‹ Il nous reste à nous vaincreChapitre 4 sur 10 · I. On ne s'étonnera pa oute, de ne trou · texte numérisé non relu

I. On ne s'étonnera pa oute, de ne trou

ver dans ces pages — saut ici, — aucune allusion à l'utopie de la Représentation Pior):>rtionneile. De toutes les folies de notre semblant de Parlementarisme, l'espoir de moraliser le suffrage universel par les mathématiques n'est pas la moindre.

Choisis du point de vue de la famille et de la patrie, de nouveaux mandataires du peuple, plus attachés au sol, plus soumis aux influences morales qui apparentent entre eux les individus les meilleurs, s'apercevraient qu'un politique est un homme qui sait la politique et n^ croit pas, et qu'un politicien est un homme qui ne sait pas la politique et y croit. Se méfiant d'eux-mêmes et soucieux d'être en harmonie avec les lois de la Nature, ils sauraient utiliser ces forces latentes des masses populaires, par lesquelles tout vit et se renouvelle dans une nation.

Ah ! ne renions pas la démocratie ; elle seule est la vertu innée, l'honneur natif,

le trésor d'idéal et de vertu, qui s'ignore et par qui fleurit la chevalerie d'une race.

L'aristocratie ne vient que de la démocratie, et souvent la trahit. Quand un peuple se corrompt et se perd, c'est toujours par le sang qui se dit le plus noble; quand il se purifie et se sauve, c'est toujoujs par le sang qui se croit le plus vil.

Aux heures où se joue le sort d'une nation, le gouvernement de tous pour un, la plèbe démocratique, opposé à celui d'un pour tous, l'aristocratie monarchique, a pour lui rinstinct, tandis que l'autre n'a que l'intelligence. L"instinct de défense centuple les forces d'une collectivité poussée aux abîmes. Livrée à la décision d'un

seul homme, elle n'a que la résistance qu'il porte en lui.

Que de fois la France a été sauvée par l'instinct de défense de la démocratie, consciente des désastres que l'aristocratie n'avait point prévus. Dans la grande guerre, c'est elle qui, victime d'une bourgeoisie plus oppressive que n'importe quelle aristocratie, et prétendant tout diriger, alors qu'elle ne songeait qu'à s'enrichir, — c'est elle qui a de nouveau réalisé des prodiges de salut aussi beaux que les plus illustres de notre histoire.

Ramenée dans le sillon des traditions, la démocratie se trouverait tirée du chaos révolutionnaire.

Les peuples, comme les individus, sont perpétuellement soumis aux deux forces en lutte dans le monde : l'erreur et la vérité, le mal et le bien. Les nations traversent, comme nous-mêmes, des périodes de compréhension et d'incompréhension de leur intérêt supérieur^ qui est tout dans le bien et la vérité. Quand elles le comprennent, elles progressent; quand elles ne le comprennent pas, elles régressent.

Cet intérêt supérieur, identique au nôtre, se manifeste socialement par le respect des traditions. Nous sommes astreints à leur culte. Il n'est pas plus possible de se détacher d'elles, impunément, que de manquer aux lois de la gravitation et de la pesanteur. Elles en ont l'implacable constance.

Ces traditions, nous les connaissons parfaitement. La raison les défend, la folie les

attaque ; la vertu les pratique, le vice les fuit ; Thonneur les exalte, la honte les insulte. Elles s'appellent : la famille, la patrie, la religion.

Les gouvernants arrivés au pouvoir en 1870, et ceux qui leur succédèrent, méconnurent les traditions parce que la folie révolutionnaire était en eux, et que, du reste, ils les confondaient avec les défaillances du Second Empire et de la Monarchie de Juillet.

Prisonniers aussi du crime contre la Nature accompli par la Révolution, destructrice des traditions, Louis-Philippe et Napoléon III appartenaient à une clientèle de partisans et non à la France. En dépit

des apparences qu'ils se donnèrent, ils servirent des partis et non la nation, et devaient succomber, l'un dans les plus affligeants scandales, l'autre dans une cruelle défaite; frappés, tous deux, dans ce qu'ils prétendaient le mieux représenter: le Roi, l'honneur ; l'Empereur, la gloire.

Les gouvernants de la troisième anarchie, baptisée du nom de République, formés à une époque toute occupée des Bonapartistes et des Orléanistes, en eurent la hantise. Ils cherchèrent d'autant moins à organiser une France conforme aux traditions inséparables de l'existence des peuples en société, qu'ils voyaient en elles un héritage néfaste. Ils imaginèrent de saper les bases de la vie sociale pour ruiner des partis qui s'étaient flattés de s'appuyer sur elles, quoique, en fait, incapables de s'y maintenir. De là cette destruction sys-

tématique de la famille, de la patrie, de la religion.

L'erreur des faux parlementaires, devenus les dirigeants de la France, s'est aggravée de l'incohérence du suffrage universel, instrument difforme qui ne pouvait fabriquer que des difformités. Il nous a donné une majorité de médiocres sans scrupules, médecins et avocats pour la plus grande part.

