‹ Il faut choisirChapitre 37 sur 46 · MOLESCHOTT · texte numérisé non relu

MOLESCHOTT

« La matière n'est pas un véhicule auquel, en guise de chevaux, on mettrait et on ôterait alternativement les forces. Les propriétés sont de toute éternité inaliénables, intransmissibles. » Du Bois-Reymond.

Qu'il n'y ait maintenant pas de matière sans forces ni de forces sans matière, c*est ce que personne ne songe à nier. Mais pour affirmer qu'il en est ainsi de toute éternité, il faut au moins démontrer que la matière ne se peut concevoir sans la force. Qu'est-ce donc, suivant vous, que la matière? M. Buchner la dit divisible à l'infini, mais il ne tente pas même de la définir. Or, si elle est pour lui une x, comment peut-il affirmer que cette x ne peut exister sans les forces. Nous, opposant l'esprit et la matière, nous disons que l'esprit est une substance simple, consciente d'elle-même, vivante et toujours active, et la matière une substance étendue, inconsciente, composée, impénétrable, inerte. D'où nous concluons que toute matière reçoit de l'esprit sa première impulsion, et, comme notre raison ne peut supporter le dualisme

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et ramène nécessairement toutes choses à un principe unique, nous ajoutons que le principe unique ne peut être que l'esprit, l'esprit seul étant activité et cause.

Quant aux forces, nous prétendons que les lois qui les régissent et sans lesquels on ne peut les concevoir, n'ont en aucune manière le caractère de nécessité que vous leur prêtez gratuitement, et quelles supposent au contraire le libre choix d'une intelligence. Ainsi les corps gravitent ou s'attirent en raison directe de leurs masses et en raison inverse du carré des distances. Nous ne concevons sans doute pas qu'il puisse en être autrement; mais si leur action était en raison directe de l'éloignement et en raison inverse de la masse, elle nous semblerait tout aussi naturelle et nécessaire. Il y a plus : les astronomes ont calculé quelles auraient été pour notre système solaire les conséquences d'une force attractive qui aurait agi en raison inverse de la distance simple ou en raison inverse du cube des distances, et ils ont trouvé que le système aurait péri dans la seconde hypothèse, et qu'il aurait pu subsister dans l'autre, mais que la stabilité en est mieux assurée par la loi actuelle. Or, comme vous ne pourriez pas attribuer à votre matière primitive l'intelligence et le libre choix sans la faire esprit et Dieu, vous ne sauriez expliquer par elle ni les lois ni les forces de la nature, et vous devriez logiquement confesser l'existence d'une sagesse créatrice.

A l'existence de Dieu vous opposez :

L'invariabilité des lois physiques. Elle atteste rimmuable sagesse de notre Dieu.

Les imperfections, les irrégularités, les accidents de la nature. Mais pour juger sainement d'un chefd'œuvre, il faut le connaître dans son ensemble, et que savons-nous de l'univers? Il faut avoir une intelligence semblable à celle de l'artiste, et Dieu n'estil pas l'infini?

Les animaux carnivores et féroces, nuisibles oi venimeux. Ils^sont aussi parfaits de structure qu'aucun autre, et qui sait les liens qui rattachent notre terre à l'histoire universelle du mal et du péché ?

Les fléaux de la nature. Dieu ne les a-t-il pas prédestinés en vue de notre race déchue et pervertie ?

Les monstres. Dans le monde de la nécessité comme dans celui de la liberté, Dieu laisse un jeu très grand aux causes secondes.

Les insectes parasites et les vers intestinaux. Nul n'a cherché encore à déterminer les limites de la force créatrice communiquée de Dieu à la terre d'après la Genèse '.

A notre tour nous attaquons les matérialistes qui nient la sagesse créatrice de Dieu, et notre argumentation se résume en un mot : le calcul que présupposent toutes les choses et les êtres visibles.

* Voy. mon Histoire de la terre d'après la Bible et géologie^ 1856, pag. 76 et suiv. Flammarion pag. 198.

