‹ Il faut choisirChapitre 25 sur 46 · LL MIRACLE PROPREMENT DIT · texte numérisé non relu

LL MIRACLE PROPREMENT DIT

contredit ouverlemenl les lois de la nature. Il fait passer à pied sec la mer Rouge el le Jourdain; fait reculer l'ombre au cadran d'Achas; rend la toison de Gédéon tour à tour sèche et humide ; change l'eau en vin à Cand, le bâton de Moïse en un serpent et le serpent en bâton ; multiplie Thuile de la veuve de Sarepta ou les pains et les poissons dans les déserts du lac de Génézareth ; guérit d'un mot toute espèce de maladies, ou par la simple vue d'un serpent d'airain la morsure de serpents venimeux; protège trois pieux jeunes gens dans une fournaise ardente et Daniel dans la fosse des lions affamés; rend enfin la vie à des morts, même à des morts de quatre jours. Mais par ces miracles éclatants il ne fait (nous l'avons dit pag. 425) qu'user en grand el à sa manière, pour nous délivrer du péché, de la puissance qu'il a donnée- en très petit à nos ingénieurs, mécaniciens et chimistes pour la satisfaction de nos besoins matériels. Les hommes, en obéissant aux lois de In nature, obtiennent des effets merveilleux qui sont comme une image et une prédiction des vrais miracles, apanage de la seule Divinité. Cependant, tout en usant de son pouvoir absolu. Dieu s'impose dans sa sagesse certaines limites ; il multiplie une substance existante, mais il n'en crée point <le nouvelles ; car les miracles supposent un temps de simple conservation où le péché a produit le désordre et où Dieu rétablit Tordre.

§ 10. La théophanie.

Comme Dieu, pur esprit, ne peut être vu de personne, lorsque nous lisons dans nos saints livres qu'il est apparu à l'un ou l'autre de ses serviteurs, nous pouvons être certain que ce n'est pas lui. El cependant c'est bien lui, c'est son autre lui-même. Celte confusion vous scandalise-l-elle? Mais nousmêmes ne désignons-nous pas indifféremment par le même nom de cachet ou de sceau et la pierre gravée et son empreinte sur la cire? El le Verbe n'est-il pas l'empreinte de Dieu?. ..C'est le lieu très saint. Je m'arrête et recule. Toutefois, si nous écartions le mystère du Verbe révélateur, nous pourrions encore avec la toute présence de Dieu seule, entrevoir la possibilité de la théopiianie. En effet, si Dieu darde vers chaque homme un rayon de son esprit et que cet esprit nous voie, nous entende et agisse sur nous (pag. 102), il n'imphque nullement contradiction d'admettre que Dieu puisse, quand il lui plaît, se manifester sous une forme quelconque aux sens de ses serviteurs d'élite. Mais je ne dois point ici me livrer à des recherches de haute théologie, et je ne veux au terme de ces études qu'appeler votre attention sur le caractère moral de la théophanie, la sainteté.

Saint est en lui-même le Dieu vivant par le parfait

accord de toutes ses pensées et de ses décrets avec la totalité de ses perfections.

« Saint, saint, saint est l'Eternel des armées >* répètent sans se lasser les intelligences célestes, qui se voilent devant lui la face de leurs ailes et jettent devant son trône leurs couronnes.

Saint est le Dieu qui a créé la nature. Son nom se lit là-haut sur chaque étoile: le sceau de sa perfection infinie se distingue ici-bas sur chaque fleur et chaque brin d'herbe, sur le moindre insecte el sur tout infusoire, sur tous les cristaux et tous les atomes. La nature entière est remplie de sa gloire.

Saint est le Dieu qui a créé les êtres hbres. Préparés pour la sainteté, ce n'est que par elle qu'ils arriveront à la félicité.

Saint est le Dieu de riiumanilé déchue: il nechâlie et les individus el les nations de la double verge des fléaux physiques et des foudres de la guerre que pour ramener les rebelles sur la voie de In sainteté.

Saint est le Dieu du Sinaï qui résumait toute sa loi dans ces mots: « Soyez saints comme je suis saint. »

Saint est le Dieu de la rédemption qui a donné son Fils au monde pour détruire les œuvres du diable et rétablir la sainteté sur la terre.

Saint est le Dieu d'Israël et de l'Eglise qui par ses miracles de puissance et de grâce, par ses prophéties, par ses exaucements de prières, ne veut qu'une

chose, la sainlelé de ses servileurs, el encore leur sainteté et toujours leur sainteté.

Saint enfin sera le Dieu du dernier jugement el de l'éternel bonheur.

Lorsque Moïse au pied de l'Horeb vit à distance le buisson qui brûlait sans se consumer et qu'il voulut s'en approcher, une voix lui dit: « Arrête! ôte de les pieds tes souliers. Ce lieu est saint ^ »

C'est que le Dieu trois fois saint est un être redoutable que rhomme déchu ne doit aborder qu'en tremblant. « Malheur à moi, » s'écrie Esaïe, saisi de terreur; *<je suis perdu, car je suis un homme souillé des lèvres. . . et mes yeux ont vu l'Eternel des armées^ »

Le Dieu de sainteté n'est pas un de ces faux-dieux dont les Phidias ou les Platon inventent l'imag»' selon leurs caprices. De tels dieux sont muels et morts. Mais notre Dieu est l'être des êtres, la vie des vies, la puissance des puissances, et lorsqu'il lui a plu de faire habiter sa gloire sur la terre dans le tabernacle, sa présence s'est manifestée par des actes que nous appelons surnaturels.