De tout temps, les avocats ont abondé dans la vie politique. Exercés à la parole, placés en évidence, habitués aux affaires, ils ont présenté des garanties de compétence et de mérite, qui sont allées en diminuant, au fur et à mesure que leur

nombre croissait et que la société se compliquait d'innombrables divisions de partis et d'intérêts, obligeant à de multiples ménagements et combinaisons, des hommes contraints de se faire une clientèle.

Jusques et y compris la Révolution, on trouve des avocats qui, occupés de la conduite des affaires de l'Etat, payent, à l'occasion, de leur tête leurs erreurs ou simplement leurs opinions.

Puis, tout change. La noblesse de la fonction s'est diluée dans le bourbier révolutionnaire. Le règne des légistes est passé; celui des bavards commence.

Pendant un demi-siècle, nous avons connu des avocats exclusivement soucieux

de tirer parti de ce qu'ils appellent leur dévouement à la chose publique. Entraînés à ne se passionner que pour les causes les plus productives, la leur propre leur est apparue comme essentielle. Ils n'en ont pas plaidé d'autre au Parlement. Se ménageant les uns les autres, ils ont fait de l'irresponsabilité un dogme d'Etat.

Sortis, sauf exception, du Barreau,, parce qu'ils n'y auraient point réussi, — car, à la longue, ceux-là seuls s'y établissent solidement, qui font preuve de qualités sérieuses, — les avocats politiciens se sont jetés sur la politique comme sur une proie.

Si quelques-uns n'en ont pas moins poursuivi, parallèlement, une belle carrière professionnelle, il faut y regarder de près et compter avec l'enchevêtrement des choses^ dans un temps de désordre où

la justice se laisse influencer par la politique, ^n proportion même de la iaçon dont la politique ménage la justice, sans que, dans tout ce commerce, l'équité tienne la moindre part.

Petits ou grands, maladroits ou habiles, les avocats ont apporté aux affaires un scepticisme inhérent à leur fonction, et qui, aggravé par le siècle, a détruit chez eux le goût des convictions. De tous les défenseurs des opinions ou intérêts des tiers, l'avocat est celui qui compose le plus aisément avec lui-même et sacrifie le plus fréquemment sa dignité au besoin de plaire. On sait à quel ton de basse camaraderie est tombée la Chambre; quel tutoiement y règne, et quels rivalités et calculs dissimulent ces méprisables familiarités.

90 IL NOUS REiTE A NOUS VAINCRE

Tout autant que l'avocat, si ce n'est plus, le médecin matérialiste a favorisé l'avilissement parlementaire.

Après cinq ou six années de Quartier Latin et d'hôpital, instruit de l'humanité à la brasserie^ et de l'existence de l'âme autour de la table de dissection, un jeune médecin s'installa en province, pénétré d'importance, admiré, recherché, épousé. Il dispose d'un droit de vie et de mort sur ses semblables. Il règ-ne sur les ouvriers et les paysans prosternés devant rhomme de science, qui sait bien que les religions sont une invention des sorciers. Comment ne serait-il pas esprit fort? Il gagne péniblement un peu d'argent à cou-

rir par tous les temps, de fièvre en plaie, de misère en douleur. Il n'est pas un saint, il n'est pas un apôtre ; et sa femme s'ennuie au village. Il se met à pérorer, à flatter, à trinquer, à promettre, à mentir, à difïamer. Il n'en faut pas plus pour faire de lui un personnage qui revient à Paris prébende, gouvernant, ministre.

Oh ! en dedans, tout au fond, il n'est peut-être pas autrement fier ni rassuré; mais, une fois sur la galère, il a tôt fait de prendre le ton, d'être d'une Commission, d'opiner, de discuter, de discourir, de demander, d'obtenir sa part du butin, pour lui, les siens et ses amis. Les avocats en font autant. Et qui parle là de la France autrement que pour essayer de sauver la face, comme un criminel invoque un faux alibi?

Que des gens qui ont excercé avec ho-

norabilité^ pendant vingt ou trente ans, la. profession de médecin ou d'avocat, entrent au Parlement, rien de mieux. Mais que nos biens, nos vies, notre honneur dépendent d'incapables, voire d'aventuriers, qui n'ont aucunement témoigné d'une valeur sociale — ce n'est plus possible, ou nous sommes perdus.

Par qui remplacer un personnel législatif essentiellement formé de déserteurs de la médecine et du barreau, inaptes, presque tous, à réussir dans la carrière qu'ils avaient choisie, et assez bons, cependant pour faire les affaires de la France, c'està-dire les nôtres ?

M. Renan qui, tombé du ciel, n'avait pu se décider à toucher terre, et considérait, parfois^ les choses d'assez haut, soutint, un jour, l'idée d'un Parlement corporatif.

Le Parlement corporatif, idée séduisante, offre, à TexaR^en, d'insurmontables difficultés. Il faut voir simple. La nature ne complique pas, elle choisit. Elle ne laisse se développer, s'épanouir que les éléments les plus normaux et les mieux constitués.

N'est-il pas insensé que le premier aigrefin venu, arrivant dans une circonscription électorale, rassemble au cabaret quelques faméliques ou sots, ou malhonnêtes personnages, et se trouve ainsi nanti d'un « Comité » qui lui donne une investiture ?

