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JÉSUS-CHRIST

de naturel et d'élrangelé. Elles sont plus humaines que celles d'aucun homme, et aussi les comprendon sous toutes les zones et dans toutes les langues. Mais, quelque accessibles qu'elles soient à notre con science et à notre esprit, nous ne pouvons en faire le tour, et elles se dérobent par un côté à notre intelligence. Elles renferment un élément infini que nous ne parvenons pas à fixer. Elles sont comme saturées d'absolu et sont tout autant divines qu'humaines.

Le Verbe fait chair, en mourant sur la croix, a accompli la promesse du paradis, les sacrifices typiques de la loi du Sinaï et les oracles des prophètes : il a consommé par son sacrifice expiatoire la réconciliation de l'humanité avec Dieu et détruit l'empire de Satan. Sa rédemption, nous l'avons dit (pag. 134), qui restaure l'ordre primitif renversé par le péché, est souverainement juste, miséricordieuse, sage, puissante et sainte.

Le Prince de la vie ne pouvait être retenu dans dans le sépulcre par la mort. Il ressuscite, et par ce premier trioinphe sur la mort et son auteur, il annonce et prépare de loin la résurrection de la race entière d'Adam.

Enfin et surtout, du haut des cieux, Jésus-Christ, qui était lui-même TEsprit vivifiant, a envoyé le jour de la Pentecôte à ses premiers disciples le Saint- Esprit qui crée au sein de l'humanité psychique et déchue une humanité rachetée et régénérée. Le dernier Adam est ainsi le père d'une postérité spirituelle

qui va s'aogmentant avec les siècles, et qui se prépare pour l'ère finale où tous les croyants atteindront à la sainteté parfaite.

Par la Pentecôte, l'histoire de la rédemption se confond avec celle du développemenl normal de Thumanité (p. 121). L'homme qui avait jusqu'alors aspiré à Dieu sans l'alleindre, l'a trouvé. Il a reçu a moins les arrhes, les prémices de l'Esprit-Saint, et avec ces seules prémices, St. Paul, nouveau Samson, a soulevé de ses gonds le monde romain et l'a transporté dans le temple du Crucifié.

Cependant, la nation élue qui avait crucifié son Messie, est, au terme de son quatrième âge, châtiée de Dieu d'un châtiment proportionnée son crime et pour la quatrième fois asservie à l'étranger. Mais celte dernière captivité se prolonge de siècle en siècle, et l'on pourrait croire qu'elle n'aura pas de fin

Le Saint-Esprit avait distribué entre les membres de la primitive église des dons très divers, parmi lesquels étaient ceux des miracles et de la prophétie. Ces dons extraordinaires et ordinaires, dont fut rendu participant un très grand nombre des croyants^ attestent les fruits de la vie nouvelle apportée des cieux sur la terre par Jésus-Christ. Ils apparlienneni à un temps de création, et, connaissant la loi du surnaturel ainsi que la succession progressive des âges de l'humanité, nous ne saurions être surpris de voii les origines de l'alliance de grâce resplendir d'ua

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éclat divin réellement inouï. Mais, conformément à celle même loi, celte splendeur ne devail pas larder à se dissiper. En effet, les dons surnaturels du Saint- Esprit élaient déjà assez rares du vivant d'Origène au troisième siècle et plus rares encore deux siècles plus tard, du temps de St. Augustin.

Mais il est évident que Dieu n'a poinl suivi à tous égards les mêmes règles dans le gouvernement de l'Eglise que dans celui d'Israël. Elle est appelée à vivre de foi, et son mot d'ordre est : Heureux celui qui croit sans voir. Elle est le temple du Saint-Esprit, et ii doit la diriger et l'éclairer intérieurement, dans le secret des cœurs et dans le silence des lieux de prières. Elle a pour fondateur la Parole même de Dieu, et nulle révélation nouvelle ne peut êlre ajoutée par des prophètes à celles de la Vérité incarnée. Dieu s'est manifesté en la personne du Christ aux hommes: toute théophanie suhséquente n'aurait plus de sens. L'humanité chrétienne est majeure: elle est appelée à glorifier son Sauveur par son zèle et sa prudence à faire valoir les talents qu'il lui a confiés, jusqu'au jour où il reviendra pour lui faire rendre compte de sa mission. Il lui a annoncé que son retour M'aurait lieu qu'aune date très tardive*, et s'il a promis à ses disciples i. d'être toujours avec eux jusqu'à la fin du monde, r> sa présence sera invisible, impalpable, toute spirituelle et intérieure L'histoire de l'Eglise ne peut donc comprendre comme celle d'Is-

« Math. XXV, 19.

