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xMais la femme est souvent à Fàge de rinexpérience, quand elle se marie; l'homme aussi est jeune. Un père et une mère, des proches ou des amis les conseillent et les guident. La responsabilité morale de ces artisans de leur établissement est grande. Ils sont coupables, lorsqu'ils cèdent aux calculs d'intérêt et d'orgueil, au dédain des règles d'honneur
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et de prudence, à l'oubli des principes éternels du bonheur.
On se demande toujours d'où viennent les apparentes injustices du sort. Elles ne sont qu'une punition des fautes et des crimes oubliés. La légèreté, la cupidité, la malhonnêteté, Taveuglénient dans tout ce qui touche au mariage, assise de l'humanité, action capitale de l'individu, constituent le forfait méconnu que les hommes commettent et expient le plus souvent.
L'homme et la femme qui se marient, ont tout à craindre d'une différente conception de l'amour. S'ils n'ont pas un même désir d'enfanter et d'élever une famille, leur union sera malheureuse. L'amour est la plus forte des obligations de la vie. Sa puissance ne provient que de la foi aux serments. L'acte, en lui-même, vaut par les intentions communes que l'homme et la
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femme y mettent. 11 n'est, trop fréquemment, que la possession d'une curiosité par un calcul ; un échange de vices, de sottises ou de tromperies. Rien de plus rare qu'une candeur qui s'offre, en confiance et joie, à une volonté de créer un foyer, de continuer un nom et une race. Rien de plus sublime aussi.
Cet amour est très pur, et la noblesse de son but n'ajoute qu'à ses délices. Il est vraiment l'amour éternel et souverain.
Ses jeux, où la pudeur a des abandons et des élans que l'impudeur ne peut connaître, et ses coquetteries, des finesses qui le parent de grâces sans cesse renouvelées, sont un enivrement où des âmes s'étreignent dans les corps enlacés.
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L'homme est l'initiateur, mais la femme avait déjà deviné, pressenti, supposé l'amour. Grande tâche, pour Thomme de se mettre au même plan, de ramener la femme sur terre, si elle est déjà dans le bleu, ou de Ty suivre. Bien peu de jeunes gens abordent ce problème après l'avoir approfondi, et, pourtant, du premier contact, dépend souvent l'existence à venir. La nature est infiniment bonne, qui précipite ordinairement les choses, de peur que, de part et d'autre, on ne s'égare. Mais après? Et le lendemain, et plus tard... Quelle affaire î
Et toute la vie individuelle, familiale et sociale est bâtie là-dessus.
L'homme n'est l'homme que d'une
femme, quand il ne la trouve pas toujours la même. Elle doit savoir être plusieurs femmes dans une seule. Il y a des jours où il faut aimer un homme gaiement^ un autre jour mélancoliquement; ce soir, le précéder ; demain le fuir ; souvent varier l'accueil, et, selon Ihumeur, les dispositions de l'élu, être à lui avec art. L'amour est pour la femme une scène à caractère, où il est autant besoin de science que d'inspiration. Plus la femme aime, plus elle doit savoir aimer.
L'homme est donc une idole? Tout lui est dû ? Non, mais la femme aurait tort d'attendre de lui plus qu'il ne peut donner, et de le voir autrement que la nature ne Ta créé. L'homme n'est qu'un ouvrier de l'amour, et plus d'un, toute sa vie, demeure un apprenti, un manœuvre, tandis que la femme, en cette matière, doit naître artiste, pour inspirer l'ouvrier.
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Femme, souviens-toi que tu viens au monde supérieure à l'homme, quoiqu'il dise et quoiqu'il pense, dans sa force et sa vanité. Il a mesuré tes bras et pesé ton cerveau pour en déduire qu'il a plus de vigueur, d'intelligence et d'utilité que toi. Mais tes seins et tes hanches, les a-t-il mesurés ? Et ton cœur, y a-t-il pénétré?
Tu sens plus que lui, tu pressens davantage ; tu sais donc beaucoup plus que lui ce qu'il importe de savoir. Tu engendres, tu crées, tu enfantes, tu allaites, tu élèves. Vous vous complétez l'un l'autre, c'est vrai ; mais tu apportes la part essentielle dans Tassociation consentie. Tu es la nature créatrice et tendre.
Le destin veut que Tamante, si ardente qu'elle soit, l'épouse si parfaite qu'elle devienne, lorsqu'elle est sublime, l'est dans l'épreuve et la douleur, par l'instinct maternel.