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Platon l'a dit : « Dieu est géomètre dans toutes ses œuvres. >^

« Dieu a tout fait avec poids, nombre et mesure, » lit-on dans V Ecclésiastique.

« Il n'y a pas de nature, tout est arl, et l'art annonce l'ouvrier. » Parole hardie et sublime qui est de Voltaire, qui a dit en vers :

L'univers m'embarrasse et je ne puis songer Que cette horloge existe et n'a pas d'horloger.

<' Il y a de la métaphysique, de la géométrie, de la morale partout, » a dit le plus grand génie des temps modernes, Leibnitz.

Linné : « Toutes les choses créées portent le témoignage de la sagesse et de la puissance divine *. »

Et pour qu'on ne croie pas que cette foi en un Dieu créateur disparaisse avec les progrès plus récents des sciences physiques, citons J. Herschell :

« Plus le champ de la science s'élargit, plus les démonstrations de l'existence éternelle d'une intelligence créatrice et toute puissante deviennent nombreuses et irrécusables. Géologues, mathématiciens, astronomes, naturalistes, tous ont apporté leur pierre à ce grand temple de la science, temple élevé à Dieu lui-même. »

Tout est art et calcul dans le système solaire que Laplace a décrit dans son livre de la Mécanique cé-

' Voy. le passage complet, qui est admirable, dans Flammarion pag. 76.

leste, et les quatre grands génies qui ont fondé l'astronomie, adoraient le Créateur des mondes '.

Tout est art et calcul dans les lois qui régissent les forces physiques, dans celles des combinaisons des corps, dans leur cristallisation, dans les tons de la gamme et les accords musicaux, dans les couleurs. « J'ai vu dans toutes les forces de la matière lesins^ truments de la Divinité, » disait Humphred Davy : « le vrai chimiste voit Dieu dans toutes les forces multiples du monde extérieur. »

Tout est art et calcul dans l'économie physique de notre planète: « Après la constatation si évidente de l'ordre qui y préside, on pourrait aussi bien admettre que les rouages et les ressorts d'une montre ont été construits et assemblés par le hasard, que de donner à ce même hasard une direction dans les phénomènes de la nature. Tout obéit à des lois conformes au but suprême si clairement indiqué par le Créateur qui a voulu faire de la terre une habitation pour Fhomme. » Ainsi s'exprime le commandant Maury, celui qui a découvert les lois des courants aériens et maritimes.

Tout est art et calcul chez l'être vivant et organisé. Voici l'œil dont la structure excite l'étonnement de chacun par les plus ingénieuses inventions et par la finesse inouïe de l'exécution. Le poëte matérialiste

* Voy. les citations recueillies dans mon Histoire de l'astronomie dans ses rapports avec la religion. 1865, Pag. 57 et 58 ; 83 à 92.

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de Rome, Lucrèce, avait déjà prétendu que les organes du corps s'élaient faits tout seuls. Savez-vous ce que pensait de lui Voltaire ? « En philosophie, Lucrèce me paraît, je l'avoue, fort au-dessous d'un portier de collège et d'un bedeau de paroisse. Affirmer que ni Toeil n'est fait pour voir, ni l'oreille pour entendre, ni Testomac pour digérer, n'est-ce pas là la plus énorme des absurdités, la plus révoltante folie qui soiljamai- tombée dans l'esprit immain? Tout douteur que je suis, cette démence me paraît évidente, et je le dis *. » Le grand géomètre Euler disait pareillement de ceux qui croient que l'œil est formé au hasard : « Il est inutile de s'engager dans une dispute avec ces gens-là"; ils demeurent inébranlables dans leurs sentiments et nient les vérités les plus respectables. Leurs prétentions à l'égard des yeux sont aussi absurdes qu'injustes*. » Mais si l'art de chaque organe annonce l'artiste, que dirons-nous de l'art avec lequel tous les organes sont situés en leur lieu et mis en rapport mutuel, unis sans confusion, séparés sans isolement, pondérés et animés par le même principe de vie? Que dirons-nous de ce tourbillon vUal qui renouvelle constamment, en trente jours diton, la très grande partie de la substance de notre corps, et qui respecte scrupuleusement notre individualité, si bien que notre corps, qui se voit et se touche, s'écoule comme un fleuve, et que notre âme,