Avant la promulgation de la loi sur le Sinaï, Dieu avait pour ainsi conversé en ami avec les pieux pa- Iriarches, Abraham, Isaac et Jacob, auxquels il n'apportait que des bénédictions et des promesses. Mais lorsqu'il établit au désert sa demeure dans la nuée,

* Ex. m, 5. — * Esa. Vi, 5.

il apprit à une race grossière et rebelle à le respecter et à croire en lui.

Du lieu très saint, « de devant rEternel, » le jour où fut inauguré le cuite mosaïque, sortit un feu qui consuma l'holocauste sur l'autel aux cris de joie du peuple prosterné*. De ce même lieu sortirent un feu de mort qui foudroya les imprudents Nadab et AbihuS une plaie dévorant quatorze mille des Israélites qui avaient murmuré de la destruction de Coré et de sa bande^, une seconde peste faisant périr vingt-quatre mille de ceux qui avaient pris part aux fêtes licencieuses de Bahal Péhor*.

Plus lard les habitants de Bethscémès périrent pour avoir regardé dans l'arche par un sentiment de frivole curiosité ^ Huza tomba mort en la soutenant sur le char qui penchait, tandis que la même arche était une cause de bénédictions extraordinaires pour la famille pieuse d'Hobed-Edom^. L'Eternel est saint.

La sainteté de l'Eternel est la lumière intérieure qui illumine à nos yeux tout l'Ancien Testament. Que nul n'entre dans le lieu très saint si ce n'est le souverain sacrificateur, dans le lieu saint que les lévites, dans le parvis que la foule des Israélites! Que nul ne s'approche de l'Eternel pour l'adorer sans le sang d'une victime expiatoire ! Que toutes les lois tendent par leurs préceptes moraux, par leurs céré-

' Lév. IX ,U.—'- Idem , X, 1, 2. — = Nomb, XVI. — * Idem, XXV. — ^ 1 Sam. VJ, 19. — ■•■ 2 Sam. VI, 7-11.

monies, par la sévérité des châlimenls, à éveiller la conscience de la vie profane et criminelle de l'homme et la soif de la sainteté t L'Eternel est saint!

Que Hacan périsse avec toute sa famille pour avoir le premier menti à l'Eternel! Qu'Elie frappe de mort à coups redoublés les ennemis de l'Eternel ! Que les psalmisies et les prophètes dans leur sainte indignation appellent tous les jugements de Dieu sur les impies! Que les Cananéens et les Amalécites soient exterminés devant le Dieu qui s'établit dans sa terre, et que son peuple infidèle soit à son tour abandonné de lui, déporté, égorgé comme toutes les nations païennes! L'Eternel est saint.

L'alliance de grâce a remplacé celle de la loi ; mais la gloire du Dieu très saint qui habitait dans le sanctuaire du temple, a resplendi aux yeux de St. Jean dans la personne du Messie. Jésus-Christ, d'ordinaire si doux et si humble , saisit deux fois le fouet contre les changeurs, foudroie de ses Malheur à vous^ les scribes et les pharisiens, menace sans relâche des ténèbres du dehors, de la prison, des peines éternelles ses faux disciples et, dans ses paraboles, fait égorger en sa présence ses ennemis '.

Son esprit de sainteté demeurait dans la primitive église. Nous reconnaissons sa présence aux dons de tout genre qu'il distribuait entre les fidèles; mais nous la reconnaissons aussi au sort du nouvel Hacan, Ananias. Dans Tune et l'autre alliance Dieu s'est

' Luc XIX. 27 et parai.

borné à faire périr le premier coupable, ei il a épargné ceux qui par oûilliers ont commis des péchés aussi graves. Il lui avait suffi d'avoir par un exemple démontré sa sainteté.

La sainteté du Dieu d'Israël et de l'Eglise, c'est la plénitude de la vie divine se manifestant dans la rédemption de l'humanité par des actes admirables de puissance et de sagesse, de justice et de grâce. Dieu d'ordinaire agit en secret et dans le silence, et nul de nous ne prend garde à lui. Il peut aussi apparaître aux hommes sous une forme humaine « pleine de grâce et de vérité. » Mais parfois, il se plaît à leur faire pressentir toute sa divinité : alors l'infini se fait jour un instant dans le cours des choses finies, et le surnaturel apparaît comme un hôte d'un autre monde. Alors la parole des prophètes hébreux acquiert nne puissance surhumaine. Alors l'Evangile, prêché par St. Paul, devient pour les uns une odeur de vie et pour les autres une odeur de mort '. Jamais le déisme ou toute autre philosophie, jam^ais religion humaine n'a manifesté sur les cœurs en sens contraires une telle influence, qui est peut-être la preuve la plus réelle de la céleste origine du christianisme.

' 2 Cor, M. 16.

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