244 HISTOIRE DU SURNA.TUREL.

raël une série de temps de création et de temps de repos. La marche en est plus continue, plus uniforme, et les crises qu'elle enregistre, proviennent non des miraculeuses interventions de Dieu, mais de l'invasion du royaume de Dieu paj* les Balaams de Pergame et les Jésabels de Thyalire*.

Toutefois l'Eglise du Christ ne peut être moins privilégiée que le peuple de la Loi. Elle a son surnaturel propre, qui ne se produit pas avec bruit sur les places publiques et devant les foules, que l'histoire ne connaît pas, et dont le souvenir ne se conserve que dans d'humbles biographies. Ce sont les miracles de la grâce dont je vous disais l'autre soir quelques mots (pag. 151). Ou plutôt encore, l'Eglise ellemême, mais l'Eglise véritable, TEglise spirituelle, invisible, réellement sainte et une, est un miracle continuel. C'est un édifice, dont chaque pierre est une âme arrachée par la plus surnaturelle des interventions divines à la despotique servitude du péché et du mensonge ; car, messieurs, si l'incarnation du Verbe est un mystère incompréhensible, au moins est-il conforme à la nature (Tan Dieu qui est amour, de sauver, fût-ce au prix de son sang, une race dont les souffrances fendraient le cœur des rochers mêmes; mais il est contraire à toutes les lois de notre nature déchue que des âmes vouées au mal se dévouent subitement au bien, que des Sauls persécuteurs et meurtriers deviennent des apôtres et des

• Apoc. II, H, 20.

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missionnaires, que des pourceaux d'Epicure se métamorphosent en des modèles de sainteté. Ce qui n'est pas moins surnature], c'est que ce temple formé d'êlres aussi mobiles et changeants que l'homme, reste d'âge en âge semblable à lui-même. Chaque génération l'élève d'une assise de pierres nouvelles semblables à celles des siècles antérieurs, et ces pierres vivantes ont toutes la même substance et la même (aille, qu'elles viennent des palais des rois ou des chaumières les plus pauvres, des couvents des Franciscains ou des vallées des Vaudois, des peuples parlant le lalin ou l'allemand ou le slave, des cités les plus civilisées ou des côtes glacées du Groenland. Le temps ne parvient pas non plus à ébranler et renverser celle Eglise qui, parlout présente, est partout insaisissable, et qui, privée en apparence de toute consistance et de loule force, n'en survit pas moins aux empires qui s'écroulent, aux peuples qui meurent avec leurs langues et que d'autres remplacent, aux systèmes philosophiques qui passent plus rapides que l'éclair, aux périodes d'universelle tiédeur, de corruption générale et d'incrédulité déclarée. C'est dans l'intérieur de cette église qu'ont lieu sans interruption les miracles de la grâce dont l'époux parle à peine à son épouse, l'enfant à ses parents, l'ami à son plus intime ami: pécheurs qui, tels que Jacob au gué du Jaboc, lutlent pendant toute la nuit avec leur Dieu dans de mortelles angoisses et sortent du combat graciés, transformés, avec un nom nouveau ; ra-

chelés qui, dans la sainte ivresse de l'Esprit, chantent leur Dieu et leur Sauveur dans des hymnes que nous associons aux psaumes inspirés de David ; martyrs qui ont été délivrés de toute crainte de la mort comme Jésus-Christ à Gelhsémané, et qui expirent en voyant les cieux ouverts comme Etienne; éminents serviteurs de Dieu délivrés des plus grands dangers à leurs prières ou à celles de leurs frères réunis dans quelque chambre haute; pauvres veuves, orphelins délaissés que Dieu nourrit dans le désert de ce monde,*non sans doute par des anges, mais par des messagers qui ne savent ce qu'ils font; malades qui allaient mourir et dont la vie est prolongée de plusieurs années comme celle d'Ezéchiel, ou qui trouvent auprès de leur Sauveur mis en croix la force d'être sans murmure sur une croix pendant toute une vie ; deuils consolés de consolations surhumaines qui apportent on ne sait quelle joie étrange dans les cœurs les plus déchirés; calme parfait au milieu de tous les vents déchaînés de l'impiélé et naïve confiance dans le triomphe final de l'Evangile. Que l'esprit sceptique et profane du monde se moque des secrets mystères de la vie spirituelle du chrétien et n'y voie qu'hallucination et folie : le chrétien lève ses regards vers son Dieu qui du haut des cieux se rit des révoltes de ses ennemis.