Tel ou tel candidat est d'une profession,

d'une carrière, d'un métier. Il a dû faire ses preuves. Qu'en pensent ses pairs ? C'est l'essentiel, et, justement, nous n'en saurons rien. L'homme va faire du bruit, réciter des articles de journaux, promettre la lune et le soleil, et, béants de l'ouïr, des électeurs, dont les neuf-dixièmes perdent subitement tout bon sens^ voteront pour lui.

Pourquoi n'imposons-nous pas au candidat l'investiture préalable des térfiioins compétents de son passé, de son labeur ? Quelle difficulté serait-ce que de décréter l'obligation pour l'avocat, qui veut être député, de se faire agréer par les Barreaux de sa Cour d'Appel ; pour le médecin, par les Syndicats médicaux de son département; pour le commerçant, par la Chambre de Commerce de sa région ; pour l'industriel, par l'Association de ses collègues,

dans sa province ; et ainsi de suite pour tous les corps de métier, toutes les situations sociales? Car, enfin, aujourd'hui, chacun est d'un groupement constitué. Les fonctionnaires et les propriétaires ont des centres d'union aussi bien que les ouvriers et les paysans. Et nous avons intérêt à favoriser ces groupements. Ils sont l'assise de la mutualité, les gardiens des règles professionnelles, les agents de la coordination des efforts et des progrès, suivant les spécialités.

Un suffrage universel, amélioré, tel que la Nature et la raison le demandent, et ne connaissant que des candidats obtenant de leurs pairs une déclaration de valeur, amènerait bien vite les corporations, syndicats, associations et groupements similaires à rechercher d'eux-mêmes leurs membres les plus aptes à représenter, à la

fois, leurs intérêts corporatifs et les intérêts français. Du coup, les incapables et les aventuriers qui, neuf fois sur dix, sortent d'on ne sait où et ont fait l'on ne sait quoi, iraient porter ailleurs qu'au Parlement leurs grègues aux poches percées.

Le nombre des représentants de la collectivité française devrait être considérablement réduit. C'est un vaste Conseil d'Etat à deux degrés qui nous est nécessaire, en tant que Parlement national, et non une foire aux vanités et aux intrigues. Ramené à des proportions lui permettant de se connaître et de se posséder, ce Parlement pourrait s'occuper efficacement d'une besogne de simplification législative, administrative et financière, entraînant un contrôle immédiat des actes officiels avec des sanctions promptes, tant pour punir le mal que pour récompenser le bien, par

rentremise de ministres pris en dehors de la Chambre et du Sénat. On concéderait alors plus d'initiative et d'attributions aux Conseils généraux provincialisés, désinfectés de la politique de clocher et de secte par le seul effet de Tamélioration du suffrage universel, et affranchis de la tutelle préfectorale.

Nous allons, inévitablement, à la liberté des Communes et à la réorganisation des Provinces s'administrant elles-mêmes dans la limite des lois générales de l'Etat et la participation unanime aux charges nationales.

La division départementale a fait son temps, et aussi cette déplorable centralisation qui emploie une armée de douze

cent mille fonctionnaires pour à peine cinq millions de Français producteurs. Un administrateur pour quatre travailleurs...

C'est incroyable !

Il est entendu, depuis des années, que tout est à réorganiser en France, mais nous retardions sans cesse la refonte de nos administrations et l'assainissement de notre existence nationale. La guerre nous a mis au pied du mur. Les charges financières qu'elle a créées, les vides qu'elle a faits, les leçons qu'elle a données, les efforts qu'elle impose, entraînent, à présent, des solutions jusqu'alors repoussées. Les coalitions d'appétits et d'intrigues ne peuvent empêcher l'effet de ce qui s'est produit. Il n'y aura plus de partis plus forts que la France ; il y aura la France plus forte que les partis — ou bien, très vite, il n'y aura plus de France.

Mauvais par les hommes, le Régime aboutit à des partis exécrables.

Que signifie ce mot : parti ?

Existe-t-il seulement un bon parti ?

Si Ton est d'un parti, cela veut dire que l'on a pris parti. Autant avouer qu'on est de parti-pris, — le pire des partis!

S'il fallait une preuve de la misère de l'homme, on la trouverait dans ce besoin

qu'il a de se classer sous une étiquette sans voir que la politique ne saurait êtr une affaire d'étiquette, et que la vie d'ui peuple, pas plus que celle d'un individu ne dépend d'une couleur inexistante e conventionnelle, mais uniquement de 1; réalité des traditions. La diversité des cir constances ne change rien à leur immua^ bilité. Nous ne varions qu'en elies, qu nous contiennent dans les limites norma les de notre développement. Hors d'elles nous tombons dans le néant. Nous som mes sortis de la Nature.

Nous avons, en France, des teintes de partis plus nombreuses que celles de l'arcen-ciel, sans que, pour cela, le signe d'alliance brille parmi nous. Au contraires plus le ciel parlementaire se panache, plus l'orage est menaçant.