Songes-y bien : tu es la mère, la génératrice des esprits et des corps. Tu n'es grande que si tu suggères et enfantes, et tu n'es femme, vraiment, que lorsque tu as enfanté.
Etre père, ce n'est rien, moins que rien ; le temps de dire : « je t'aime. » Pur plaisir, nulle peine. Etre mère, c'est beaucoup, c'est presque tout, avec de la souffrance et du péril ; mais, pour l'homme, cela ne compte pas. Le héros, c'est lui, la clef de voûte de la maison, le sauveur de la société, c'est lui. Il commande, il domine, il asservit, il fait des lois. Quelles lois, juste Dieu !
Et ce troglodyte s'étonne, quand la femme se venge, le trompe et le trahit.
Pars de ce principe, femme : l'esclave c'est toi, le maître, c'est l'homme. Telle est la conception sociale qui est celle de la bestialité, de la sottise, de l'iniquité mises en articles du Gode. La justice humaine est ton ennemie. Tu n'as pour toi que les ressources de ton esprit, de ton cœur et de tes charmes. C'est assez. Ton mari ne doit rien te cacher, âa pensée doit être en toi, la tienne en lui. Il faut que tu le comprennes, que tu le gagnes, que tu le retiennes, que tu le pousses. C'est lui qui t'affranchira. Tu lui laisseras Tapparence du pouvoir, mais c'est toi qui régneras ; sinon point de bonheur, point d'amour, point de foyer solide et agrandi dans la prospérité.
Le foyer — quel sage ne Ta dit ? — est la pierre angulaire de toute construction humaine. Sans elle, rien ne tient, rien ne dure; tout s'écroule et tout meurt. Mais, sans cesse, l'homme se rebelle contre les charges qui l'attachent à cette pierre. Mû par l'esprit d'erreur, de révolte et de vice, il brise sa chaîne et roule à l'abîme. Elle le retenait pour le sauver de l'insoumission aux désirs naturels, oblisfation essentielle et qui se rit des vains efForts de l'orgueil et de l'égoïsme humains, car l'homme n'est créé que pour lui obéir.
La discipline est la loi générale de la création. Le chœur des mondes l'atteste et, pour son humble part, la terre ne s'écarte
jamais de Tuniverselle soumission. Sa course est constante, son orbe immuable. Elle palpite en cadence au rythme des marées, et les saisons reviennent périodiquement varier son aspect et ses productions. En elle et sur elle, la matière se transforme toujours de même, et les corps qu'une existence agissante anime à sa surface, paraissent et disparaissent, astreints à des règles inflexibles.
De tous les animaux, l'homme est le seul laissé libre d'accepter les prescriptions de la Nature ou d'essayer de s'y dérober. SeuL parmi les êtres créés, il jouit d'une latitude que les autres créatures n'ont point. Elles obéissent à des instincts dont elles sont esclaves; il a le droit, lui, d'obéir à l'inteHigence, au raisonnement des instincts, et de comprendre la condition supérieure qui lui est accordée.
N'est-ce pas, visiblement, une épreuve qu'impose à l'esprit permis à l'homme la puissance créatrice qui a décidé la transmutation des choses dans l'harmonie souveraine à laquelle tout doit tendre?
Le bon sens, la sagesse, la conscience, cette voix de l'âme, conseillent à l'être humain de vivre dans la paix du travail et de l'ordre, qui assure son développement harmonieux, et lui offre, pour cela, le champ d'action de la famille et de la patrie^ sous Tégide morale d'une religion qui mêle le ciel qui le domine à la terre dont il est sorti.
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Quel qu'il soit, quoi qu'il soit, riiomme part du foyer à l'abri duquel il est venu au monde. L'assise familiale n'est-elle pas Tassise de sa vie? Nous sommes là au commencement, au principe de l'individu et de la société. Hors du foyer, commence l'infini où tout se perd et se transforme.
L'homme n'a rien à lui dans cette étendue, sauf ce qui tient à sa maison : son jardin, sa terre, son pays, sa patrie. Ensuite, c'est l'étranger, c'est l'univers. Il peut s'y aventurer, il n'y vivra pas normalement. La langue, le climat, les mœurs, tout l'étonné et l'inquiète. Il erre, déraciné.
