SCÈNE VIII
Lés PRECEDENTS, FÉLIX a* LOl’PY, «ninnt.
thomas. Ah çàl mais, qu’est-cc que j’ voyons là! j’ connais pas du tout.
madame thomas. Tais-tni donc. c’est qticuqu’ malheur. thomas. Ça en a l’air, dis donc, un paît jeune homme. madame thomas. AI» ciel! c’est piVMjin- un enfant! vite une chaise.
THOMAS. Fais-lo r’noser. (0« rail aweulr Félix.) madame THOMAS. Comme H e*l pâle, et ii est tout en larmes! Thérèse, un peu d'eau pour c’t’ enfant. Il est froid comme la
glaCe (On lui donn* de l’eau.)
tiiomas. Tiens, c’t'y-là est T pauvre qui a passe par Ici y a deux jours! (Au peovrr.) N’est-y pas vrai qu‘ c’est vous?
loupy . J' crois ben qu' oui, mon cher homme; j’ons sottpé à la cuisine et couché dans etc grange.
MADAME THOMAS. Pauuc jeune homme, pauvre enfant! il ne peut pas parler.
loupy. Hélas! mon Dieu, non, ma chère dame; il a iropd' chagrin, voyez-vous, v'ià pourquoi ça l'étouffe.
madame tiiomas. Trop d* chagrin? et pourquoi, quel est ce jeune homme, d’«ù vient-il?
tiiomas. Rites-nous donc ça ben vite.
LOUPY Moi? j’ sais pas; c’est un p’til qu’ j'ons trouvé. madame tiiomas. Qu’il a trouvé!
THOMAS Où donc ça?
LOUPY. Dans 1’ bois.
MADAME THOMAS. Tout Seul?
LOUPY. Oh! non fait, j’vas vous conter ça.
madank THOMAS. (.”«1 ce qu’on vous demande.
tiiomas. Allons donc, vieux.
MADAME THOMAS. Ce pauvre petit. A cY heure, donnez-lui I r, peu de vin. Parlez toujours, vous. ( rendant que Leupj parie. *»
offre un peu de vin è Félix qui et*»}* d* boire.)
loupy. V là c que c’est. J’avioiis été faire ma tournée du côté de Pié-Saiut-Pol, et j’ revenions ma be»acc vide; car aujourd’hui I moud** e> l ben dur, il n'y a presque plus dômes charitables.
THOMAS, rtgardaal Félix. Aile* toujours VOt' Irait».
FÉLIX, repouetinl I* verre qu’il • porté é .ex lé.rei. Je ne WpllX
pas.
madame thomas. Eh ben, tout à l'heure, mon petit Monsieur. Après?
loupy. Comme j’ traversions I' bois; y Psait déjà ben noir... tiiomas. Où qu’ vous alliez si tard?
MADAME THOMAS. Qu’est-ce que ça t* fait?
Thomas. Y fait bon d’ savoir.
loupy. J ‘allions à GrandvilHcr ; j’ m'étais uu brin attardé, et j avions quasi peur, car les routes n* sont pas sûre". madame Thomas. Est-v bavard! C’t’ enfant?
IL Y A SEIZr. ANS. 13
Thomas. Donne l'y I* temps.
LOCPT. J' vous disais donc, comme i’ traversions I' bois, audessous du petit pont, au bord du pr&ipice...
MADAME THOMAS. Eli bcO?
THOMAS. Eh beu?
LOi’PT. V’Ià-t-y pa* qu’ tout d'un coup... j'entends, ça fait fl : : ir î fw! pn taira ! et puis des cris... madame Thomas Ah ! mon Dieu!
locpt. J' me r tour ne, je n' me doutais d’ rien, pas-
sai là. mes bonnes gens, comme PUne honnête personne... madame tiiomas. QuVst-ce que c'était donc?
locpt. C’était c’ petit jeune homme qui avait voulu passer 1' pont avec monsieur son pore. Jésus Dieu! nuou malheur! Y parait que I’ pont n’ tenait pus, v s'a casse; 1’ papa qu'dtait d'ji d’ssus, brrr... a disparu dans l’ trou.
TOOT 1.E MONDE. Ah!
i.ocpy. Et dame, vous sentez ben, l'enfant est tombé raide par terre.
madame tiiomas. Pauvre enfant!
Thomas. Il a vu ça!
locpt. Et moi aussi. Il n été, ma fine, pus d'une heure & r‘ prendre connaissance ; et quand j' l*ons eu rmis sur ses ni.<U, comme y n' pouvait rien dire à cause qu’v pleurait toujours et qu’y sanglotait...
