l'immense multitude des êtres finis, comme ferait un drapeau placé sur une haute colline ei servant de point de ralliement à une nombreuse armée. » Ce' "dieu-là diffère radicalement de celui de la Bible, dont le dieu de Rousseau est la contrefaçon. Mais cette radicale différence n'empêche point M. J. Simon de les accoler l'un à l'autre, el il fait très habilement apparaître notre Dieu quand il s'agit de créer le monde ou de réparer dans la vie future les injustices de la vie présente, et le dieu païen quand on arrive à la question de la prière <^xaucée et des miracles.

Le déisme, sous sa forme scientifique ou populaire, est (comme on l'a fort bien dit) « le produit d'une \ r.iison qui a été évangélisée à son insu \ » Aussi est-il à nos yeux, ainsi que son fondateur, mi-lumière, miténèbres, et le voit-on tantôt défendre le christianisme et tantôt l'attaquer.

Qui d'entre nous ne se réjouirait du puissant secours que les disciples de Rousseau nous apportent dans nos luttes contre l'athéisme et contre la superstition? Ils

* E. Naville. Le Père céleste, 2^ édition, pag. 27.

démonireni, avec une grande vigueur de raisonnement, contre les matérialistes l'existence de l'Esprit infini et des esprits finis, contre les panthéistes les limites de l'entendement humain *, la personnalité de Dieu, la" création, la liberté cause du péché, l'immortalité de l'âme, contre les uns et les autres la certitude du sens moral. D'aulre part, ils éveillent le sentiment de la responsabilité personnelle et de la spontanéité au sein des nations romaniques, qui ne sont que trop bien habituées à une foi implfcite en l'infaillible autorité de l'Eglise.

Mais ces mêmes déistes font cause commune avec les catholiques contre le protestantisme. Ils se montrent aussi ignorants que personne de la puissance spirituelle de l'Evangile, et l'on peut dire de M. J. Simon comme de J.-J. Rousseau, qu'ils rejettent ce qu'ils ne connaissent pas, La Réforme, qu'ils définissent par le libre examen et l'absence de toute confession de foi, ne serait qu'une station intermédiaire, une transition entre la Révélation et leur philosophie.

Cependant ils nous associent aux catholiques et s'allient avec les athées, lorsqu'ils portent leurs atta-

* " L'esprit humain est borné; donc, ses connaissance? doivent être bornées. En fait, nous voyons de tous côtés des réalités qui nous demeurent incompréhensibles. » (Simon, Rel.nat., pag. 40.) « Il est faux de prétendre avec Bayle que le comprendre est la mesure du croire. Il faut dire: « Je ne crois que ce qui m'est démontré. H (Pag. 36, 207.)

ques sur rexaucemenl des prières el les miracles, et ici ilsfoudroienl tous les chrétiens de paroles assez rudes pour mellre noire charité à une certaine épreuve. « Prétendre, disent-ils, que Dieu change par aoQOur pour nous le cours des lois générales, e! que ses résolutions ne sont pas inébranlables, qu'ii reçoit en lui de^ mouvements causés parla créature, qu'il répond par des résolutions nouvelles à nos vœux et à nos fautes; croire en un mol aux oscillalions de la volonté divine, c'est mettre Dieu dans le temps et l'espace, ce qui est absurde ; c'est le dépouiller de son immutabilité el par là de sou infinité ; c'est dire que Dieu peut s'amender : c'est avancer des propositions qui sentent le blasphème. » Et ailleurs : (' Se représenter en Dieu tous les mouvements de la passiori humaine, la colère, la pitié, la repentance >., c'est faire « s'écrouler tout ce que nous savons de Dieu et tout ce que nous savons du monde, » c'est substituer à la Providence, toujours juste, un *< destin » arbitraire et capricieux, c'est revenir aux « théologies païennes*. »

Ainsi, messieurs, le Dieu des chrétiens est ijelégué dans la foule des faux dieux du paganisme, et nous, ses adorateurs, soutenons des doctrines absurdes et blasphématoires I Je n'ai dans mon cœur pas le moindre sentiment d'amertume contre les déistes eux-mêmes, mais vous ne vous étonnerez pas si je

Id. t«age 233, 248 et 249, 218 el 219.

traite à mon tour leur dieu sans beaucoup de respect. Souvenez-vous, messieurs, que notre Dieu est pour nous notre Père céleste, et des enfants ne peuvent entendre de sang-froid des étrangers porter contre leur père les accusations les plus graves.

Au reste, ces violentes accusations ne rendent pas meilleure la situation intermédiaire des déistes. Il est un certain juste-milieu qui n'est qu'un équilibre -instable, et cet équilibre n'a jamais été plus difficile à garder que dans un siècle comme le nôtre, où les éléments contraires s'Isolent, où les masquf^s les plus inconscients tombent, et où, par un jugement spontané, tous les esprits se précipitent vers deux camps opposés, celui du Dieu du Paradis, du Sinaï et du Golgotha, et celui de Fathéisme panthéiste et matérialiste. Aussi les déistes sont-ils de nos jours vivement sollicités en sens contraires de sortir de leur position ambiguë, et de devenir tout croyants ou tout mécréants. Ils me rappellent le roi indien Trisankou : suspendu d;tns les airs à la suite de je ne sais plus quelle mésavanlure , les dieux lui criaient: « Monte, » les hommes : « Descends. » et il ne descendait ni ne montait; aujourd'hui môme, dit-on, on le voit encore en Inde dans cette même position, au milieu de la constellation de la Croix australe. Mais les déistes seront bien forcés un jour à monter s'ils ne veulent pas tomber dans les plus profonds abîmes. Ce n'est pas moi qui me permet de leur tenir ce langage, c'est M. Schérer :

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