IL NOUS RESTE A NOUS VAINCRE lOI

Il fut un temps où Ton comptait un petit nombre de partis qui répondaient à des nuances déterminées. On disait : le centre, la gauche, la droite. On pouvait s'y reconnaître. De dégradation en dégradation, nous sommes arrivés à des couleurs multiples et confuses. Nous avons des radicaux, des socialistes, des modérés, des conservateurs, et chacune de ces divisions se fragmente en de nombreuses catégories au travers desquelles voltigent des ^< indéoendants. »

Les parlementaires, ou dénommés tels, prétendent savoir quelle opinion ils professent et à quelle nuance ils appartiennent. Mais le plus bienveillant des ôbser-

valeurs a tôt fait de démêler qu'ils sont, en fait, groupés par clans, suivant des programmes d'intérêts et de préjugés ou d'erreurs. Les questions locales priment, cliez eux, les conceptions nationales; et le soin de conserver leur siège par des dons ou faveurs au corps électoral l'emporte sur toute autre préoccupation. De sorte que le « Parlement» n'est plus qu'un immense office de distribution des dépouilles de la France entre le parti qui domine et ses clients.

On a rimpression que les Français se pillent, se persécutent, se déchirent les uns les autres, sous des prétextes dits politiques et qui ne sont que des moyens de dilapidation et d'attentats divers, au plus grand dommage du pays.

IL NOUS RESTE A NOUS VAINCRE Io3

Cherchez à raisonner les étiquettes :

vous aurez tôt fait de vérifier leur mensonge.

Prenez un radical et priez-le de définir sérieusement le radicalisme. Il sera fort embarrassé. Car, ou les mots ne veulent rien dire, ou le radicalisme n'a rien de radical, pris dans le sens de racine et origine, ou dans le sens de complet et absolu, ou dans tout autre sens étymologique. Le radicalisme ne remonte à l'origine de quoi que ce soit, n'est absolu d'aucune façon. Ce n'est qu'un terme dénaturé, sophistiqué, mot de passe d'une Association d'intérêts dont le but est de tirer des bénéfices de son oro-anisation.

Prenez un socialiste, il jouera volon-

tiers à Tapôtre, et tentera de vous expliquer un quelconque des mille et un systèmes qui, bien avant la Tour de Babel, promettaient déjà « la solution de la question sociale, » c'est-à-dire le pain, la santé, la force, l'intelligence, Tamour, la justice, la vérité, l'honneur pour tous, laïquement, gratuitement, obligatoirement décrétés aujourd'hui sur la terre.

Prenez un modéré, il déclarera qu' il est un élément de conciliation... « Messieurs^ ami de tout le monde !... » ou qu'il a le secret de la vraie liberté, étant né libéral ; un conservateur : il déclarera que lui seul entend l'honneur total et le nationalisme intégral, en vertu du principe monarchique dont il est le gardien ; à moins qu'il n'ait opté pour le rêve impérial et ne pense détenir la formule exclusive de l'ordre et de l'autorité; à moins

encore qu'il n'attende tout du ciel, et que sa profession de foi ne se borne à confesser la foi catholique.

Voià des gens de bien. Pressez l'un ou l'autre de vous démontrer qu'il sert vraiment la France.

— Je suis de l'Opposition, dira-t-il avec noblesse.

L'Opposition, Seigneur? Qu'a-t-elle fait?

Qu'a-t-elle empêché? Où était-elle ? Où Ta-t-on vue? Fantôme au Parlement, néant dans le pays !... De quel éloquent sacrifice, de quel beau geste lui sommesnous redevables?... Ah! il n'aurait fallu que quelques milliers de Français fortunés, donnant une petite part de leur revenu, pour organiser l'Opposition, améliorer la presse, promouvoir des oeuvres fécondes, et même tirer un honnête dividende d'un capital intelligemment em-

ployé à d'utiles bienfaits. On cherche en vain ce que l'Opposition a pu imaginer de salutaire et d'efficace dans les périls affreux que nous avons traversés.

Oh ! des phrases... tant qu'on en a voulu ! Mais du sens pratique, de l'entente, de l'action... Non, non, sauf quelques incorrigibles maniaques du dévouement, chacun chez soi, chacun pour soi, et l'étroitesse, la malveillance, la suspicion, la calomnie partout. Que pouvaient faire de décisif les élus d'opposants si détachés de leurs devoirs ?

On veut détruire la République ! Plaisanterie ! On n'a rien à lui opposer. Voilà des années que l'ennemi victorieux n'a jamais eu devant lui que des fuyards et une vingtaine de fidèles du passé, de champions de l'idéal, toujours les mêmes et qui, inlassablement, se faisaient tuer.

Leurs prétendus partisans se croyaient quittes, quand ils avaient tantôt pratiqué la politique du pire, tantôt « bien voté ï, envoyé leur obole et invoqué le ciel. Au vrai, secrètement, ils se jetaient à plat ventre, sollicitant, eux aussi, une place ou une décoration.

La plus méprisable République a eu qui elle a voulu dans ses antichambres, à part un petit nombre d'obstinés adversaires clairvoyants, certes, mais passionnés, inhabiles, ou mal placés pour bien agir.

Ceux qui auraient pu donner corps au combat, se sont, en réalité, abstenus. Ils se sont sentis vaincus par la révolution.

Autour de qui, du reste, se grouper en confiance? Allons, soyons sincères... Où étaient les chefs et quels étaient-ils? Qui est encore debout, aujourd'hui? Qui domine? Qui attire la foule?