Eloigné de son point de départ, l'homme peut, il est vrai, se raciner ailleurs; mais
c'est le plus grand effort qu"il réalise, et celui qui a le plus de portée individuelle et sociale. La terre se peuple et s'organise, grâce aux émigrants; et clique émiorration est un drame autour de deux foyers : celui qui n'est plus, celui qui sera. Indubitablement, tout de nous-mêmes et de nos œuvres tient au lieu qui nous a vu naître ou qui nous verra mourir.
Hélas! la sottise humaine veut toujours s'affranchir de la terre, et vivre dans un monde chimérique, sans voir qu'elle n'y rencontrera que misère et douleur. Un insidieux mirage attire Fhomme hors de la condition de l'homme; mais a-t- il fonction de le martyriser et de le perdre? N'agit-il pas sur lui, plus pour l'éprouver que pour l'abuser?
Sur ce globe imparfait, êtres imparfaits, nous sommes perfectibles par l'intelligence et la réflexion.^ Nous avons à choisir entre le bien et le mal, la vérité et l'erreur. Responsables de nous-mêmes et solidaires les uns des autres, nous devons opter individuellement et socialement.
C'est l'épreuve.
Songeons à ce que nous sommes.
En tout temps, à toute heure, poussés par une force dont la constance est inconnue des autres animaux, l'homme et la femme s'appellent, se rejoignent et se fondent dans l'amour. Pensent-ils, alors, à ses fin naturelles et aux devoirs qu'elles imposent? Presque tous les humains s'abandonnent à l'instinct de la bête et n'embellissent d'aucun idéal l'acte unique où l'homme est vraiment créateur.
D'où venons-nous? Où allons-nous? Qui sommes-nous? Quelle ascendance, quelle destinée est en puissance dans notre sang-, notre souffle, notre étreinte? Nous n'en savons rien et nous n'y songeons guère.
Quelles sont les circonstances favorables ou défavorables à l'amour et à l'enfantement? Quelles chercher, quelles éviter? Tout est obscur dans la plus importante manifestation de la vie de l'homme, et celui-ci vient au monde et y passe, étranger au secret de sa formation par deux êtres qui, eux-mêmes, n'ont pas su ce qu'ils faisaient en le créant.
A quel moment l'esprit anime-t-il la matière? Est-il en elle latent et agissant? Se transmue-t-il du cœur en amour, du cerveau en pensée, dès le temps de la gestation? Tout est-il dans le germe? xMais quelle est la part respective du père et de la mère? Mystère. Et que n'a-t-on pas dit sur ce sujet « depuis qu'il y a des hommes et qui pensent »! Rien n'est certain^ sauf ceci : voici lenfant.
Vivra-t-il ? Cela dépend des chances de vitalité que lui garantissent les ressources, l'intelligence, la santé de ses parents. Normal et sain, iUest plus menacé, moins armé, plus faible que loiselet dans son nid. La civilisation diminue plus qu'elle n'augmente Taide que lui doit la Nature.
Riche, ou simplement frivole, sa mère se dispense de lui donner son lait. Quel aura-t-il? Celui d'une nourrice, peut-être empoisonné des tares d'une race inconnue, ou celui qui sort de la fabrique d'un laitier? Pour vivre, grandir, se former, il est souvent obligé de lutter contre la légèreté, la paresse, Tégoïsme, la lâcheté de ses père et mère, et la cupidité des étrangers.
La formation de son corps est subordonnée aux conditions de température, d'hygiène, d'alimentation; la formation de son esprit, aux enseignements quotidiens, aux exemples de bien ou de mal, de savoir ou d'ignorance, de politesse ou de grossièreté. Il n'est rien, de lui-même,
qu'une aptitude à recevoir la vie avec ses règles et ses influences, plus ou moins bonnes, suivant le milieu où il se développe. Il sera ce que le climat, la famille et la société le feront.
Produit de la terre, comme la plante, l'homme est fait d'une matière qui contient la part de fatalité inhérente à la condition humaine : fatalité du milieu, fatalité du sang, en un mot, fatalité du sort. L'esprit lui est visiblement donné pour tirer le meilleur parti possible de la fatalité du sort par le travail et l'éducation. L'esprit détermine l'efifort qui engendre la réflexion et forme les caractères.
Mais comment expliquer l'inégalité du
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sort? Nous en sommes incapables, et cela nous offense. Les merveilles qu'il nous est permis de concevoir et dont nous pouvons jouir ne compensent pas, à nos yeux, nos infirmités et nos malheurs. Parce que nous sommes misérables et sots, nous accusons l'invisible de misère et de sottise. Nous ramenons puérilement l'univers à nousmêmes, au lieu d'aller de nous-mêmes à l'univers, et d'admettre que tout envient et y retourne dans un perpétuel échange de mort et de vie, pour des raisons et des fins sur lesquelles nous n'avons pas été consultés.