J'enlends ceux d'entre vous , messieurs , qui sont au courant des luttes théologiques de notre temps, opposer aux miracles des deux alliances ceux des

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saints de PEglise catholique ainsi que ceux do jansénisme et les prophètes protestants des Cévennes. Il fiiudrait toute une conférence pour traiter convenablement une question aussi vaste, aussi compliquée et aussi difficile. Il est sans doute aisé de tout croire, il Test plus encore de tout nier; mais je ne sais si dans notre temps il est réellement possible de se placer au-dessus des partis extrêmes. Les faits ne sont pas constatés. Personne n'a fait la critique des sources où Goerrès a puisé les récils, tous plus étranges les uns que les autres, qu'il a groupés dans les cinq énormes volumes de sa Mystique chrétienne. Je me refuse donc à entrer dans la discussion approfondie de la question, et je ne me permettrai que les trois réflexions suivantes.

De tous les dons extraordinaires du Saint-Esprit, le seul que les Corinthiens auraient dû rechercher avec ardeur ^ c'est celui de prophétie. Or, messieurs, de tous les catholiques, leshussites et les protestants qui ont prétendu au litre de prophètes, il n'en est aucun dont les prédictions n'aient été démenties par l'événement. Je vous fais juges de ce que peuvent valoir les autres dons miraculeux dont les Eglises pourraient être tentées de se glorifier.

J'excepte celui de guérison. Il n'était pas entièrement éteint au temps de St. Augustin, et il a pu se conserver, sporadique et fort rare, dans les Eglises jusqu'à nos jours.

« 1 Cor. XIV. 39.19.

Enfin, les nations en entrant dans l'Eglise sont restées païennes, et ont apporté avec elles toutes leurs mauvaises pratiques de divination et de nécromancie. Mais toutes païennes qu'elles sont, elles subissent l'influence de la vie spirituelle de la foi chrétienne, qui agit avec une puissance extraordinaire sur les facultés religieuses de l'âme naturelle. Elle a dû les exalter tout particulièrement dans la réclusion et le silence des cloîtres. Du mélange de la vie spirituelle et de la vie terrestre et charnelle, de la foi et de la superstition, ou de la sainte vision et des folles hallucinations est né tout un monde de prodiges religieux qui ont remplacé les prodiges physiques de l'antiquité païenne et qui, pour être plus merveilleux, ne sont pas de meilleur alloi. Il me serait facile de vous présenter ici une seconde liste de phénomènes bizarres, pris dans toutes les Eglises. Elle suffirait certainement pour vous convaincre qu'il n'y a pas de comparaison sérieuse à établir entre le soi-disant surnaturel ecclésiastique et le surnaturel biblique. Les miracles tout spirituels de la grâce sont la seule vraie gloire de l'Eglise invisible, seule sainte et seule pure.

d) l'avenir.

L'Eglise marche à la rencontre des temps mauvais, prédits par Jésus-Christ et les apôtres, où l'impiété prévaudra de nouveau et la foi disparaîtra de la terre. Une persécution, d'une violence inouïe, inondera du

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sang le plus pur les terres latines ; mais le règne de Tantichrist sera de courLe durée, el quand l'heure de minuit sonnera pour la seconde fois après deux mille ans, le signe du Fils de Thomme apparaîtra dans le ciel, annonçant la fin de notre monde et le commencement d'un monde nouveau.

Alors le Christ fondera enfin sa monarchie universelle sur les ruines de tous les pouvoirs persécuteurs et de toutes les incrédulités. Sous son sceptre vivront en paix toutes les nations, et l'humanité accomplira ainsi la quatrième période de son développement, qui est celle de son unité développée et organique. (Pag. 209.) La nation juive, rétahlie dans son pays, formera le cœur de l'Eglise, comblant de bénédictions spirituelles tous les peuples et démontrant ainsi la réalité de son élection. (Pag. 224.) La justice régnera sur la terre entière. Les prières seront exaucées avant même d'être achevées *. Une Pentecôte universelle créera une multitude de prophètes. Peut-être même la puissance de commander par la seule parole à la nature sera-t-elle le signe distinctif de tous les croyants d'élite. Enfin, la puissance du péché sera affaiblie par l'Evangile à ce point que « celui qui mourra centenaire, mourra jeune. »