Non, non, les temps sont accomplis, et, même exécrable, la République a vaincu.

L'Opposition s'est manifestée par des mouvements stériles et qui, dans leur plus grand effort, n'ont guère abouti qu'à d'amères déceptions. Le Boulangisme et la Patrie Française n'eurent pas une heureuse fin. Leur intention première était bonne pourtant, et des hommes de coeur et d'esprit se jetèrent dans la mêlée, surtout au moment de la Patrie Française.

Mais il est à noter que la tradition essentielle: la famille, n'était représentée par aucun des chefs des principales entreprises d'amélioration de la République. Oii qu'on les prenne et qu'ils s'appellent Jules Lemaître, François Coppée, Paul Dérourède, autour d'eux nulle femme légitime, point de foyer vivifié par des enfants.

Il faut se demander si^ du fait même que sa propre vie n'est pas appuyée sur le foyer domestique, telle que la Nature l'attend de l'homme, celui-ci, quelles que soient la pureté, la grandeur de ses intentions, n'est pas d'avance en état d'infériorité pour les réaliser. Il ne voit pas juste *.

I. On pourrait objecter à cette remarque un passage célèbre de Bacon dans ses Essais. Mais F. Bacon, si grand qu'il fut, s'est souvent trompé et, d'abord, sur lui-même. Voici, toutefois, ce qu'il dit : « Se perpétuer par ses enfants, par sa race est un avantage que l'homme partage avec la béte ; mais se perpétuer par des services éclatants et d'utiles institutions qui laissent un long souvenir, est un privilège qui n'aj)partient qu'à l'homme. Aussi voit-on que les ouvrages les plus mémorables et les plus beaux établissements ont été faits par des hommes qui n'ont point eu d'enfants et qui semblaient s'être uniquement attachés à bien exprimer l'image de leur génie, pour se consoler de ne laisser aucune image de leur corps. Ainsi les hommes qui s'occupent de la postérité sont ceux-mêmes qui n'ont point de postérité...»

C'est insoutenable ; et le goût du «pro domo » est

Les choses varient suivant Tangle de notre examen. Celles de la politique et de la société ne s'offrent à nous sous leur aspect le plus normal qu'examinées du point de vue de la famille, de la patrie et de la religion.

C'est là le nœud et le centre, le point initial et la borne d'or. II faut s'y tenir obstinémentj surtout quand on ambitionne d'indiquer à ses semblables un chemin de salut, à l'heure du danger.

un bien fâcheux penchant. Une seule réplique suffit : quel est le monument social le plus important de l'histoire des anciennes sociétés — les institutions divines mises à part? — C'est le monument monarchique. Il procède exclusivement de la continuité familiale.

La seule base sur laquelle bâtir.

Si notre droit de vote s'appuyait sur la famille, les lois qui peuvent la servir seraient refaites d'aplomb, et celles qui lui nuisent, supprimées. On a dit, plaisamment : a nous vivons dans une maison à l'envers... » On a parlé, en riant, « d'incohérence . . . d'incompétence ...» Nous nous sommes amusés de nous-mêmes. Nous dansions le Tango en buvant de Talcool. et la dépopulation inspirait les vaudevillistes.

La patrie ne peut être restaurée que dans la famille. Les droits et les charges étant mesurés au devoir familial, tout change, tout s'assainit, tout s'équilibre. Le temps est venu de faire peser sur le célibat le poids des contributions sociales, plus équitablement que par le passé. Que l'on respecte Tindépendance individuelle, cela va sans dire; mais tout doit se payer, rindépendance comme le reste. A égalité de fonction, le célibataire ne peut avoir le même traitement que le chef de famille; où celui-ci est imoosé, celui-là doit l'être davantage. La question a été approfondie par des économistes détalent.

Du jour où la France le voudra, elle se guérira du célibat qui n'a pour lui ni des

IL NOUS RESTE A NOUS VAINCRE ll3

raisons d'ordre moral, ni des raisons d'empêchement physique, ni d'autres encore, dignes de considération; mais seulement des motifs qu'inspirent Tégoïsme et la peur de vivre en faisant de la vie.

Le divorce encouragé, vulgarisé par un régime qui confond la sensiblerie poltronne avec la couras^euse et saine humanité, le divorce à volonté est le plus grand de nos crimes et la plus néfaste de nos erreurs. Si nous ne cautérisons pas cette plaie au fer rouge, notre sang continuera d'en couler, corrompu.

— Mais, dira-t-on, les droits de l'homme et de la femme... Le droit de vivre...

— Quoi? Quel droit?... Vous avez des enfants : vous leur appartenez ! Vous vous êtes trompés? Tant pis! Vous êtes déjà le passé. L'enfant, lui, c'est l'avenir, c'est la race. Restez liés par l'enfant.

L'indissolubilité du mariage n'est pas une superstition religieuse, une invention de sectaires d'un culte périmé, une farouche exigence de sauvages troglodytes.

La Nature est au fond de cette loi d'airain.

Entre l'homme et la femme prétendant se hausser sur Téchelle des êtres, vivre en société, jouir d'une morale, édifier une civilisation et progresser personnellement, le mariage doit être indissoluble. L'ascension est faite de sélection. La sélection n'existe que par la continuité. L'amélioration de l'individu ne se réalise qu'avec du temps et de la méthode, et principalement par réducation. S'élever, c'est être élevé.

