DEUXIEME CONFÉRENCE. L'HISTOIRE DU MATÉRIALISIVIE
Messieurs,
Nous allons aujourd'hui réfuter le malérialisme, non plus par les faits de la nature ni par ceux de l'esprit humain, noais par ceux de Fhisloire. On reconnaît l'arbre à ses fruits, et les fruits de ce système sont vénéneux, ainsi que l'altesient d'une manière irréfragable les fastes de Thumanité.
Les malérialisles usent contre nous de ce même argument et prouvent par les fruits de la religion que celle-ci fait le malheur des peuples.
A les en croire, la religion dont il n'existe aucun germe, aucun besoin, aucun sens dans notre âme, serait née de la terreur inspirée par les éclats de la foudre et par les fléaux de la nature ; ou, mieux encore, elle serait une supercherie des prêtres
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qu'aurait rendue possible la slupidilé des peupl Cette dernière opinion est celle de d'Holbach son Bon sens du curé J. Meslier, qui estrévangiledes matérialistes français. «La religion est non-seulement le plus impuissant des freins qu'on puisse opposer aux passions ; mais elle fausse la conscience et paralyse la morale : aide au sacredoce à assouvir ses passions ; fait des princes des despotes injustes et licencieux et des peuples d'abjects esclaves; surtout verse des flots de sang pour des disputes théologiques, fait un devoir de la persécution là plus cruelle et lâche la bride à la férocité du peuple en la légitimant. Ainsi le plus grand service à rendre à l'humanité, ce serait de l'affranchir de l'esclavage de la superstition en lui démontrant que Tâme et Dieu sont de vains mots. »
Nous convenons sans hésiter que ces accusations ne sont point sans fondement. Mais nous ne confondons pas l'arbre de vie planté de Dieu sur la terre avec les lianes qui l'enlacent et l'élouffent ni avec les entes d'arbres vénéneux que les hommes méchants y ont pratiquées. Autre est la religion de Moïse, David et Esaïe, autre celle des Br^hmines; autre la religion des chrétiens évangéliques et de l'Eglise invisible, autre celle des papes et des grands inquisiteurs ; autre est la religion de Loyola, autre celle de Pascal ; autre la religion de Louis XIV adultère et persécuteur, autre celle des huguenots, ses victimes.
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Tous les crimes commis au nom de la religion ne sont même à nos yeux qu'un argument invincible en faveur de la profonde corruption de notre race et de son étal de cliute. Rien ne nous surprend de l'homme déchu. Chacun .sait d'ailleurs que les choses les meilleures, en se corrompant, deviennent les pires. Pascal a dit vrai : « Jamais on ne fait le mal si pleinement et si gaiement que quand on le fait par conscience. » Ainsi donc le fanatisme et la superstition, qui sont la perversion de la religion et de la foi, seront les plus grands lléaux de l'humanité, et ces fléaux ne seront nulle part plus énormes et pernicieux que dans les pays où Ton professe la religion révélée, précisément parce qu'elle ébranle le plus fortement toutes les facultés de Tâme et qu'elle peut plus que toute autre les exaller outre mesure. Toutes les attaques des matérialistes portent donc sur les abus de la religion, que nous condamnons aussi sévèrement qu'eux. Mais nous trouvons en même temps à toutes les pages de l'histoire la preuve que la religion fait la vie, la force et la gloire de tous les peuples, tandis que le matérialisme les tue.
Les matérialistes ne jugent pas comme nous les faits historiques.
L'homme d'après eux se guérirait par lui-même, avec le progrès des âges, de la religion, qui serait une maladie de sa jeunesse. Voici quelle est leur loi du développement des peuples. Elle comprendrait quatre âges: celui de la sauvagerie dans les forêts;
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celui de la religion ou de la superstition, laquelle naîtrait dans les esprits par les terreurs de la foudre, des tempêtes, des tremblements de terre, des déluges ; celui de la philosophie qui par les réflexions de la raison découvre le néant des croyances nationales, mais qui substitue aux dogmes de vaines idées et des abslraclions creuses ; enfin, Tâge des sciences naturelles, expérimentales, positives qui détrônent à leur tour la philosophie, et qui amène le règne de la vérité, c'est-à-dire de l'athéisme et du^matérialisme.
