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NÉGATION DE L AME

Préfargiers tous les temples, où ils enfermeraient les derniers des momiers pour les mieux nourrir, les évacuer et les doucher, supprimeraient-ils au moins en même temps la misère, la maladie, le deuil et la mort? Hélas ! messieurs, toutes vos soulïrances vous resteraient et on ne vous aurait ôté que vos consolations.

La douleur, qui est pour le chrétien un châtiment du péché, un creuset de purification, le marteau qui brise nos chaînes terrestres, une ancre jetée dans la vie avenir et bienheureuse, ne serait plus qu'une fatalité brutale. Le deuil ne serait plus tempéré par l'assurance du bonheur de ceux qui nous devancent, et par l'espoir de les retrouver pour l'éternité. La soumission à la volonté de Dieu, qui adoucit les souffrances physiques et morales, disparaîtrait des cœurs. La prière serait délaissée, et avec elle cesseraient de descendre de Dieu sur nous ces grâces puissantes qui nous restaurent intérieurement et ravivent nos forces. Nous nous trouverions seuls, sans secours, aux prises avec l'hydre des douleurs, et nous verrions peut-être notre vie entière s'écouler dans ce combat affreux avec la désespérante perspective de notre prochain anéantissement.

Le matérialisme affranchit, j'en conviens, tous les hommes des terreurs de Dieu et de l'enfer ainsi que du remords, et il apporte aux gens bien portants l'évangile des jouissances matérielles. Mais il est sans pitié pour les malheureux, c'est-à-dire pour

Timmeiise mullitude des hommes. 11 prépare d'ailleurs une ère où les beaux-arts, tleur délicate de notre vie psychique, seraient abandonnés de tous, et je ne veux pas chercher quelles conséquences politiques aurait son triomphe pour nos sociétés civiles et spirituelles. Enfin son action sur les esprits est due à l'audace avec laquelle il abuse des faits de la nature pour trancher, en dépit de sa méthode, toutes les grandes questions de la métaphysique. Il nous reste à étudier son histoire, qui nous fera connaître sa vraie nature. Tel sera le sujet de notre dernière conférence.

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