Il faut vingt ans pour faire un être humain en état d'affronter la vie. Ce n'est pas une besogne d'un jour ou d'un mois. c't^t un travail considérable, qui est toute la raison d'être des parents et qui montre l'importance que la Nature attache à la condition de l'homme et quelles responsabilités celle-ci entraîne. Vous prétendez vous dérober à ces responsabilités, fuir la ramille et ses devoirs par l'égoïsme du célibat ou la honte du divorce... Allez, prenez la fuite ! Tout fuit avec vous qui courez à l'abîme, et la patrie se meurt de votre abandon du foyer.

Du jour où la famille décidera, pour la plus grande part, du droit électoral du ci-

Il6 IL NOUS KE.STE A NOUS VAINCRE

toyen français, la bourgeoisie française sera directement atteinte et punie dans son vice le plus nuisible à la Patrie : la peur des enfants K. Elle a donné au peuple l'exemple de la stérilité. Elle est la grande dépravatrice. Sa responsabilité dans tous les maux, toutes les tares qui ont compromis la santé et la vie de la France, est telle qu'il est douteux qu'il lui soit possible d'échapper au châtiment révolutionnaire qu'engendre ordinairement la trahi-

'. On obtiendrait une statistique navrante, si Ton relevait le nombre des enfants des familles les plus représentatives de la fausse République infligée à la P'rance depuis 1870. (A ne s'en tenir qu'à celles des Présidents qui se sont succédés à la tête de l'Etat, en quarante-quatre ans, on arrive aux constatations suivantes : ?vl. et Madame Thiers : pas d'enfants; le luarcchal et Madame de Mac-Mahon : un fils; M. et Madame Grévy : une fille; M. et Madame Sadi Carnot : trois fils; M. et Madame Casimir-Périer : un fils; M. et Madame Félix Faure : une fille; M. et Madame l.oubetdeux fils et une fille; M. et Madame Fallière ;un fils et une fille; M. et Madame Poincaré : pas d'enfants...)

Que penser d'un peuple dont les guides ont évité le plus possible le devoir familial, et que penser de ces guides, chargés d'assurer le développement de leur patrie, et qui commencent par négliger celui de leur famille?

son de Tintérèt national par les partis dirigeants. Elle a trahi la race en s'effrayant de créer. Elle a voulu jouir, ne s'accorder, au pis aller, qu'un ou deux enfants, et se dérober au devoir naturel pour mieux doter sa précieuse progéniture 1 Elle est allée contre Tinstinct de création et de société. Elle a écouté Tégoïsme, la paresse, la cupidité ^

Le vote plural, basé sur la famille, favorisera l'ouvrier et le paysan, meilleurs Français que le bourgeois. On va dire : « N'abuseront-ils pas de l'avantage qu'ils tireront de leur soumission aux vues de la Nature? » Eh quoi! sont-iis à craindre, ces époux et ces pères, conservateurs de la race? Ne diffèrent-ils pas des sans foyer domestique, sans femme légitime et sans en-

I. Assurément, il y a des exceptions. On les cite, on les admire, — et on ne les imite pas.

Il8 IL NOUS RESTE A NOUS VAINCRE

fants. nés du mariage? Qu'ont-ils de commun avec ces fauteurs de trouble, ces piliers de club ou d'estaminet^ parasites de tous les mondes, qui exploitent et désorganisent la société dans ses diverses classes en vivant, les uns et les autres, en marge de la famille? Non, non, même au plus bas de l'échelle sociale, ne craignons rien du mari et du père, dès l'heure où sera légalement éveillée en lui la conscience des droits qui doivent découler du devoir familial.

Nous ne pouvons attendre notre salut que de la paix sociale, faite de la paix familiale, qui ne saurait résulter que de l'assainissement et de la consolidation du mariage ramené à sa fonction essentielle : la création et l'éducation des enfants.

Le mariage, unique assise individuelle, familiale et sociale.

L'arbre vaut ce que vaut le sol ; encore faut-il que le plant ait été sain et dru.

Si le milieu où grandit l'enfant a une influence capitale sur sa destinée, encore faut-il aussi tenir compte de la valeur physique et morale de ses père et mère. Il est. bien rare que les parents n'aient pas les enfants qu'ils méritent. La fonction du père et de la mère étant donc l'assise même de la famille et de la société, le mariage est de beaucoup l'acte le plus grave de la vie.

L'enfant est le but imposé au mariage par la Nature, la raison et l'honneur.

Les ménages sans enfants sont à plaindre. Une union inféconde est toujours un malheur ou une malhonnêteté. L'amour qui ne fut qu'un jeu de l'impuissance ou de la débauche, et ne put qu'aboutir au néant, était-il de l'amour ? Le véritable amour crée de la vie; c'est pourquoi^ du reste, il effraie les égoïstes, les faibles, les poltrons qui voient dans l'enfant une charge.

Tout est charge ici-bas. La moins lourde est celle que la nature ordonne. Pour ne pas la sentir, il suffit de l'accepter.