' Dict. phil. Dieu. — Flammarion, id. pag. i3L — - Flammarion, id. pag. 417.

qui ne se touche ni se voit, est seule constante, forte, et inaltérable ? Et cependant que sont toutes ces inventions de la divine sagesse au prix du germe et de Tœuf ! Dans ce gland est un chêne, cet œuf contient un aigle! L'aigle et le chêne sont là tout entiers, mais invisibles, mais en puissance, mais en espérance, mais en idée, et l'idée impalpable qui est et n'est pas, devient, sans jamais faillir, un certain être vivant t Et l'être vivant produira à son tour un œuf, un gland, et par la série des générations l'espèce se maintiendra de siècle en siècle sans varier!

Tout est art et calcul dans le système de la nature, dont les trois règnes forment comme un immense édifice où chaque espèce occupe sa place bien déterminée.

Tout est art et calcul dans la progressive histoire des faunes et des flores qui se sont sucîcédé à la surface de la terre depuis les origines de la vie organique jusqu'à l'homme, et M. Agassiz ne peut assez insister sur l'action créatrice de la Divinité.

A tous ces savants spiritualistes ou chrétiens, je devrais ajouter les deux illustres médecins Boërhave et Haller (Haller qui a pris la plume pour dr'fendre la révélation contre Voltaire , Rousseau et les encyclopédistes), le grand Cuvier, Biot, Faraday, Brewster et vingt autres.

Or, messieurs, quand tous ces géants de la science chantent ainsi en un chœur perpétuel les louanges du Créateur, quels seraient « les portiers de collège

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et bedeaux de paroisse »• qui se permeliraient de les siffler?

Les matérialistes, ne pouvant nierles faits et s'inscrire en faux contre Tévidence, sont dans un assez grand embarras. Les uns font une guerre à mort au but, à la cause finale. « Plus on a pris l'habitude de combattre les idées de finalité, plus il faut craindre les tentatives qu'on fait sourdement pour introduire dans la science fidée d'une finalité afin d'éclairer les phénomènes delà nature. » D'autres, comme Moleschott, déclarent « n'être pas assez téméraires ou assez aveugles pour dénier un dessein et un but*. » Mais le but n'est pour cette école que le terme auquel aboutissent aveuglément les causes efficientes, comme la loi n'est que le résultat du monde qu'elle éclaire après coup- ; et le progrès dans l'histoire de la nature est le résultat d'un certain instinct de créer inhérent à la matière (d'après M. Buchner), ou d'un ressort (^d'après M. Renan) qui la pousserait en avant \

Mais ne nous payons pas de mois et de métaphores, et puisque nous avons à faire à des savants qui ont un profond dédain pour toute vérité qui n'est pas expérimentalement démontrable, prions-les de fonder leurs assertions et leurs dogmes sur des faits.

Un ressort suppose une machine et il ne s'y pose

* p. Janet. Le matérialisme contemporain . pag. 132. — - Moleschott dans Flammarion, pag. 66. — ^ Flammarion, pag. i35.

pas soi-même. Quelle main donc a posé dans la matière primordiale, qui n'était pas une machine, le ressort de son évolution? Pareillement Tinslinct suppose nécessairement le système nerveux de l'animal, et comment prétendre que cette matière-là était un animal ? Parlera-t-on d'une force spontanée de production? Mais le propre de la force est la constance, et la matière produit après d'immenses périodes des êtres toujours nouveaux. Comparera-t-on cette force de production à la force vitale qui détermine le développement de l'œuf? Mais ici il y a un germe, et là il n'y a qu'une matière homogène, à moins toutefois qu'on ne veuille emprunter aux vieilles cosmogonies l'œuf du monde. Ici sort du germe un être dont l'espèce est parfaitement hmitée; là sort on ne sait d'où le minéral, d'où sort le végétal, d'où sort l'animal, d'où sort l'homme, d'où ne sort plus rien. Ici une force qui a pour but la continuité et la fixité de l'espèce ; là une force qui aurait pour but de faire de toutes les espèces organiques les variétés d'un être unique ; ici une barrière et un principe d'ordre, là une source de confusion et de désordre.