MADAME THOMAS. Je 1’ CrOÎS ben.
loitpy. Ne savant pas qu'en faire, moi, pauvre mendiant, et tout seul dans le buis, j’ons pense à votre ferme; ce sont d’ bravos gens, qu* j'ai dit ; y rn'ont fait la charité, y faut que j'ieux y mène le pelit infortuné; y 1* garderont beu à coucher c'te nuit, pour l'amour de Dieu.
madame thomas. Certaine ment.
Thomas. Perdit
loi p a . El le v'ià. ( a p »*.) J'ai fait mon nllaire. tuomas. Mtr «d ri. Vieux, l'as bien fait; tcB-t'un bon pauvre; tiens, v U vingt sous, un liane tout neuf, pour ta bonne action, pour n’avoir pas laissé ce pauvre enfant dans 1' bois, et pour me l'avoir amené.
LOtrv. Merci... (a pan.) C’est autant.
madame Thomas. Mais son père! y penses-tu, Thomas? Est-ce qu’on ne peut donc pi» le » courir ?
lotPt. Ly, par exemple! au fond du trou; plus de deux cents l ieds !
TOOT LE MONDE, •««« u« nauurement d’borreur. Ail!
MADAME THOMAS, mantrairt l'ilia. Chut! (F«lit eu nb.nrb* dan« a* douleur. On fait *i|M> qu'il n.'» pi» eowrulo.)
locpt, b pin. Y restera ici... Voyons un peu. (il <*■»*«»* *
garder et 1 obuner autour du lui.)
madame tiiomas. Et cc pauvre petit n'a pu rien vous dire sur lui. sur sa famille? car c'est un enfant d' maison, c’est Mir... (a Thon.»».) Vols comme il est distingué, comme scs traits ml doux , ses maius Manches... et comme son linge est On!., ça ne travaille pas à la terre.
LOirr. Dame! d'puis l'accident, il n'a pas dit un mol; y pL tire comme vous voyez. P’fc-ét* ben qui n' vous entend point.
madame tiiomas. Serait-il possible!
felix. Pardonnez-moi. Madame, je tois bien que vous avez pitié du moi, et que vous daignez me secourir. Ne m'abandonnez pas, je suis si malheureux! (Pt»da*i tout r* q<r, tou, u«p;
tidu autour du 1a raur, obier»* et remarque U p*|ll« fenêtre dam le mur du fond.;
madame tiiomas. OU! Dieu nous en garde!.. Entends-tu cc qu'il dit. Thomas?.. Rassurez- voua, pauvre jeune homme, prenez un peu «le courage, regardez- nous avec confiance; nous ».*♦• sommes pas ricites, nuits ne sommes que des fermiers, mais vous resterez avec nous aussi longtemps que vous von - •Ira ; vous nous dire» où sont vos parents, vos amis, et demain nous irons les chercher, ou nous vous conduirons chez eux... N'est-ce pas, Thomas?
tiiomas. J'atteUerons 1a carriole.
feux. Ce ne sera pas nécessaire... hélas! je vais trop loin. madame tiiomas. Trop loin !... Où donc que vous alliez avec inonsii ur vol’ père ?
fei.ix. A Paris.
tout le monde, «lonitd. A Paris!
MADAME THOMAS. Et d'où ttl-CC que VOUS VlMît? felix, >pN« rtfltiîun. Je suivais mou père.
madame tiiomas. Mais à présent?
FELIX. Je suis orphi lin.
madame tiiomas. Puisque le ciel vous ar'pris vot' père, vous n* pouvez plus I' suivre, où irez-vous?
i elix. A Paris.
madame tiiomas. Toujours à Paris!... Qui vous v envoie donc?
FEUX. La volonté du cid. (il •• 1ère 4 «• duraier met. L'Aiona.m*Bi redouble.)
Thomas. Du ciel !.. c'est singulier!
MADAME THOMAS. D' qUCU ton qu'il a dit ça ! (Pim ce noam Lonfi», <|«î i* iruat* au fond, arrirho l« !o<|<i«t d* boit *|ui forma la valut d* I* palile feaêlre. Le bruit qui t«U OMitleiuw bit reloaraer le» nelitia* neura leapla* prèa de loi, mil* au.aiiii il a laiatd lambrr »oa bitua.)
lol'pt, a «n q»i i* ra R ardent. C'est rien... c'est mon bâton qu'a tombé. {Il 1« ramaaie.)
THOMAS, qui a'a rien entendu de eel», è aa laaae. DlS donc, Charlotte, je n'aime pas c' te réponse-là.
madame thomas. Bah! t*e» ben difficile!
loüpt, qui «m rt»FBu, i parc J’ sommes mattix*. de la croisée. madame tiiomas, i FFHx. Vous avez ben, pourtant, queuq’s connaissances qiieuqu’ part?