Pas d'enfants, dommage immense. Dommage moral, d'abord, car les cœurs se des-

sèchent ou se gâtent, que ne vivifie pas l'amour filial. Qui donc a écrit :

« L'enfant rend les baisers que la mère a reçus, « Sa tendresse ramène aux paradis perdus...

Sans l'enfant, que dure Tamour? Le temps d'une lune de miel, à moins qu'il ne devienne un commerce d'amant et maîtresse, une liaison ; mais alors ce n'est plus de l'amour, c'est de l'habitude.

Dommage physique. La femme qui n'a pas été mère n'est pas vraiment femme.

La maternité équilibre et complète la femme. Bien plus^ celle qui, étant mère, n'a pas nourri, ne connaît pas la douceur la plus douce, celle de se donner en substance vivante, de se sentir fondre dans un autre être. Qu'est-ce donc que l'abandon momentané dans les bras d'un homme, comparé à celui, prolongé, sous l'étreinte enfantine qui tire du sein maternel un sang transmué en lait ? Et si la mère nourrit sa propre chair du sang d'une étrangère, que d'inconvénients redouta-

bles et de punitions possibles dans cette dérobade aux lois de la nature !

Dommage physique aussi pour le père.

Un mari réduit à n'être qu'un amant s'use vite. Il a plusieurs femmes; c'est fatal. Que de fatigue et de tracas ! Il meurt plus tôt. L'enfant l'aurait distrait, occupé, fixé, assagi, fortifié, défendu.

Sans l'enfant, il n'est pas de ménage heureux. Le bonheur, dans le mariage, ne saurait résulter que de l'union. Mais de quelle union ? Celle des corps et des intérêts ? D'une secousse et d'une addition ? Il faut être insensé pour le croire. Le bonheur, dans le mariage, résulte exclusivement de l'union des esprits et des cœurs. Ayez un idéal commun, une foi identique, et vous serez heureux.

Le bonheur est toujours d'ordre spirituel, jamais d'ordre matériel. Toutes les misères humaines viennent de l'oubli de cette évidente vérité, que l'homme ne veut pas admettre, parce qu'elle contrarie ses appétits et humilie son orgueil.

Par quelle aberration rhomme«peut-il ne pas sentir que le plus précieux idéal qui s'oflfre à lui, dans la Nature, est l'enfant, idéal tangible, idéal matériel et matière idéale, matière rayonnante de caresses, d'espoirs, de secours, de joies, de récompenses — et aussi de tristesses et de punitions — ou, pour mieux dire : de justice — matière mystérieuse, sortie de nous-mêmes, de la terre et du ciel, et que nous ne

devons aimer que par le cœur et l'esprit, parce qu'elle est essentiellement créée pour unir, au foyer familial, les esprits et les cœurs ! ^

Le mariage vaut ce que nous valons.

Avec des calculs d'argent, des vanités, des mensonges, de la luxure, on prétend faire du bonheur. L'ivresse de l'orgueil passée, le voile de la sottise tombé, on est tout étonné d'être dans un enfer. On croit alors en sortir par le divorce, et, dans cette déroute, on jette par dessus bord les serments et les enfants. On est lâche et parjure ; et l'on pense que ce sera sans importance, ni conséquences, ni lendemain. On veut que le mariage soit une aventure transitoire, occasionnelle, ne dépendant que de nos calculs et de notre humeur.

Autant croire que la naissance et la

mort relèvent aussi de notre caprice et se renouvellent à notre gré. Autant s'imaginer que l'on peut berner la Nature, comme on berne les hommes, et que Dieu n'est pas le nom de l'Esprit dans la Nature, et que la justice n'est pas le nom de la raison dans l'Esprit.

Il faut Dieu dans le mariage. Un mariage sans Dieu est un mariage sans idéal; un mariage sans idéal est un mariap-e sans amour, et un mariage sans amour est tout ce que l'on voudra, mais ce n'est pas un mariage. Car s'il n'y a pas d'amour dans le mariage, il n'y aura pas de désir réciproque d'enfanter, de se donner l'un à l'autre et de se lier par l'enfant qui naîtra. Lui seul lie d'une façon durable.

Que vaut un lien d'un moment, un lien qui dure ce que dure l'étreinte de deux corps enlacés? Cet accord, si répète qu'il

soit, ne tient pas les âmes. L'enfant, lui, voulu, attendu et béni, les unit par l'invisible trame des tendresses qu'il incarne, des espoirs qu'il éveille, des devoirs qu'il commande, et par ce mystère formidable : les morts de deux familles qui revivent en lui.

Le lien est formé; l'enfant est né. Mais un seul lien est fragile. L'homme qui ne vit et ne travaille que pour un enfant a moins de force que celui qui vit et travaille pour plusieurs.

Est-ce que certaines charges ne soutiennent pas, de leur poids même ? Quelle meilleure assurance contre les coups du sort?... Voici donc les enfants.

Dès l'apparition du premier né s'impose aux parents le problème des responsabihtés familiales, et les multiples et minutieux devoirs de l'éducation.

Il importe d'y songer bien avant que l'enfant ne vienne au monde. Des êtres raisonnables, conscients des lois naturelles et org-anisés en société, devraient avoir pour principal souci les conséquences individuelles, familiales et sociales de l'amour, et faire, de leur prévision et explication, la partie capitale de l'instruction et de l'éducation des jeunes gens au moment le plus opportun. La morale y gagnerait, ainsi que la santé publique et la force nationale.

