‹ Il sait!... Comédie en un acteChapitre 3 sur 8 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, Mme LÂNXEL

Mme Lancel. — - Bonsoir, mes enfants !

Pauline. — Bonsoir, mère. [Baisers, mains.)

Mme Lancel. — Ça va ?

Jean, désignant Pauline. — Vous ne lui souhaitez pas sa fête ?

Mme Lancel. — Oh ! oh ! C'est fait depuis trois jours.

Pauline. — Attrape !

Mme Lancel. — La maman de Pauline oublier la fête de sa chérie ?... [Elle l'embrasse.)

Pauline, à sa mère. — Père va venir, je suppose ?

Mme 1..\^cel, arrangeant sa coifjnre devant une glace. — Oui, oui, mais le pauvre homme est comme un crin. Ça ne doit pas marcher du tout, au Commerce, pour sa malheureuse croix. Voilà trois fois qu'il va rue de Grenelle, sans pouvoir entrer chez le ministre... [Pendant ce monologue, Pauline, derrière sa mère, pottsse, par gestes, son mari à chanter son refrain. Celui-ci lève les épaules et résiste. Mais elle insiste.)

Mme Lancel. — D'un autre côté, son gi'and appui, .Marlier, le sénateur. qui est aussi son avocat, après lui avoir promis une intervention chaleureuse, invoque on ne sait quels scrupules pour ne pas marcher à fond...

Pai'line, à son mari, bas. — Va donc ! [Elle le pince. A sa mère.) Ce pauvre papa !

Mme Lancel. — Ah ! mes enfants, pourvu qu'on la lui donne 1 (Nouvelle mimique de Pauline, plus nerveuse, plus autoritaire.)

Jean, cédant par faiblesse et chantonnant. — Je sais bien quelque chose, mais... (// s'interrompt dans un geste de regret. — Un temps.)

Mme Lancel, se retournant vers lui. — Qu'est-ce que vous savez ? [Geste de triomphe de Pauline.)

]ean. — Mais rien du tout... C'est une vieille chanson qui...

Mme Lancel. — Quoi, rien du tout ?... Si !... Vous savez quelque chose ? Dites-le...

Jean. — je vous jure que non !... C'est Pauline qui a voulu...

Pauline, à son mari. — Ah 1 Est-ce que c'est si bête que ça. de chercher à savoir ?

Mme Lancel. • — Votre beau-père doit abandonner tout espoir ?

Jean. — Ma chère mère, je vous assure que je ne sais rien.

Pauline. — Si, maman, il sait quelque chose, crois-moi !

Mme Lancel. — Parbleu ! On ne se met pas à chanter un tel refrain quand on n'a rien à dire !... Et au moment même où je vous parle des démarches de mon mari. . .

Jean. — Ai-je seulement fait attention à ce que vous disiez ?

Mme Lancel, piquée. — Charmant ! C'est charmant !

Jean. — Pauline me houspillait..

Pauline. — Maman, voici une heure que Jean...

JEAN. — LTne heure!

Pauline. — ... me serine ce refrain. Je mets en fait qu'on ne fredonne pas un air pareil, si ce n'est pour vous intriguer !

Jeax. — Mais puisque je m'évertue à te dire que je n'en ai pas eu la moindre intention.

Pauline, pleurant. — Allons donc ! Tiens ! C'est indigne, ce que tu fais, c'est indigne !

Mme Lancel. — Voyons, ma chérie, calme-toi... tu es toute tremblante. {A son gendre.) Allons, dites-le donc, ce secret, si vous avez un peu de cct-ur! Cette enfant est la douceur même ; quelle joie sauvage avez-vous à la mettre dans un état pareil ? {Jean lève les épaules et se remet à lire son journal.) Par charité, dites-le-lui !

Jean, nerveux. — ]\Iais puisque je vous déclare que je ne sais rien !

Mme Lancel. — Ce n'est pas vrai !

Jean. — Oh !

Mme Lancel. — Voyons... peut-être avez-vous quelque bonne raison de ne pas le lui confier, à elle... mais à moi ?... Je jugerai ainsi du bien-fondé de votre résistance, et Pauline est assez sage pour s'en remettre à ma déclaration.

Jean. — Astuce admirable !

Mme Lancel. — Ah ! vous voyez bien qu'il y a quelque chose...

Jean. — Zut !

AI ME Lancel. — Insolent !

Pauline. — Et si 4u savais, maman, comme, avant de me chanter ce refrain, il s'est plu à m'exaspérer d'abord par son retard, puis avec ses théories pleines de mépris pour les femmes, et, pour couronnement, avec sa cousine Laure, sa bien-aimée Laure qu'il invite à chner juste le jour de ma fête ! Car elle va venir, elle sera là dans un instant, entre nous ! Elle participera à la communion de nos cœurs !

Mme Lancel, avec un accent déclamatoire. — Les hommes ne connaissent pas notre sensibilité, nos délicatesses, nos pudeurs !

JEAN. — Si cette petite scène doit s'éterniser, je vais ficher mon camp... [Coup de sonnette.)

Pauline. — Ah ! voilà papa ! Enfin, nous allons le faire juge... (A son mari.) Vous allez lui chanter...

Jean. — Ah ! non 1... En voilà assez ! Qu'il ne soit plus question de ça. je vous en prie.

Page 1