U enfance ou Vâge patriarcal
Voulant enraciner pour l'éternité dans le cœur des descendants d'Abraham une foi vivante au seul vrai Dieu, Dieu apparut douze fois à leur aïeul ou aux gens de sa famille et de sa parenté ou à ses alliés, et il le protégea contre les rois voisins en les frappant de maladies extraordinaires. Isaac ne fut honoré que de trois théophanies ; il était au bénéfice de celles de son père. Jacob vit l'Eternel en songe à Béthel, lutta avec l'ange toute une nuit d'extase à Péniel, aperçut à Mahanajim une armée d'anges qui le suivait, et reçut, en quatre autres circonstances, différents ordres de Dieu même. Or remarquez, Messieurs, que Dieu n'a point fait de ces patriarches des prophètes. Je sais bien qu'Abraham au milieu des siens invoquait l'Eternel sous l'ombre des térébinlhes de Beerscébah et intercédait auprès de lui pour des païens, comme un prophète '. Je n'oublie point qu'Israël a prédit les destinées de ses douze fils. Mais ni Israël ni Abraham n'ont été des Esaïe ou des Daniel, ni même des David ou des Asaph. Toute
* Gen. XXI, 33; XX, 7. prophète, nabi.
mission spéciale auprès de leur famille ou auprès des Cananéens n'eût pas été en harmonie avec leur autorité patriarcale ou avec leur qualité d'étrangers, et la foi nouvelle qui se formait dans leur cœur, était en quelque sorte trop jeune encore pour leur inspirer des cantiques et des psaumes. L'histoire des révélations divines suit donc, elle aussi, la grande loi du progrès : elle commence par de simples promesses, sans inspiration (pag. 161), et les quelques ordres de Dieu aux trois patriarches ne sont que de faibles préludes de la législation du Sinaï. ,
La famille des patriarches qui devient un grand peuple, passe, sur le sol de l'Egypte, libre d'abord, puis esclave, la dernière moitié de l'âge de son enfance ou de sa période patriarcale. Dieu a suspendu le cours de ses révélations; il laisse ses serviteurs s'approprier ses promesses, et faire valoir la foi qu'il a créée dans leur race par ses apparitions antérieures. Sa retraite et son silence sont comme un honneur qu'il rend à la dignité humaine en la personne de ces Hébreux qu'il traite comme des hommes devenus majeurs. Joseph subit fort bien l'épreuve : sans que Dieu lui apparaisse, il surmonte les tentations du malheur et de la prospérité. Mais le péché fait son œuvre chez les générations subséquentes, qui oublient Jéhova et adorent les dieux des Egyptiens et ceux des Sémites du Delta. L'âge de l'enfance finit par une chute générale et par une longue et dure captivité.
L'enfance de la nation élue a passé : sa jeunessf commence.