S'ils avaient été des Grecs ou des Romains, nos matérialistes auraient eu la ressource de supposer que le monde actuel n'avait point eu de commencement ni d'histoire, et avait été de toute éternité régi par les lois actuelles. C'est l'hypothèse que l'allemand Czolbe a tenté de renouveler dans son Exposition du sensualisme. Mais la géologie, qui confirme

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la Genèse, rend tout essai semblable impossible.

Nos matérialistes auraient eu aussi la ressource dans l'antiquité d'imaginer que les atomes, s'accrochant au hasard, avaient donné naissance à des milliers de monstres qui n'avaient pu vivre, et à quelques espèces correctes qui seules se seraient propagées. Mais la géologie n'a nulle part retrouvé de telles ébauches d'animaux et de plantes, et la science a ainsi banni le hasard de l'histoire de la terre.

Les panthéistes modernes, de leur côié, ont la ressource de placer dans leur matière un esprit inconscient, une intelligence infinie, une sorte de Dieu aveugle, qui lui donne le branle et la mène jusqu'à l'homme.

Mais nos matérialistes doivent se tirer d'affaire avec leur seule matière, et aussi ne s'en tirent-ils pas.

En effet, tout n'est pour eux que forces mécaniques, et ils font même des êtres vivants de simples machines. Or toutes les machines dont on constate l'origine par la méthode, seule valable, de l'expérience, sont, comme nos montres, l'œuvre d'un artiste, et nous, fidèles à la méthode de nos adversaires, nous disons que les machines de la nature qui dérobent à nos recherches leurs premiers commencements, doivent être, elles aussi, l'œuvre d'un artiste, du plus habile et plus ancien de tous, de Dieu. Ainsi les unes comme les autres supposent , selon nous, une intelligence qui en avait conçu distinctement ridée avant de la mettre à exécution.

Ici, messieurs, permettez-moi de vous raconter la conversation suivante entre deux professeurs, l'un disciple de Feuerbach, l'autre grand admirateur de Platon, qui se trouvaient accidentellement dans le même salon.

Le premier exposait avec feu son système, quand l'autre, s'approchant, lui dit:

— Vous prétendez donc que la matière pense ?

— Je prétends que le cerveau sécrète la pensée comme le foie la bile, les reins...

— Laissez, je vous prie, la fin de votre phrase qui n'esi que trop célèbre au-delà du Rhin. Mais permettez-moi une objection. L'effet doit être de même nature que la cause. Je conçois une cause matérielle, le foie produisant la bile; je ne puis concevoir la pensée qui est spirituelle, engendrée par le cerveau.

— Vos vieux préjugés vous crèvent les yeux ; le spirituel est un mot vide de sens, et le cerveau qui est le plus parfait de nos organes, sécrète la moins matérielle de toutes les substances.

— Vous affirmez ainsi qu'un cerveau seul peut penser, et qu'il ne saurait exister une pensée qui n'ait été produite par un cerveau.

— Tout autant vaudrait dire que le foie peut ne pas donner de la bile, et qu'il existe une espèce de bile qui ne procéderait pas du foie.

— Mais voyez cependant celte montre avec tous ses rouages, qui supposent tant de rétlexions, de calculs, de combinaisons?

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— Une montre est la réalisation d'une idée sécrétée par le cerveau de l'horloger.

