ÉTAT PRÉSENT DES ESPRITS
rielle, l'autre spirituelle, mais qui n'en nie pas moins i'existence d'un Dieu vivant et personnel, l'immortalité de l'âme et la liberté. Il y a encore le positivisme d'Aug. Comte qui interdit à l'homme de s'enquérir des choses invisibles, et pour qui l'âme et Dieu, s'ils existent, sont comme n'existant pas. Mais le matérialisme est aujourd'hui la forme régnante de l'athéisme, et nous l'avons choisi pour unique objet de nos présentes études.
A l'opposite du matérialisme et de tous les athéismes possibles sont la religion chrétienne et le déisme qui proclament le Dieu personnel, l'âme immortelle, la morale du devoir et la justice rémunératrice.
A gauche on dit: L'homme n'est que chair dans un monde qui n'est que matière.
A droite: L'homme est esprit et chair dans la création de Dieu, et il n'est vrai homme que si l'esprit commande à la chair et obéit à Dieu.
Entre ces systèmes contradictoires est le monde.
Le monde est par ses mœurs excessivement matériel. Il est plongé dans un amour déréglé des choses visibles et terrestres, dominé par « l'affection de la chair » selon le langage de St. Paul, selon celui de St. Jean par « les convoitises de la chair, » par « celles des yeux >» et par « l'orgueil de la vie. »> « La loi qui est dans nos membres, » est toujours plus
forte que celle de la conscience et de l'esprit qui lui fait une vaine opposition. On devrait donc s'attendre à voir le monde acclamer avec des transports de joie le matérialisme, qui est l'Evangile de la chair et du péché.
Mais il n'en est rien. La protestation de l'esprit toujours vaincu, contre la chair toujours victorieuse, est si puissante que l'homme au sein de sa vie toute matérielle ne peut étouffer les remords de sa con^ science et la crainte de la justice divine. Les âmes assez endurcies pour n'éprouver ni cette crainte ni ces remords produisent même sur les masses une impression d'effroi : on les tient pour des monstres.
C'est ainsi que, sollicitée en sens contraire par la foi et par le matérialisme, l'humanité tout entière, en dépit de son matérialisme pratique et pour son propre tourment, professe croire en un Dieu qui l'épouvante, et en la conscience qui ne lui laisse pas un instant de paix. Mais d'instinct l'homme sent confusèment que, la conscience et la foi supprimées, il est en train de devenir une brute.
Cet instinct et ce choix suffiraient pour démontrer que la foi est vérité et le matérialisme mensonge.
Cependant il est dans le cours des siècles des temps où le matérialisme pratique acquiert une telle intensité qu'il prête une oreille favorable au mensonge de l'athéisme. Ces temps-là sont heureusement très rares, mais ils n'en sont que plus sinistres. Nous som-