L IDEE DE DIEU. O
muable, et se suffit pleinement à lui-même. Il est esprit, pur esprit. Il a pour attribut la puissance infinie, l'infinie intelligence, Tamour infini. Il a la pleine conscience de lui-même, et sa liberté souveraine s'appelle son bon plaisir. Il a créé toutes choses de rien, pt ij gouverne ses créatures libres selon son infinie justice Il est le Dieu trois fois saint et jouit d'une félicité parfaite.
Cette idée de Dieu, nous la devons aux révélations mêmes du Dieu de Moïse et de Jésus-Christ. Les déistes, comme tous les autres philosophes, seraient donc en droit dp la récuser. Mais, à tout bien considérer, elle n'est que l'analyse de la notion de l'être parfait qui ne se distingue pas de celle de Dieu, et seule, elle répond à toutes les exigences de notre raison, de notre instinct religieux, de notre conscience et de notre cœur.
Les déistes, loin de l'attaquer, s'en feraient bien plutôt avec nous les champions, car leur idée de Dieu semble ne point différer de celle que nous venons de développer. Cette bonne entente est si imprévue, si étrange, si importante dans la présente discussion que nous tenons à la bien constater. Voie? le texte de Rousseau : « Il est certain que le touî (l'univers).... annonce une intelligence unique... Cet être qui veut et qui peut, cet être actif par lui-même, cet être, enfin, quel qu'il soit, qui meut l'univers et ordonne toutes choses, je l'appelle Dieu. Je joins à ce nom les idées d'intelligence, de puissance, de vo-
58 LE DIEU MORT El LE DIEU VIVANT.
lonlé que j'ai rassemblées, el celle de bonté qui en
«st une suile nécessaire » Le passage suivant
nous paraît résumer les idées de M. J. Simon ' :
« Dieu est la raison de l'existence du monde; il est donc une substance éternelle el nécessaire. Il a produit le monde ; donc il l'a connu et voulu ; il est une volonté éclairée. Comme sa substance porte la raison de son existence avec elle, son entendement ne peut dépendre de nul autre, et sa volonté ne peut être gênée ou limitée dans son exercice. Par le même motif, la puissance dont cette volonté dispose, est absolue. La puissance va à l'être, la sagesse ou l'entendement au vrai, el la volonté au bien. Dieu est infini dans sa substance, dans son entendement, dans sa bonté et dans sa puissance; car s'il n'était pas infiniment infini, c'est-à-dire parfait, il ne serait pas nécessaire et par conséquent il ne serait pas. De plus, il n'y a qu'un Dieu ; car un seul Dieu étant nécessaire, il n'y a aussi qu'un seul Dieu de possible. Enfin Dieu possède le bonheur parfait, parce qu'il a en lui-môme sa cause et sa fin. A ces attributs que notre raison découvre, se joignent tous ceux, en nombre infini, qui, n'ayant aucune analogie même lointaine avec ce que nous connaissons, restent nécessairement inconnus à notre pensée. Quand nous le considérons dans ses rapports avec le monde, nous disons qu'il en est le créateur, c'est-à-dire que sa
« Pag. 34. Comp.XIV, 144 et U5. 153, 164, etc.
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volonté suffit pour expliquer Texistence de la substance et des phénomènes du naonde: qu'il en est le roi, c'est-à-dire qu'il y dispose toutes choses vrrs le bien avec une puissance absolue, et qu'il en est le père, car, se suffisant à lui-même, il ne peut se porter que par amour à produire une créature et à la gouverner. »
Toute la Religion naturelle atteste que l'auteur reconnaît dans la divinité, avec les attributs métaphysiques de l'unité, de Téternité, de l'immutabilité qu'on ne pourrait lui contester sans la nier, les attributs moraux que suppose ou proclame chaque ligne de nos Saintes Ecritures : puissance, intelligence et sagesse, justice, bonté, charité, amour et miséricorde, liberté.
Les déistes accordent très libéralement à Dieu un nombre infini d'attributs [ibsolument inconnus. Mais ces attributs ne peuvent que s'ajouter aux autres sans les altérer, ni même les modifier en rien ; car chaque attribut est en Dieu une perfection, et toute perfection est absolue en soi.
Ainsi donc, semble-l-il, les déistes et nous connaissons du Dieu incompréhensible ou en partie caché les mêmes perfections, et, l'idée de Dieu étant la même, nous devrions les uns et les autres arriver logiquement aux mêmes conséquences, comme nous le disions avant la discussion.
Mais voici comment nous nous tournons le dos dès le premier pas en avant.