— Vous ne reculez devant aucune conséquence de votre système. Il va sans dire que, niant la présence d'une âme dans l'homme, vous n'admettez pas l'existence dans le monde d'un Dieu vivant et spirituel.

— Tout n'est que matière et forces.

— Quand par une nuit sereine, je contemple cette multitude infinie de soleils qui brillent, chacun à son rang, dans la voûte azurée, les sentiments d'adoration que je ressens pour l'Etre infini qui, d'un mot, a tiré du néant l'univers, ne sont qu'une sécrétion viciée de mon cerveau malade?

— Et que le résultat d'une éducation superstitieuse.

— Notre système solaire, n'est donc comme tous les amas d'étones et toutes les nébuleuses que le produit des forces de la matière?

— Sans le moindre doute.

— Mais les astronomes aiment beaucoup le nom de mécanique céleste.

— Le nom ne fait rien à la chose.

— Je vous demande pardon ! le nom importe beaucoup. Rien, en effet, de plus semblable à une machine que ces planètes et ces satellites tournant chacun autour de son corps central, comme une roue sur son pivot, et s'engrenant en quelque sorte, les uns dans les autres, d'après un plan, si artistement

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combiné que tout choc est impossible et que l'équilibre général est assuré pour des milliers de siècles. Or, toute machine est, ainsi que la montre, la réalisation d'une idée, et comme toute idée est nécessairement, selon vous, sécrétée par un cerveau quelconque, ayez la bonté de me dire quel est dans l'univers le cerveau qui a sécrété le plan du système solaire.... Vous vous taisez. En attendant votre réponse, vous me permettrez de croire qu'au commencement Dieu créa les deux et la terre.

Le professeur en matérialisme prit son chapeau et sortit furieux.

Cet argument est en effet sans réplique , et les matérialistes sont contraints de dire que les machines auxquelles nous donnons très logiquement Dieu pour auteur, n'ont point été exécutées d'après une idée préconçue et qu'elles se font toutes seules en une manière quelconque et par une cause quelconque.

Mais ils sont absolument hors d'état de prouver par l'observation directe que ces machines, radicalement différentes de celles de l'homme, se produisent sans un ouvrier inteUigent, et leur explication est une de ces hypothèses en lair qui, ne pouvant être d€montrées par l'expérimentation, ne méritent, de leur propre aveu, qu'un profond dédain. Elles sont un roman, et quel roman !

Voyez-vous, messieurs, dans les fastes de la géologie, la nature terrestre à l'ordre du Créateur s'a-

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vancer pas à pas vers l'état de choses qui permettra à l'homme de vivre et de déployer toutes ses facultés. Détrompez-vous : c'est un voyageur sans tête qui suit un sentier d'un pied de large entre deux précipices, et qui arrive au terme de sa route après quelques milliards d'année de marche sans avoir fait un faux pas!

Ce monde que nous croyons l'œuvre de Dieu , parce que tout y est fait avec poids, nombre et mesure, serait le chef-d'œuvre d'une matière qui ne sait ce que c'est que mesures, chiffres et pesanteur, et qui néanmoins ne fait jamais la moindre erreur. Elle n'a pas un atome d'intelligence et résout d'emblée les plus liauts problèmes de l'algèbre î

Dans le domaine de la vie organique, elle fait naître à chaque heure des millions de semences végétales et d'œufs d'animaux renfermant chacun une idée qui sans faillir devient un être vivant. Elle ne manque donc jamais son but, et pourtant elle ne saurait viser, et c'est par un pur ressort que ce carabinier sans yeux et sans cervelle, avec des armes qui lui sont inconnues, loge à chaque heure quelques millions de balles dans le blanc de quelques millions de cibles t

Ne faut-il pas, messieurs, être singulièrement crédules pour adopter sérieusement et professer de pareilles fables?

Pour se faciliter l'explication de l'histoire de la terre, les matérialistes ont eu recours à la généra-

tion spontanée et à la transformation des êtres s'opérant pendant des milliards de millions de siècles.