Quelqu'un est quelque part qui sait pourquoi l'existence humaine nous paraît une mêlée confuse entre le mystère des origines, les appétits des sens et les impressions et idées déterminées dans le cadre de nos jours par les sensations que
nous éprouvons, les observations que nous faisons, les leçons que nous retenons.
Dès que nous commençons d'exister, les sensations, les observations, les leçons agissent sur notre instinct compréhensif, instinct initial commun à tous les êtres et qui^ chez l'homme, prend peu à peu conscience d'un petit nombre d'autres instincts d'où découle notre sens de la vie et des organisations familiales et sociales.
Ces instincts, que nous avons dénommés : « instincts sociaux » sont : l'instinct de possession. V instinct de conservation. Il n'y a rien d'autre, en nous, de primordial. Les philosophes, les psychologues ont mis
vainement beaucoup de mots autour des petits ressorts de notre machine.
L'enfant vient de naître. Le globe, doux et tiède, auquel il se colle d'une bouche avide pour puiser l'existence à sa source sacrée, ce globe délicieux est une chose qui est sienne. L'enfant repousse l'importun assez hardi pour tenter de l'en éloigner. Il pleure, il menace, il invective à sa manière. Quand il boit à cette fontaine de vie, il croit revenir où il était avant d'être. Il est encore comme le noyau d'un fruit, tout enveloppé d'une chair dont il tira sa substance. Cette chair est sa chair et sa propriété. Elle lui enseigne à posséder, et ainsi se manifeste Vinstinct de possession.
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Les premiers soins qu'on donne à l'enfant orientent sa sensibilité physique. Il se rebelle, il s'agite ; mais, s'il souffre, c'est pour son bien. L'âge lui apprend qu'il est des souffrances salutaires, et des amertumes bienfaisantes; l'âge lui révèle aussi que la science et l'expérience acquises doivent servir à le préserver du péril, de la maladie et de la douleur. L'âge lui enseigne à se défendre.
L'individu qui fait de l'hygiène, la société qui dresse des soldats, obéissent également à l'instinct de conservation.
Le cœur s'éveille dans l'enfant. Les premières caresses^ celles de la mère, Teffleurent, l'entourent, le réchauffent. Il est comme une fleur qui va s'ouvrir peu
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à peu. D'autres tendresses se produisent, qui sont aussi des rayons sur ce calice d'affection. La fleur se dilate. Puis, sonne l'heure de la puberté. Au soleil du printemps, la fleur s'épanouit et s'offre. La chaleur qui trouble l'enfant lui enseigne à aimer; et il connaît les moments où Vinstinct d'amour parle en maître.
U instinct d'amour forme le degré supérieur de la vie instinctive. Unique dans sa cause, il est multiple dans ses effets. Sa variété féconde condamne la monotone stérilité de la haine. L'ombre n'est que l'ombre, mais le jour a mille teintes. La nuit n'est moins noire que parce qu'il la pénètre. Le jour va de la joie de l'aurore à la mélancolie du crépuscule, en passant par le triomphe du soleil au zénith. Vertu des cieux, vérité de la nature, suprême trésor de l'univers, le jour est en nous le feu
même de l'amour. Il embrase la matière et la consume. Plus il est pur, plus sa flamme est haute, et plus l'être humain, pénétré de sa clarté, resplendit. Sa lumière fait les les héros, les génies et les saints.
L'amour nous révèle la mère qui nous enfanta, le père dont le labeur et les soins assurent notre existence, les premiers amis qui, par leur affection, développent la nôtre : grands-parents, proches et maîtres; tous ceux qui nous entourent, du premier âge à la puberté, et s'intéressent à nous. Il crée le cercle initial de nos relations avec nos semblables. Plus ils nous aiment, plus nous les aimons, et plus nous les aimons, plus ils nous aiment. Mais ce n'est pas assez que de chérir qui nous chérit et de l'exprimer par des paroles et des caresses. La maison paternelle, le village natal, la terre des ancêtres, le langage et
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les mœurs, les gloires et les tristesses de notre nation sont aussi nos amis, et nous parlent à leur façon. Il faut les entendre et s'y attacher.