Des attributs moraux que nous venons d'ônumërer, nous, chrétiens, tirons la conclusion que Dieu est esprit et que sa nature n'est donc pas incompréhensible.
En effet il n'existe que deux natures ou substances: la matière et l'esprit. La matière se définit par l'étendue et l'inertie ; l'esprit, par la vie spontanée, la conscience de soi et la liberté, et a pour attributs de penser, d'aimer et de vouloir. Or le Dieu des déistes et le nôtre répond traits pour traits à la définition de l'esprit. Il est donc une substance spirituelle, il est l'esprit infini. Supposer qu'il a une troisième substance qui ne serait ni spirituelle ni matérielle, serait la plus arbitraire de toutes les hypothèses, puisque tout ce que nous savons de Dieu s'explique de la manière la plus complète par celle de sa spiritualité, et qu'il impliquerait contradiction de donner tous les attributs de Tesprit à une substance qui ne serait inconnue qu'à la condition d'être aussi peu spirituelle que matérielle.
Notre conclusion, qui nous paraît fort logique, est rejetée sans discussion par les déistes. La nature de Dieu est pour eux incompréhensible. Rousseau, « quand il entend dire que son âme est spirituelle ei que Dieu est un esprit, s'indigne contre cet avilissement de l'essence divine, comme si Dieu et l'âme humaine étaient de même nature'. ;> M. J. Simon,
' Ton). IX (édit. de Lyon 1796), pag. 76.
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qui s'était compromis par un langage trop biblique, se réiracle: « C'est par un abus manifeste que nous employons les mots d'être, de penser, de sentir, de vouloir tantôt en parlant de Dieu, et tantôt en parlant de nous-mêmes ; car ces mots ne peuvent a^^oir le même sens dans les deux cas. Nous savons ce qu'ils signifient appliqués à nous; transportés à Dieu, ils n'expriment que des idées vagues et indéterminées.... Quand nous disons de lui qu'il est, qu'il pense, qu'il veut, souvenons-nous que cela veut dire seulement qu'il est la cause parfaite et inconnue de ce que nous .appelons l'être, la pensée, l'amour et la volonté *. »
Mais suivons M.Simon dans Tarène où il lutte avec le panthéisme. Voyez alors, messieurs, comme la nature de Dieu lui est bien connue, et comme il sait de science certaine qu'elle est spirituelle. Prend-il même la peine de le prouver? Non, il semble ne pas même soupçonner qu'on puisse le lui contester. Il n'y a pas en Dieu le moindre atome de matière ; les choses finies n'ont pu sortir de lui par une simple émanation ; il les a créées de rien par un acte de libre volonté.
Mais un Dieu libre et conscient et vivant, en qui il n'y a point de matière, est nécessairement esprit, et par la plus flagrante des inconséquences, les déistes opposent au panthéisme le Dieu-esprit de la révélation , et aux chrétiens un Dieu incompréhensiblf qui ne peut être esprit.
* Pag. 82.
Dieu, étant Tespril infini, a fait à son image l'esprit de l'homme, et à l'image de cet esprit le corps de l'homme. C'est Moïse qui nous a révélé à la première page de la Genèse cette vérité d'une incalculable portée, et elle a été retrouvée par Platon, plaçant le souverain bien de l'homme dans sa ressemblance avec Dieu. Il y a donc analogie entre notre esprit fini et l'esprit infini de Dieu; nous pouvons entrer par la porte étroite de la psychologie dans le domaine incommensurable de la théologie, et le langage anthropomorphique delà Bible est fondé sur la vraie et semblable nature de Dieu et de l'homme.
Mais le déisme nous barre le chemin en des termes assez rudes: L'anthropomorphisme est « absurde » et conduit à « l'idée païenne d'un Dieu semblable à nous '. »> Et il ajoute: « Dieu est seul. Il n'a point d'analogues, il ne rentre pas dans une classe, il ne peut être défini. Il faudrait pour parler de lui une langue dont les mots ne fussent pas applicables aux créatures*. » « L'infinitude ne peut-être analogue à son contraire, c'est-à-dire à ce qui est fini. Si les formules scientifiques étaient également vraies pour le fini et pour l'infini, il s'en suivrait qu'elles étaient fausses ^ » « Notre soin principal est d'établir que, faute d'analogie avec nous-mêmes et avec le monde, la cause première nous est nécessairement inaccessible*. » *< Cette cause divine produit l'être,
♦ Simon, pag. 48. — - Pag. 45. — ' Pag. 51. — * Pag. 213.