Toutefois ce ne sera point encore la fin. L'incrédulité tentera une dernière révolte. La terre, consu-

M>s. LXV, 24; Comp. XXX 19 ; Jér. XXIX, 12.

mée par le feu , renaîtra purifiée de toute souillure. Tous les trépassés ressusciteront et la mort ne sera plus. Le Christ resplendira aux yeux de tous les rachetés. Les païens achèveront leur guérison au moyen des feuilles de Tarbre de vie. Dieu deviendra et sera tout en tous, et TEsprit saint, éternelle synthèse du Père et du Fils, consommera les rachetés dans la sainteté et la félicité en les unissant substantiellement à Dieu.

Ainsi, messieurs, la résurrection de Jésus-Christ que nos libres-penseurs ne veulent pas admettre, se vérifiera par celle des libres-penseurs eux-mêmes. Ainsi la théophanie, qui dans les récits de l'Ancien Testament étonne les plus croyants d'entre nous, sera un jour permanente. Ainsi la prophétie, qui semble n'avoir été que le privilège de quelques âmes d'élite, sera l'état habituel de tous les rachetés. Ce que nous appelons le surnaturel, aboutit donc à un ordre de choses où il deviendra l'éternelle nature. C'est là le dernier mot de l'apologie chrétienne en face du déisme qui juge d'après le présent seul, oublie les âges reculés de la création et ignore les mystères de l'avenir.

Je ne sais trop quelle confiance le déisme a dans la bonté de sa cause et dans la faiblesse de la nôtre. Je ne nie point que l'esprit du siècle ne nous soit contraire, et je vous disais tout à l'heure, d'après la prophétie, que notre Europe va rentrer pour la se-

-conde fois dans une de ces nuits profondes où il n'y a plus de foi. Mais que le déisme de droite qui veut bien encore faire à Jésus-Christ Ttionneur de parler de lui dans nos chaires, et que le déisme de gauche qui le chasse sans fausse honte, ne se fassent pas de vaines illusions : ils ne vivent que de nous et, en luant notre foi, ils signent leur propre arrêt de mort. Car ils abattent le chêne, dont ils ne sont que le gui parasite.

Il nous est d'ailleurs très aisé de tirer leur horoscope. Il nous suffit de consulter les annales de la philosophie.

Le déisme a fait son apparition dans le monde, au déclin de la Grèce, avec Aristote, et Arislote a été suivi de très près du panthéiste athée, Zenon, et de l'athée matérialiste, Epicure.

Dans notre Occident, les catholiques de France ont vu se succéder le spiritualiste Descartes, le panthéiste athée Spinoza et les athées matérialistes Helvétius et consorts.

Chez les protestants, le déisme de Rousseau et de Kant a abouti au panthéisme athée de Fichte et de Hegel, qui a fait place à l'athéisme matérialiste de Feuerbach et de Vogt.

Le déisme actuel n'a certainement pas plus de vie et de force que ses prédécesseurs, et déjà il est vaincu en France par le panthéisme athée de MM. Taine et Renan et par l'athéisme matérialiste et récole positiviste de Comte.

Sous toutes ses formes le déisme moderne n'est qu'une des vagues qui surgissent sur le fleuve des erreurs humaines ei qui passent les unes après les autres au pied du rocher de l'Evangile.

Je connais, Messieurs, la force de la vérité qui es en Jésus-Christ; mais je connais mieux encore mon impuissance à la faire valoir. Aussi pourrais-je craindre d'en avoir compromis auprès de vous la cause, si je n'étais rassuré parla bienveillante attention que vous m'avez accordée jusqu'à la fin.

Je ne saurais vous quitter sans demander à Dieu de nouveau qu'il veuille bénir ces entretiens pour l'un ou l'autre d'entre vous. Dans un siècle d'incrédulité comme le nôtre, il est difficile de saisir la vérité, difficile même, quand on l'a saisie, de ne pas la lâcher... Pour moi, je crois avoir trouvé en Jésus- Christ, avec le pardon et la joie du pardon, la clef de tous les problèmes de la philosophie et de l'histoire, et j'espère qu'il me sera donné de répéter à mon dernier soupir ce que je dis à cette heure : « Je sais en qui j'ai cru. »

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