La loi même, sans les commentaires athées, s'écarte peu de la vérité. En voici la juste formule : Le premier âge est celui, non de la sauvagerie, mais de la vie patriarcale, qui a déjà sa religion et son culte; le second est celui de la religion nationale et de l'Etat, en même temps que celui de la fleur, de la puissance, de la gloire du peuple; le troisième âge est celui du déclin et de la philosophie; le quatrième âge est celui delà vieillesse ou des sciences positives, du bien-être général et du matérialisme, le matérialisme étant à nos yeux la gangrène qui marque la pourriture intérieure de la société humaine et en annonce la ruine prochaine. Nous allons le voir faire trois fois son apparition dans l'histoire lors de la décrépitude du monde antédiluvien, du monde païen et du monde chrétien.
Mais à la loi du développement des nations nous en ajoutons une autre: celle du développement de l'humanité elle-même, et cette loi est celle des pro-
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grès en sens contraires de la religion et de rincrédiilité.
La vie religieuse a été palriarcaie et naïve dans le monde antédiluvien; sacerdotale, cérémonielle, tout extérieure dans le monde ancien; intérieure, spirituelle, riche en œuvres d'évangélisation et de charité dans le monde chrétien. Elle transformera rhomme entier et sanctifiera tous ses divers genres d'activité dans le quatrième monde, qui viendra en son temps.
Si l'on me permettait de représenter la piété du premier monde par le chiffre 3, celle des mondes suivants le serait par les nomhres 9, 27, 81, 243, 729, etc.
Je vous ferai observer que d'après nos croyances chrétiennes les révélations divines suivent une marche progressive toute pareille. Elles sont excessivement rares avant le déluge ; elles se multiplient en Israël où l'Eternel fait habiter sa gloire, voilée îi tous les regards, dans le sanctuaire du temple ; le troisième âge s'ouvre par l'incarnation du Verbe et p;ir le don du Saint-Esprit à tous les fidèles; et nul de nous ne peut prévoir les grâces surnaturelles réservées au quatrième âge.
Cependant si la vraie humanité s'élève du paradis d'Eden au paradis des cieux par quatre degrés, l'autre humanité descend par quatre degrés pareils du paradis vprs les sombres abîmes de l'enfer. Le mal augmente dans la même proportion que le bif^n. Comme ledit St. Jean dans sa Révélation: « Le juste
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devient loujours plus saint et Tinjuste plus méchant. » Le péché aboutit avant le déluge à un matérialisme pratique, irréfléchi, inconscient, presque naïf; vers la fin du monde païen, à un matérialisme philosophique qui est un déisme inconséquent; vers la fin du monde chrétien, à un matérialisme absolu, haineux et persécuteur. Il aboutira vers la fin du quatrième âge à un matérialisme qui ne discute même plus avec ses ennemis et qui prétend les égorger tous en un jour.
Vous me demanderez sans doute comment ses différentes lois s'harmonisent. Nous allons le voir tout à l'heure en esquissant l'histoire des quatre mondes antédiluvien, païen, chrétien, millénaire. Chacun de ces mondes est par sa vie religieuse en progrès sur le précédent. Mais les peuples qu'il embrasse, après avoir atteint le comble de leur foi et de leur gloire, déchnent et tombent vers la fin de leur existence dans un matérialisme pire que celui du monde antérieur.
Nous sommes ainsi d'accord avec les matérialistes sur leurs triomphes vers la fin de chaque monde. Mais, s'ils se glorifient d'avoir toujours le dernier mot, ils ont cela de commun avec la mort qui , elle aussi, dot toute vie humaine, et ils ne voient pas que la religion, qu'ils espéraient avoir anéantie, leur survit et renaît plus puissante et glorieuse que jamais. Or, la série de sa progressive croissance est si régulière que nous pouvons et devons admettre