FÉLIX, hilarant In léte. Non.
locpt, * part. Tant mieux.
madame thomas. C'est étonnant!... et d’ Paieent pour vot*
' voyage, qu'est-ce qui vous en donnera ?
FÉLIX. J Cil ai. (Fl lu retombe lof la chair* et j demeure immobile.)
locpt, a pan. Y n’a pas encore regardé dans ses poches. tiiomas, i »• f r mmr. b» donc, tout do même, si c" n’était pas qu’il est aussi gentil, ça serait drôle tout e’ qu'il dit là.
madame tiiomas. Est-cc que lu ne vois pas qu' c'est le chagrin qui i'y brouille l'esprit? ,
Tiiomas Dans I’ fait, ça s' peut, y faut attendre à demain. madame Thomas. Et nous verrons... quant à présent y ncs'a- . git pus d' danser; ce s’rait conscience devant c’ petit... 1’ plus i pressé c'est de 1‘ faire coucher, c' pauvre enfant.
thomas. J’ crais ben ! il est minuit.
| LOCPT, é p.n. Où va-t-on T mettre?
tiiomas. Ah! diable! v'U l’embarras! j' n'avons pus de lits,
I j'avons tout donné aux amis.
madame thomas. Quesl-co que tu dis? qu V>t-rv que tl( dis? n'avons-je pas encore deux matelas à notre lit? t'en donneras un; avec de la paille fraie he et des draps blancs, ça ira.
I Y n’y a plus d' place dans notre chambre? eh beu ! y s'er trouvera queuqn* part.
thomas. Pardi ! tiens, dans la grange : un d' pus, un d' moins, qu'est-ce qu’ ça fait?
madame tiiomas. Du Unit, du tout, par exemple! avec tous ces garçons qui 1 empêcheraient de dormir... Tiens, y s'ra cent fois mieux là, tout seul, Uni tranquille, et près d’ nous, bous i' petit hangar.
tiiomas. Otii-da! c'est nia fine comme cune petite chambre. locpy, * peu. Bon !
madame tiiomas. Y n' fait nas froid et il aura d' l'air... Allons. vile, à la besogne ! Thérèse, alfa pendre un matelas à mon lit... Jean, r'muez-moi benc'tc paille... moi, j' vas chercher dCS draps-.. (Regarda»» TIioium qui joue A faire tenir ua« paille ! tur *v« doi|i.) Ah çà ! 1 1 toi, qu'est-ce que tu fais ? tiiomvs. J’ pense au bon pauvre.
madame tiiomas. T couchera dans l'écurie. (en* rentre d»n« la
mait«»; TLcrrte a U.-jt apparié le lit, Jean a préparé la paille.)
LOCPT, b part. Pas si bête.
tiiomas. C’eut ça, vous entendez, vieux, vous coucherez dan3
1 et Ul ie. (PMiUiI »c qui suit, nalinc Tboni». fait 1e lit nree Tlié-
fr»e.)
LOL’PT. Merci; j' voudrais ben; mais ça ne se peut pas. Faut que j ‘arrivions etc nuit à Granvillier.
tiiomas. Vous avez donc des âflatres bien pressées! locpt. J’ crois bon que j'en ai! faut que j' sois d' main à la mairie pour la distribution du pain. J'ai eune carte d'iudigeut. tiiomas. Ah: vous êtes donc toiKfit ?
locpt. Pardi! avec une bonne recommandation de monsieur 1 le curé. J* fais mes Pâques, moi.
THOMAS, k ctttt qei tout pré» de lui. Y fait SCS PàqUCS, 1' bllVC
homme.
locpt. Deux fois par an.
thomas. * L«up». Et vous navez pas peur de traverser V bois la nuit, tout seul?
locpy. Hélas! mon Dieu, (ga’est-ce qu’on peut faire à un pauvre homme comme moi? j sommes si accoutumé à la peine et au mauvais temps! Si vous voulez seulement m’ donner un p’tit verre d' vin pour me récbauQer?..
tiiomas. Plutôt deux qu’un, mon brave homme, (a i*»n.) Doit ne- 1 y ça. (Qa met un brae et un »em aur la t*bl*. «l Loapj «• rerer
I et boit petidaM «e qui mil.)
MADAME TIIOMAS, retardant le lit La!.. ÇA VOUS H-t-y 11» «ir appétissant! voyez si V jeune monsieur n* s'ra pas la comme chez
lUl? (Elle »a le prendre par la main rt l'amène.) VeOfZ, ITIOU enfailt,
voilà voire p'tit lit; c’est beu blanc. . tâchez d'oublier un jx?u votre chagrin... oh! ['sais ben qu' c’est difficile; si jeune! Voulez-vous prendre queuqu' chose avant de vous coucher?