Il est pitoyable de penser qu'ordinairement le vice est, pour l'être humain, son premier — et son dernier — professeur d'amour.

Il est à peine question des rapports se-

xuelsdans renseignement donné aux adultes. L'hygiène nécessaire, la formation de l'enfant, le régime et les précautions utiles à la maternité sont lettre morte. Quant aux responsabilités et devoirs de l'éducation, c'est un chapitre traité en passant, soumis, du reste, à l'arbitraire de la politique et des conceptions intéressées.

Dans la famille, de tels sujets, quoiqu'en eux-mêmes salutaires et nobles, sont généralement passés sous silence. On a tellement mis de calculs dans le mariaofe qu'on en est prisonnier. Les fausses pudeurs^ les fausses hontes vont de pair avec les autres faussetés du cœur. Il est convenu qu'au mot d' « amour », les jeunes filles bien élevées doivent baisser les yeux. Les autres rient d'un petit air de perversité, ou déclarent effrontément qu'elles sont fixées. Afi^aire de milieu. Toutes ont des sens éveillés, mais leur raison et leur cœur ne le sont point.

— Tu seras père, tu seras mère... Et si tu ne l'es point ou si tu l'es mal, le dom-

mage qui en résultera pour toi, pour ta famille, pour ta race, pour ta patrie, sera irréparable...

Voilà ce que dit la Nature... Et on se marie sans Favoir entendue.

Le mariage existe pour que l'homme et la femme, qui ne font qu'un, durant les courts instants de l'œuvre de chair, soient continuellement unis dans l'œuvre de l'esprit. S'ils vivent sous la règle des devoirs naturels, acceptés et remplis, ils peuvent se posséder d'une manière perm.anente par la communauté de pensées et d'espoirs. Chacun d'eux prend alors à l'autre ce qu'il a de meilleur. Leur amour est un échange salutaire d'idées, de goûts, de tendances, où se mêlent leurs âmes autrement mieux que dans la caresse des baisers. Le corps ne saurait donner qu'un peu de sa substance, l'âme sait se donner toute. Le

l3o IL NOUS RESTE A NOUS VAINCRE

corps s'épuise vite, l'àme est inépuisable et se fortifie en se dépensant, car plus on se donne, immatériellement, plus on se sent léger, dispos, heureux, vaillant.

Se donner, c'est le bonheur. On ne peut, il est vrai, attendre de l'être humain la perfection du don de soi-même. Cette félicité est proportionnée à nos facultés et aux circonstances. Souverain bien du mariage, elle relève de lois auxquelles il nous appartient de réfléchir avant de lier notre sort au sort d'une autre créature. Parmi ces lois, vient, en premier, la communauté de pensées et d'espérances. Si elle peut se réaliser, l'union des esprits s'accomplit dans l'amour. 11 y faut songer, avant tout. La prudence et les soins nécessaires aux fiançailles décident donc des fruits que chacun doit tirer du mariage.

IL NOUS RESTE A NOTS VAINCRE l3l

L'égalité d'éducation, qui engendre la similitude des caractères et des vues, est la condition principale de Taccord des esprits destinés à vivre ensemble. Il y a beaucoup de mauvais ménages, parce qu'il y a rarement concordance entre les éducations associées. Plus il y a, d'ailleurs, de gens mal élevés, plus il y a de gens mal mariés.

Le mariage est essentiellement une affaire de savoir-vivre, non pas du savoirvivre édicté par les usages et préjugés mondains, mais du savoir-vivre né des sentiments du cœur. Le mariaee demande au mari et à la femme de montrer, réciproquement, du tact, de Tindulgence, de la bonne volonté, pour tirer de ces qualités la paix de chaque jour.

l32 IL NOUS RESTE A NOCS VAINCRE

Lequel des deux associés doit remporter sur l'autre, donner le plus à l'autre, tracer le mieux la route commune ? Le mari, dit-on. Non , le premier rôle est à la femme. Le foyer, base de tout vrai bonheur, de toute réelle réussite, sera ce qu'elle voudra qu'il soit. A elle de vouloir, et de vouloir suivant ce qu'elle a appris de ses devoirs. Sinon, elle sera une proie ou une dupe, ou une poupée malfaisante. Si elle n'a pas su choisir et prévoir (choisir le compagnon digne d'être aimé, et prévoir les charges de la vie), tant pis pour elle, tant pis pour les siens ; son foyer croulera ou sera misérable, si doré qu'il paraisse.

La vraie mission de la femme est toute

IL NOUS RESTE A NOUS VAINCRE l33

intérieure ; elle doit faire de la vie pour le cœur et l'esprit, et par eux. Gagner le pain de la famille est une besogne secondaire. Procurer la force, le courage, l'équibre qu'il faut à Thomme dans son travail quotidien, est une besogne primordiale. L'accueillir lassé, le renvoyer dispos; lui créer un coin, un nid où il trouve de la joie, de la lumière, de l'ordre, de l'économie, de la tendresse, tel est l'essentiel de la tâche féminine ici-bas.

Page 1