Mais la génération spontanée, qui est très contestée et que nient formellement les juges les plus compétents, prouverait uniquement que le Créateur a accordé à la matière plus de puissance qu'on ne le supposait.

Et, quant à la transformation des êtres passant d'un genre, d'un ordre, d'un règne dans un autre, M. Darwin n'a pas su trouver dans les immenses annales de la paléontologie des faits positifs en faveur de son hypothèse, qui n'est donc qu'un dogme et un roman pour l'école des vérités sensibles.

L'école croit diminuer ses embarras en entassant les millions de siècles. Mais ils ne sont que de la poudre qu'on nous jette aux yeux. L'éternité ne ferait pas qu'un cercle soit carré et l'impossible possible, et ce qui est possible n'a pas besoin de périodes si immenses pour se produire. Une guenon, une brute peut-elle mettre bas un enfant doué de la conscience de soi et de la parole, ou un être peut-il naître singe et mourir homme? Si oui, le fait se sera passé aussi bien cent ans que cent mille ans après l'apparition du premier singe. Mais qui ne connaît le sophisme du chauve et du chevelu qui avait diverti pendant quelques années toute la Grèce, et qui, grâce aux progrès du temps, est devenu l'arme très sérieuse de l'incrédulité moderne ? Le chauve est ici le singe : on vous prie de lui donner rien qu'un cheveu par

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mille ans; c'est si peu de chose pour un si long temps, vous y consentez; mais au bout d'un million d'années, notre chauve est un chevelu, je veux dire un homme.

Au reste, ce temps indéfiniment long dont les matérialistes font le créateur de l'univers, est pour nous une très vieille et bonne connaissance. Qu'est il autre que le dieu Chronos des Hellènes et le Saturne des Latins? La substance primordiale de nos athées est pareillement renouvelée des Grecs : qu'estelle autre que le Chaos d'Hésiode, et les forces de cette substance ne sont-elles pas l'Amour de ce poëte théologien ? Ces trois règnes enfin de la nature qui s'engendrent successivement, valent-ils mieux que ceux des myihologies où le fils remplace son père sur le trône du monde? Les progrès brillants que la science moderne fait miroiter aux yeux de nos contemporains, consisteraient-ils à revenir aux grossières superstitions deTenfanco de l'humanité et aux théogonies des nations païennes ?

C'est ainsi que les matérialistes font sortir d'une matière identique des êtres divers, du repos le mouvement, de la substance brute l'organisme, d'une cause aveugle le but, de la matière l'esprit conscient et libre. Eux qui se disent les gens de la seule vraie science, substituent à la révélation basée sur des faits, la plus fabuleuse et fantastique de toutes les dogmatiques. Ils se rient de nos croyances et couvrent de ridicule nos mystères. Mais ils ne savent que

reproduire d'anciens mythes, et la Vérité se venge sur eux de leurs insultes en les jetant la tête la première dans Tabsurde.

C'est à ces conditions là que les matérialistes excluent de l'univers l'Esprit créateur. Voyons maintenant comment ils s'y prennent pour bannir des créatures terrestres toute substance, toute force spirituelle, et pour réduire la plante, l'animal et l'homme à n'être que de la matière organisée sans intelligence, sans âme et sans vie.

§ 3. Négation du principe vital et de l'âme.

« La prétendue force vitale est une chimère. » (Du Bots-Reymond.)

« Il n'existe pas de différence entre les phénomènes de la nature morte et ceux de la nature vivante. Dans les organismes il ne s'ajoute point aux molécules matérielles des forées nouvelles. » (Le même)

« La force vitale est une pure supposition qui ne saurait nier sa parenté avec la croyance au diable et la recherche de la pierre philosophale. » (Virchow.)

Les matérialistes nient avec une extrême vigueur la force vitale chez la plante, parce que, cette concession une fois faite, ils ne pourraient plus refuser l'âme à l'animal et l'esprit à l'homme. Ils prétendent

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