XV
A quoi sert le nom de roi ou d'empereur porté par le chef d'une natiern ? A en imposer par le titre et la pompe qui s'y attache. A en imposer à qui ? A des hommes ou à des sujets ? Avec des hommes, pas n'est besoin de titre
et d'apparat. Le chef tient d'eux sa puissance et son prestige. Il ' vaut ce qu'ils valent. Avec des sujets, il faut le titre et l'apparat, et les sujets ne valent que ce que vaut le roi.
Sommes-nous et voulons-nous être des sujets, ou sommes-nous et voulons-nous être des hommes ?
Soyons des hommes, mais soumis à une discipline nationale, subordonnée aux traditions capitales. Telle est la vraie politique.
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Pour la plupart d'entre nous, la politique n'est pas même la connaissance des lois historiques, sociales, économiques d'où dépendent l'harmonie entre les Etats et, dans les Etats, l'harmonie entre \ts particuliers ; elle est simplement la place, l'argent, l'honneur du voisin.
Vivant presque tous dans l'ignorance et le besoin, nous sommes incapables de raisonner. Et cependant, nous prétendons nous mouvoir sainement dans Texercice de ce que nous appelons la liberté. Mais gênés, à présent, nous commençons à soupçonner l'insalubrité du suffrage dit universel. Nous pouvons donc comprendre qu'il faut proportionner nos droits à nos devoirs naturels et non à des chimères.
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Il est proprement stupide d'appeler suffrage universel un suffrage où la femme et Tenfant ne sont pas représentés.
Un mode de suffrage, ennemi de la famille, est ennemi de la patrie.
L'éternelle erreur des hommes, qui se mêlent de faire des lois, est d'oublier que la Société n'est qu'un produit de la Nature.
La nature a mis en nous des instincts sociaux. Il faut en tenir compte pour établir l'ordre social. Deux de ces instincts sont primordiaux et déterminent la société : l'instinct de possession, l'instinct de conservation.
L'instinct de possession engendre en nous la personnalité, puis le sens de la famille et l'attrait de la patrie.
Nous commençons par penser : « ceci est à moi, » puis nous disons : « ma maman, mon jouet, ma maison, mon jardin.
mon école, mon métier, mon argent, mon ami, ma femme, mes enfants, mon pays ... »
L'instinct de conservation s'exprime socialement par l'organisation des armées.
L'instinct de possession et l'instinct de conservation doivent être à la base du suffrage universel, conscient des lois naturelles d^où sort l'ordre social.
Le vote plural, représentant, non les hasards de la naissance ou de la fortune, mais les instincts sociaux immua-
bles, assainit aussitôt le suffrage et met en harmonie TEtat et la Nature.
Que le citoyen ait une voix ; que le soldat présent ou passé ait une voix ; que la iemme aussi en ait une, soit par elle-même, soit, à son gré, par délégation en faveur de son mari, si elle est mariée ; que chaque enfant aussi soit représenté par le père ou, à son défaut, par la mère, tel est le vœu de la Nature, mère du peuple souverain.
Il faut que rélecteur ait des droits proporLionnés à sa compréhension de l'équilibre social, lequel dépend des institutions de défense représentées par l'armée, et de
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celles de foyer, de labeur et de biens, synthétisées par la famille. La vérité politique est donc dans le vote plural^ basé sur le devoir militaire et le devoir familial K
i. Il serait simple de donner à l'électeur un carnet d'identité politique, visé, chaque année, au lieu de sa résidence légale, et qui déterminerait sa capacité élective, calculée à raison de : r" une voix indistinctement accordée à tous les électeurs; 2" une voix reconnue à l'aptitude, présente ou passée, au devoir militaire; 3» une voix au mari ayant une femme légitime vivante; 40 une voix au père ayant deux enfants vivants, légitimes ou légitimés; une voix de supplément pour chaque fois deux enfants vivants au-dessus des deux premiers.
On dira: « quelle comptabilité! » Non, rien de plus facile. C'est le livret de famille tenu à jour. Evidemment, il faudrait: une fois par an, que l'électeur mette aa,-pet sa situation politique et passe un quart d'heure à la Mairie. Ne convient-il pas, d'ailleurs, de réorganiser le droit de vote^ de le hausser moralement, de détourner le citoyen de s'en désintéresser .' On sait combien le négligent!
Une des principales réformes à souhaiter serait de donner au vote plus de poids en reportant à vingîcinq ans d'âge la majorité politique. A vingt-et-un ans, l'homme ne s'est pas encore acquitté du service militaire; il est à peine entré dans sa carrière, et, outre l'inexpérience de la jeunesse, l'incertitude do sa situation sociale fait de lui un participant à la volonté nationale insuffisamment autorisé.
La terre ni rhumanité, l'homme ni la société n'ont été créés par des théoriciens assemblés en conseil, et ceux-ci, quoiqu'ils imaginent, ne sauraient aller impunément à rencontre des forces éternelles qui décident de Tordre, ici-bas comme dans l'infini.
La plus grande force sociale est la force de l'amour. Elle est la première qui, dans l'homme l'incline à se diriger, s'améliorer, se continuer par la famille.
Malheur à l'homme seul!... Malheur à l'être stérile! Malheur au peuple infécond !
Bâtir sur le mensonge, voilà ce que nous avons fait en bâtissant sur le suffrage dit faussement universel.
Quel réveil pour celui qui habite les nuées et vit dans l'illusion !
Rien n'est plus lugubre que la fin d'un grand peuple rongé d'erreurs et de vices. 11 se débat dans ses parties saines; elles ne veulent pas mourir.
L'héroïsme d'une race ne prouve pas sa
vitalité. On ne fait que passer dans l'héroïsme, on n'y séjourne point. C'est une affaire de circonstances et qui nous est, le plus souvent, imposée. Le difficile n'est pas d'être un homme brave, une fois en passant; c'est d'être un brave homme tous les jours.
D'où vient cette malhonnêteté dominante qui détruit le respect par l'insolence, l'armée par l'indiscipline, la famille par le divorce, et qui débride en nous les lâches appétits?
Nous cherchons partout la cause de nos maux, et elle est en nos âmes. Si avant de parler de réformer qui que ce soit, et quoi que ce soit, nous commencions par nous réformer nous-mêmes.
Pourquoi mentir, pourquoi duper, pourquoi voler? Pour une place? Pour de l'argent? Qu'est-ce que cela dure? Et quel prix le paie-t-on? Car tout se paye!
Si Ton nous enseignait bien qu'il est une inévitable justice avec laquelle, tôt ou tard, il faut compter, nous serions meilleurs.
Partis, clans, divisions, disputes, violences, attentats, révolutions : éternelle lutte de riiomme contre l'homme, inéluctable fatalité de l'épreuve terrestre^ à quoi les peuples raisonnables opposent cette unifi-
cation des consciences et de la compréhension de la vie, qui, seule, résulte d'un système religieux.
Voilà le grand mot lâché: le sort de l'homme n'est qu'une affaire de religion, et la destinée d'un peuple une question de théologie.
Il faut être d'un foyer, d'un pays et d'un ciel.
Les frontières existeront donc toujours?
Les hommes ne seront donc jamais des
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frères? Le Progrès ne triomphera donc pas en ce monde ?
Patience! Nous comptons seulement, dit Svante Arrhénius, environ cinq cent millions d'années de vie organisée sur la terre. Il faut le temps !
Les hommes se sont haïs de forêt à forêt, de clocher à clocher, de province à province, pourquoi, de peuple à peuple, ne cesseraient-ils pas de se haïr?
Parce que la forêt, le clocher, la province dépendaient d'une certaine unité de sol ou d'espèce, et que tout a son terme ici bas, et qu'il ne faut pas placer la raison dans des comparaisons.
Nous ne nous entendons pas sur les
mots d'une même langue qui est la nôtre, et nous prétendons nous entendre sur les mots que prononcent des hommes qui parlent d'autres langues.
Ah! s'il existait un langage unique !
On n'oublie qu'une chose : une langue universelle existe : celle de l'honneur. Regardez de près: les règles en sont partout identiques, mais nulle part on ne les trouve exactement écrites. Elles sont dans le coeur de l'honnête homme.
Mille routes vont au mal, une seule va au bien, enseignait Zenon. Il n'est qu'une façon d'être loyal et bon. Rassemblez les honnêtes gens de tous les pays, ils parleront la même langue.
LU
Notre esprit de division procède de Tesprit de malhonnêteté.